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15/08/2013 09:06 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Horacio Cartes est assermenté comme président du Paraguay

ASUNCION, Paraguay - Le multimillionnaire paraguayen Horacio Cartes a promis jeudi de faire passer les intérêts de sa «mère patrie» avant tout le reste dans le cadre de son premier discours en tant que président, envoyant un message important à la population du pays sud-américain où les inégalités sociales sont très marquées.

Arborant l'écharpe présidentielle rouge, blanche et bleue, M. Cartes a affirmé que son gouvernement montrerait l'exemple en renforçant ses liens avec les autres pays, en défendant les droits humains et en luttant contre la pauvreté.

La fortune familiale de l'homme qui a été assermenté jeudi à la présidence du Paraguay a été amassée grâce à sa position privilégiée dans des secteurs qui vont du tabac aux boissons gazeuses, en passant par le soccer et les banques.

Âgé de 57 ans, Horacio Cartes est un néophyte dans le domaine de la politique. Son nom n'apparaissait même pas sur les listes électorales avant qu'il ne décide de briguer la présidence. Il doit en plus composer avec de fréquentes accusations selon lesquelles sa famille est devenue riche en s'adonnant au blanchiment d'argent, à la contrebande de cigarettes et au trafic de drogue.

Les électeurs paraguayens ont choisi de faire fi de ces allégations dans l'espoir que l'homme d'affaires et son parti politique, Colorado, le plus puissant du pays, pourront permettre au Paraguay de tirer encore davantage profit de la manne que représente le soya, une culture qui génère une croissance économique de 10 pour cent par année.

Le conglomérat Grupo Cartes inclut plus d'une vingtaine d'entreprises qui emploient quelque 3500 personnes. M. Cartes a remporté le scrutin d'avril avec 46 pour cent des votes après avoir promis d'utiliser son expertise pour créer des emplois. Il devait d'ailleurs rencontrer jeudi 150 dirigeants de compagnies étrangères intéressés à améliorer l'infrastructure économique d'un pays dont 39 pour cent des 6,2 millions d'habitants vivent sous le seuil de la pauvreté.

«Nous avons déclaré la guerre à la pauvreté, et ce gouvernement n'acceptera aucune trêve», a lancé Horacio Cartes lors de sa victoire.

Son prédécesseur, Fernando Lugo, avait lui aussi promis de combattre la pauvreté. M. Lugo, un ancien évêque catholique romain, a été destitué l'an dernier après avoir perdu la confiance du Congrès. Sa présidence avait mis un terme à plus de 50 ans de règne pour le parti Colorado, dont 35 ans de dictature sous Alfredo Stroessner.

La contrebande, la corruption et l'évasion fiscale sont endémiques au Paraguay et certains experts croient que les hommes d'affaires peuvent difficilement éviter d'entrer en contact avec des criminels. L'organisme anticorruption Transparency International classe le Paraguay au 150e rang mondial sur un total de 176.

Les soupçons contre M. Cartes ont éclaté au grand jour en 2010, quand le site Internet WikiLeaks a mis en ligne un câble diplomatique du département d'État américain affirmant qu'il se trouvait à la tête d'un réseau de trafic de drogue et de blanchiment d'argent. Le futur président a réfuté ces allégations lors de la seule conférence de presse organisée pendant sa campagne avec des médias étrangers.

Horacio Cartes et ses proches ne font pas l'objet de sanctions de la part des États-Unis. En revanche, M. Cartes a été emprisonné pendant 60 jours en 1986 en lien avec une complexe affaire de fraude bancaire. Les accusations contre lui ont éventuellement été abandonnées.

Ses activités dans le secteur du tabac lui ont aussi valu d'être pointé du doigt. Le Brésil a ouvert une enquête sur ses entreprises tandis qu'en Argentine, la moitié des cigarettes de contrebande récemment saisies par les douaniers provenaient de ses compagnies. Il soutient qu'il n'y est pour rien.

Le nouveau président est aussi à la tête de la principale banque du pays, Banco Amambay. Il a également acheté de vastes terrains le long de la frontière entre le Paraguay et le Brésil, mis sur pied le plus important cigarettier du pays, fait l'acquisition du principal embouteilleur paraguayen de boissons gazeuses et mis la main sur le meilleur club de soccer du pays, Libertad.

Il exporte des cigarettes Palermo vers les États-Unis et importe au Paraguay la bière Budweiser et des cigares cubains. Il a profité du fait que son père est le représentant de Cessna au Paraguay pour lancer une entreprise d'aviation comptant 80 avions et a formé la plupart des pilotes civils du pays.

La valeur totales des avoirs du clan Cartes est inconnue puisque les lois paraguayennes n'exigent pas la divulgation de tels renseignements.

Mais les autorités américaines l'ont à l'oeil. Un câble diplomatique rédigé en 2010 affirme que la Drug Enforcement Agency des États-Unis a envoyé des agents infiltrer l'organisation d'Horacio Cartes, qui était apparemment impliquée dans le trafic de drogue dans la zone où se rencontrent le Paraguay, l'Argentine et le Brésil.

Un autre câble, celui-là rédigé en 2007, affirme que le responsable de la lutte contre le narcotrafic du Paraguay, Hugo Ibarra, a déclaré à un diplomate américain que le chef de l'agence anticorruption du pays, Gabriel Gonzalez, était en réalité à la solde de M. Cartes et de la Banco Amambay. M. Gonzalez aurait déclaré à M. Ibarra que 80 pour cent du blanchiment d'argent au Paraguay se faisait par le biais de cette institution.

Horacio Cartes a de nouveau attiré l'attention quand il a commencé à écouler ses cigarettes Palermo sur le marché américain en 2008, mais à un coût de 20 pour cent inférieur à celui de la concurrence. Des cigarettiers comme Philip Morris, British-American, Reynolds et Imperial Tobacco ont alors rencontré des agents fédéraux américains pour préparer une contre-offensive.

C'est à ce moment que M. Cartes a commencé à jouer un rôle actif sur la scène politique de son pays. Un ancien agent du service de renseignements des États-Unis croit qu'il a voulu se faire élire à la tête du Paraguay de manière à pouvoir bloquer toute ingérence américaine.