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16/08/2013 07:22 EDT | Actualisé 16/10/2013 05:12 EDT

Les affrontements du«jour de la colère» en Égypte ont fait au moins 82 morts

LE CAIRE, Égypte - Des dizaines de milliers de partisans des Frères musulmans ont affronté des civils armés vendredi dans les rues du Caire et d'autres villes égyptiennes, les pires affrontements de rue en Égypte depuis le Printemps arabe. Au moins 82 personnes ont été tuées à travers le pays, dont 10 policiers.

Armés de pistolets et de fusils d'assaut, des civils ont affronté les manifestants pro-Morsi, qui se sont rassemblés après les prières du vendredi dans le cadre du «jour de la colère» organisé par les Frères musulmans.

La majorité des Égyptiens espéraient que le couvre-feu imposé par le gouvernement calmerait les violences. Ces nouvelles manifestations surviennent après la mort de 638 personnes mercredi, quand la police antiémeute appuyée par des blindés, des bouteurs et des tireurs d'élite a démoli les campements où des partisans du président islamiste destitué Mohammed Morsi étaient installés depuis des semaines.

Alors que des hélicoptères militaires survolaient la ville, des Égyptiens furieux contre les Frères musulmans leur ont lancé des cailloux et des bouteilles de verre. Les deux camps ont également ouvert le feu l'un sur l'autre, et se sont poursuivis dans des quartiers résidentiels.

À la différence des affrontements passés entre manifestants et policiers, ceux de vendredi ont pris une tournure plus sinistre encore, lorsque des résidents et possiblement des agents en civil ont sauté dans l'arène. Aucun policier en uniforme n'était visible alors que des gens s'entretuaient sur un pont qui mène à Zamalek, au Caire, un quartier huppé situé sur une île où résident notamment beaucoup d'étrangers et d'ambassadeurs.

Les manifestants pro-Morsi se sont dirigés vers la place Ramsès, près de la plus importante gare du pays. Ils se sont aussi approchés tout près de la place Tahrir, que l'armée avait bloquée avec des barbelés et 30 blindés afin de protéger un petit camp occupé par des détracteurs du groupe islamiste.

Beaucoup de manifestants avaient écrit leur nom et le numéro de téléphone d'un membre de leur famille sur leur poitrine ou leur bras, au cas où ils mourraient.

Au moins 12 personnes ont perdu la vie à la place Ramsès. Des photographes de l'Associated Press ont vu beaucoup de corps à l'intérieur de la mosquée Al-Fath, transformée en hôpital. Certains semblaient avoir reçu des balles à la tête et à la poitrine durant une attaque contre un poste de police. L'un des corps portait un nom et un numéro de téléphone sur la poitrine.

Au moins 72 civils et 10 policiers ont été tués à travers le pays, ont indiqué des représentants des autorités sous le couvert de l'anonymat.

Des civils armés ont installé des barrages impromptus au Caire afin de bloquer les rassemblements des Frères musulmans. À l'un de ces barrages, des résidants ont empêché le passage d'ambulances et de voitures qui transportaient des blessés de la place Ramsès vers un hôpital.

Le gouvernement a autorisé jeudi le recours à la force mortelle contre les manifestants qui s'en prennent à la police et aux institutions gouvernementales. Une menace qui semble n'avoir intimidé personne.

L'aile politique des Frères musulmans, le Parti Liberté et Justice, a publié vendredi un communiqué dans lequel il promet de continuer à mobiliser la population, sans recourir à la violence ni au vandalisme. Le communiqué ajoute que le renversement de ce régime illégitime est une obligation islamique, nationale, morale et humaine.

La majorité des Égyptiens s'inquiètent de la violence de l'intervention policière, même s'ils sont d'accord avec le démantèlement des deux campements.