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20/08/2013 09:44 EDT | Actualisé 20/10/2013 05:12 EDT

Affaire Snowden: le Guardian a été contraint de détruire des disques durs

LONDRES - Des agents du gouvernement britannique ont supervisé la destruction de disques durs informatiques appartenant à The Guardian, après que le quotidien ait commencé à publier les révélations de l'ancien analyste américain Edward Snowden.

Dans un éditorial mis en ligne lundi, le rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, affirme que la destruction a été supervisée par deux agents des services de renseignement GCHQ. Il a ajouté que cela avait été un des épisodes les plus étranges de l'histoire du quotidien.

La destruction des disques durs s'est déroulée dans le sous-sol des bureaux du Guardian, dans le nord de Londres. Les deux agents britanniques se seraient assurés que les disques avaient été suffisamment endommagés pour être irrécupérables par d'éventuels agents chinois.

M. Rusbridger dit avoir été contacté par un représentant du gouvernement peu de temps après que le quotidien ait commencé à publier les révélations de M. Snowden. Des rencontres musclées ont débouché sur une menace de poursuites, et c'est à ce moment qu'il dit avoir accepté de se rendre à leurs demandes.

The Guardian possédait toutefois d'autres copies des informations qui ont été détruites.

Kirsty Hughes, la dirigeante d'un organisme opposé à la censure, a estimé qu'«utiliser la menace de procédures judiciaires pour forcer un journal à détruire du contenu est une attaque directe contre la liberté de presse en Grande-Bretagne».

Dans ce même dossier, le gouvernement britannique a affirmé mardi que la détention, pendant neuf heures à l'aéroport Heathrow, du conjoint du journaliste du Guardian qui a rédigé ces articles était justifiée, puisque les autorités doivent assurer la protection des citoyens et la sécurité nationale.

David Miranda, conjoint du journaliste Glenn Greenwald, a été interpellé en vertu d'une loi antiterrorisme controversée. Tout son équipement électronique lui a été confisqué.

Le rédacteur en chef Rusbridger a indiqué que MM. Greenwald et Miranda entendent poursuivre le gouvernement britannique et réclamer le retour du matériel confisqué.

Un avocat a par ailleurs mentionné que M. Miranda avait effectivement entamé des procédures judiciaires contre le gouvernement, qualifiant sa détention d'illégale et cherchant à s'assurer que les responsables britanniques ne partageraient pas avec quiconque les «informations journalistiques importantes et confidentielles» saisies lors de la détention de M. Miranda.

La ministre de l'Intérieur, Theresa May, a affirmé que la police avait eu raison d'agir pour protéger la population.

«Si la police estime que quelqu'un est en possession d'informations volées hautement dangereuses pouvant aider des terroristes, mettre en péril des vies ou mener à un éventuel décès, je crois qu'il est absolument justifié que la police ait le droit d'agir, et c'est ce que la loi leur permet de faire», a-t-elle déclaré.

Le ministère a même ajouté que «ceux qui s'opposent à ce genre d'opérations devraient penser à ce qu'ils encouragent».

Le gouvernement a affirmé que la décision d'intercepter M. Miranda avait été prise par la police, bien que le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest eut déclaré lundi que Londres avait informé Washington de son intention de détenir le conjoint du journaliste.

Le cabinet du premier ministre David Cameron a admis mardi avoir été «tenu au courant de l'opération», mais qu'il n'avait pas été impliqué dans la décision de détenir M. Miranda.

L'opposition travailliste a exigé de savoir si le gouvernement était au courant de l'opération à l'avance.

«Est-il vraiment possible que le président américain eut été informé de ce qui se passait, mais pas le premier ministre britannique?», s'est interrogée Yvette Cooper, porte-parole travailliste en matière de loi et d'ordre.

La ministre May a expliqué à des journalistes qu'elle avait été mise au courant de la détention possible de M. Miranda, mais a assuré que la police était indépendante quant à la décision d'arrêter des individus.

Le gouvernement fait l'objet de pressions pour modifier sa loi sur le terrorisme, afin de ramener à six heures la durée maximale de la détention sans arrestation, et d'imposer d'autres garde-fous, mais des détracteurs maintiennent que la mesure demeure trop vague et est sujette à des abus.