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15/08/2013 06:12 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Égypte: le gouvernement intérimaire autorise la police à recourir à la force

LE CAIRE, Égypte - Le gouvernement intérimaire de l'Égypte a autorisé jeudi les forces de sécurité à user d'une force mortelle pour se défendre et protéger les principales institutions gouvernementales après que des présumés partisans du président déchu Mohammed Morsi eurent incendié deux édifices appartenant à l'État près du Caire.

Le ministère égyptien de l'Intérieur, qui est responsable de la sécurité nationale, a déclaré dans un communiqué que cette décision avait été prise dans la foulée d'une attaque menée par une foule en colère à Gizeh, ville où se trouvent les fameuses pyramides égyptiennes. Il a précisé que les policiers avaient reçu l'ordre d'utiliser de vraies munitions pour prévenir tout assaut contre des institutions étatiques ou les forces de l'ordre.

Mercredi, des contestataires avaient mis le feu à des églises coptes et à des postes de police partout à travers le pays à la suite du démantèlement par la police anti-émeute de deux camps de protestation érigés par des fidèles de M. Morsi au Caire. Le gouvernement intérimaire a décrété un état d'urgence et imposé un couvre-feu.

Selon les autorités, l'intervention et les affrontements subséquents ont fait 638 morts et près de 4000 blessés. La plupart des victimes sont des pro-Morsi.

Le gouvernement égyptien a également promis jeudi dans un autre communiqué de ne pas laisser impunis les actes de terrorisme et de sabotage supposément commis par des membres des Frères musulmans.

D'après l'agence de presse officielle de l'Égypte et des militants pour les droits humains, les assauts contre les lieux de culte coptes se sont poursuivis jeudi pour une deuxième journée consécutive.

Par ailleurs, le président américain, Barack Obama, a annoncé jeudi que les États-Unis avaient annulé l'exercice militaire commun qu'ils devaient effectuer avec l'Égypte, disant que la coopération entre les deux pays ne pouvait continuer comme à l'habitude alors que la violence faisait rage en sol égyptien.

Prenant la parole depuis la maison de Martha's Vineyard où il passe ses vacances, M. Obama a affirmé que les États-Unis voulaient que la démocratie triomphe en Égypte, mais que cet accomplissement n'était pas la responsabilité des Américains.

«L'Amérique ne peut pas décider du futur de l'Égypte, a déclaré le président dans ses premiers commentaires depuis le début des troubles mercredi. C'est le travail du peuple égyptien. Nous n'appuyons aucun parti ou figure politique en particulier.»

Barack Obama a précisé que son administration avait avisé les leaders égyptiens jeudi matin de l'annulation de l'exercice Bright Star. Il a ajouté avoir chargé son équipe responsable de la sécurité nationale de surveiller les actes posés par le gouvernement intérimaire et de déterminer ce que les États-Unis pouvaient faire de plus.

Les Américains et les Égyptiens n'ont pas tenu d'exercice militaire commun depuis 2009, principalement en raison du soulèvement populaire ayant entraîné la chute de l'ancien président autocratique Hosni Moubarak en 2011. Mohammed Morsi, un membre des Frères musulmans, a été élu à la présidence en 2012 à la suite des premières élections démocratiques du pays.

Au cours de la dernière année, les détracteurs de M. Morsi lui ont reproché à plusieurs reprises de ne pas gouverner dans le respect de la démocratie. Il a été déposé par l'armée le 3 juillet après que des millions d'Égyptiens eurent manifesté pour réclamer son départ. Son lieu de détention n'a pas été divulgué.

Washington s'est abstenu jusqu'à présent de qualifier la destitution de Mohammed Morsi de «coup d'État», un pas que l'administration Obama n'ose pas franchir de crainte d'être obligée de couper l'aide militaire de 1,3 milliard $US que les États-Unis versent chaque année à l'Égypte. Des représentants ont affirmé qu'une telle mesure irait à l'encontre des intérêts américains.