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15/08/2013 07:14 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Le controversé avocat Jacques Vergès n'est plus

L'avocat français Jacques Vergès, figure controversée du droit international, est mort. C'est le président du Conseil national des barreaux (CNB), Christian Charrière-Bournazel, qui a annoncé la nouvelle, jeudi.

« Il avait fait une chute il y a quelques mois, et du coup il était très amaigri, marchait très lentement, a-t-il expliqué. Il avait des difficultés à parler, mais intellectuellement il était intact. On savait que c'était ses derniers jours, mais on ne pensait pas que ça viendrait aussi vite. »

Jacques Vergès est devenu célèbre pour avoir offert ses services à des personnes ayant commis des crimes graves.

L'avocat français a notamment défendu le nazi Klaus Barbie, le Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez (dit « Carlos », figure du terrorisme international), le dirigeant khmer rouge Khieu Sampan et le président serbe Slobodan Milosevic. Il avait même été mandaté brièvement par la famille du dictateur irakien Saddam Hussein pour représenter celui-ci devant les tribunaux après l'invasion américaine de 2003.

Me Vergès était aussi réputé pour ses positions anticolonialistes et son passé de résistant.

Né en 1925 en Thaïlande, d'un père français et d'une mère vietnamienne morte alors qu'il n'avait que 3 ans, Jacques Vergès a grandi sur l'île de La Réunion. En 1941, le futur avocat s'engage dans les Forces françaises libres et combat le fascisme dans plusieurs pays.

Après la Seconde Guerre mondiale, il adhère au Parti communiste et termine ses études en droit.

Sa première grande cause, au tournant des années 1960, concerne une jeune combattante du Front de libération nationale (FLN), Djamila Bouhired, qu'il réussit à libérer grâce à une « défense de rupture » consistant à accuser le système colonial plutôt qu'à minimiser les faits reprochés. Une fois le procès terminé, Jacques Vergès et Djamilia Bouhired se marient et fondent une famille en Algérie.

L'avocat abandonne toutefois sa femme et ses enfants en 1970 après un voyage en Chine au cours duquel il rencontre Mao. Pendant huit ans, il demeure introuvable. Qu'a-t-il fait pendant ses « grandes vacances très à l'est de la France », comme il les appelle? Jaloux de sa légende, il laissera toujours planer le mystère sur cette période.

Jacques Vergès revient néanmoins à la vie publique en 1978. Devenu soudainement riche, il consacrera les 35 années suivantes à la défense d'individus controversés. « J'aurais défendu Hitler », a-t-il déjà déclaré.

« Ce qu'on peut retenir de Jacques Vergès, c'est à la fois le talent, le courage, l'engagement et le sens de la contradiction avec un respect de l'autre, a résumé M. Charrière-Bournazel, jeudi. Un avocat, ce n'est pas un mercenaire, c'est un chevalier, et Jacques Vergès était un chevalier. »