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18/08/2013 04:14 EDT | Actualisé 17/10/2013 05:12 EDT

Hamelin dans la douleur, Jean et Maltais dans l'allégresse

Charles Hamelin, Charle Cournoyer, Olivier Jean, Valérie Maltais, Marianne St-Gelais et Marie-Ève Drolet respirent mieux au terme d'une journée riche en émotions.

Un texte de Manon Gilbert 

Après 5 jours de compétition, répartis sur 12 comme aux Jeux, et 9 courses aux essais olympiques de Montréal, ces 6 patineurs de vitesse sur courte piste ont obtenu leur place sur l'équipe canadienne en vue des Jeux de Sotchi.

Hamelin avait déjà réglé la question jeudi. Sauf que le meilleur patineur canadien ne célébrait pas autant que ses coéquipiers dimanche.

Deux heures après sa victoire serrée devant son frère François au 500 m, Hamelin a chuté en demi-finale du 1000 m lors d'un dépassement audacieux par l'intérieur de François-Louis Tremblay, manœuvre qui lui a valu un carton jaune (exclu de l'épreuve).

Si Olivier Jean, également impliqué dans la chute et 3e devant Tremblay au 500 m, a pu se relever pour ensuite gagner sa demi-finale et la finale, l'aîné des frères Hamelin a dû faire l'impasse sur la dernière épreuve en raison de ligaments étirés à la cheville gauche.

« Cal... Tremblay, je suis blessé », a-t-il hurlé à sa sortie de la patinoire. Un cri du cœur qui a plongé l'aréna Maurice-Richard dans un profond silence.

Après les compétitions, le champion olympique du 500 m et du relais, qui visait rien de moins que neuf victoires en neuf courses, a nuancé ses propos.

« C'est dommage ce qui est arrivé, mais c'est le patinage sur courte piste. Sur le coup, j'étais déçu parce que c'est plate d'amorcer un autre six mois avec une blessure à la cheville, a indiqué Hamelin. Il y a des émotions qui se passent durant les compétitions et on reste quand même des amis. François-Louis et moi, on se côtoie depuis 12-13 ans et on a toujours été de bons amis. Ça va rester pareil. »

Selon le médecin de l'équipe, le vétéran devrait pouvoir rechausser les patins après sa petite semaine de vacances. Des radiographies lundi serviront à vérifier la gravité de la blessure.

Une lutte à trois

Il faut dire que l'enjeu de cette demi-finale, qui avait toutes les allures d'une finale, était majeur pour Jean et Tremblay. Les deux patineurs luttaient avec François Hamelin, qui lui avait chuté dans le dernier virage de sa vague quart de finale du 1000 m au moment où il filait vers la victoire, pour une des deux dernières places à Sotchi.

La sélection du jeune Cournoyer (2e sur chacun des trois 1000 m et 2e et 4e aux deux premiers 500 m) ne faisait aucun doute en raison de ces excellents et surprenants résultats depuis le début des essais. Impossible également de laisser de côté Michael Gilday, 1er du classement général aux Championnats canadiens en janvier dernier, qui souffre d'une commotion cérébrale depuis la finale du premier 1500 m.

Yves Hamelin, le directeur courte piste, a pratiquement confirmé que son exemption médicale ne pouvait pas ne pas être considérée.

Restaient donc deux places pour trois patineurs, et Jean en a mérité une avec son sacre au 1000 m.

« Je mentirais si je pouvais trouver un autre moment dans ma carrière aussi stressant, a avoué le grand patineur de Lachenaie qui a pris part aux cinq dernières finales après un lent début. J'ai utilisé toutes les techniques et stratégies de relaxation, des moyens ésotériques pour vider mon esprit [avant la course]. Quand on est jeune, on sous-estime l'expérience. Quand on est vieux, on le comprend. C'est le contrôle des émotions que l'expérience donne. »

Le comité devra maintenant trancher entre François Hamelin, qui compte une 2e place au 500 m et une autre au 1500 m, ainsi que deux 3es positions (1000 m et 1500 m), et Tremblay, 2e et 4e sur 500 m et une fois 3e au 1000 m.

Deux des trois résultats sur chacune des distances sont pris en compte, avec une priorité pour les 500 et 1000 m.

Patinage de vitesse Canada annoncera donc les dix patineurs qui formeront l'équipe olympique le 26 août. En revanche, pour qu'ils soient tous du voyage en Russie, ils auront pour mission de qualifier le Canada pour les relais lors des Coupes du monde 3 et 4 à Turin et à Moscou en novembre. Sinon, seulement trois hommes et trois femmes partiront pour Sotchi.

Trois Saguenéennes en Russie

Chez les femmes, le suspense était moindre... les trois Saguenéennes survolaient la compétition.

Pour Maltais et St-Gelais, c'était pratiquement déjà joué avant les deux dernières courses. Depuis le début des essais le 7 août, elles avaient été de toutes les finales.

Le scénario s'est répété dimanche. Maltais a poursuivi sa domination en imposant d'abord sa loi au 500 après un dépassement audacieux sur St-Gelais dans le dernier tour. Puis, elle a planté le dernier clou en triomphant au 1000 m, encore devant St-Gelais, pour ainsi savourer sa sixième victoire de suite.

Du coup, l'athlète de La Baie a gagné le classement cumulatif des deux distances. Elle avait aussi mis la main sur celui du 1500 m jeudi.

« Depuis deux ans, je travaille fort pour améliorer mon 500 m. Je voulais m'assurer d'avoir une chance de patiner toutes les distances aux Jeux olympiques. Je suis très contente de mes sélections et de la façon dont j'ai pu ajuster mes stratégies, a déclaré la Québécoise. Maintenant, je peux dire en route vers Sotchi. À Vancouver, j'étais un peu là pour l'expérience, mais à Sotchi, j'y vais vraiment pour la performance. »

Blanchie de la plus haute marche du podium à ces essais, St-Gelais a dû se contenter de la 2e place pour une septième fois.

« Ce n'est pas grave. Moi, quand ça a commencé, je ne m'étais pas mis d'objectif de positions, je voulais un top 3 au général, a lancé St-Gelais avec son enthousiasme habituel. C'est mission accomplie. Je suis extrêmement satisfaite. Il y avait des filles qui étaient plus fortes que moi et je n'ai pas honte de le dire. Je vais me préparer et je vais être plus forte en février. »

Blessée au dos lors de sa chute en finale du 1000 m jeudi, Drolet n'a pas chaussé les patins. Un petit luxe qu'elle pouvait se permettre avec six finales, dont deux victoires, en six départs.

Même que selon les résultats du jour, l'ancienne championne du monde junior, qui devrait recommencer à patiner dans deux semaines, n'a pas eu besoin de déposer de demande d'exemption puisque Jessica Hewitt n'a pu la rejoindre au classement malgré ses deux 3es positions dimanche.

Si la place de l'Albertaine n'a pas encore été confirmée, ce ne sera cependant qu'une formalité.

Les Albertaines Jessica Gregg, 4e du 500 m du jour, et Gabrielle Waddell, 4e du 1000 m, attendront impatiemment le verdict du comité de sélection pour le choix discrétionnaire, tout comme François Hamelin et François-Louis Tremblay.

Selon Nathalie Lambert, multiple médaillée olympique et mondiale et analyste du courte piste pour Radio-Canada à Sotchi, le choix discrétionnaire ne fait aucun doute : Hamelin et Gregg qui ont tous deux prouvé qu'ils pouvaient améliorer l'équipe.