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14/08/2013 01:54 EDT | Actualisé 13/10/2013 05:12 EDT

Égypte: la police démantèle les camps des partisans de Mohammed Morsi

LE CAIRE, Égypte - La police égyptienne a démantelé mercredi les deux camps de protestation érigés par les partisans du président déchu Mohammed Morsi, provoquant des affrontements dans les rues du Caire et d'autres villes qui ont fait au moins 278 morts à travers l'Égypte, dont 43 policiers.

Le vice-président Mohammed El Baradei, un lauréat du prix Nobel de la paix, a démissionné du gouvernement intérimaire du président Adly Mansour afin de protester contre l'intervention policière. M. Mansour a proclamé l'état d'urgence pour un mois et imposé un couvre-feu dans la capitale et 10 provinces.

Quelque 2000 personnes ont été blessées dans les violences qui ont suivi le démantèlement des deux camps établis il y a six semaines par les fidèles de M. Morsi. La mesure répressive a suscité la colère des islamistes, qui ont attaqué et incendié des postes de police, des édifices gouvernementaux et des églises coptes.

L'intervention a eu lieu après plusieurs avertissements du gouvernement intérimaire qui a remplacé Mohamed Morsi à la suite du coup d'État militaire du 3 juillet. Les camps avaient été installés au Caire à la fin du mois de juin par des partisans de l'ex-président souhaitant lui témoigner leur appui. Les protestataires, parmi lesquels figuraient de nombreux membres des Frères musulmans, réclamaient le retour de M. Morsi au pouvoir.

Le plus petit des deux camps a été détruit plutôt rapidement, mais le plus grand a nécessité quelques heures de travail de la part de la police anti-émeute, qui a notamment utilisé des bulldozers pour accomplir sa mission. Ce camp était situé près de la mosquée Rabbah al-Adawiya, quartier général de la campagne en faveur de Mohammed Morsi.

Selon les autorités et la télévision d'État, plusieurs dirigeants des Frères musulmans ont été arrêtés au camp érigé à proximité de la mosquée. Parmi eux figurent les leaders Mohamed al-Beltagy et Essam al-Erian de même que le religieux radical Safwat Hegazy, tous les trois recherchés par la justice égyptienne pour répondre à des allégations d'incitation à la violence et de complot visant à tuer des opposants de M. Morsi.

Deux journalistes sont au nombre des victimes: Mick Deane, un caméraman âgé de 61 ans travaillant pour la chaîne britannique Sky News, et Habiba Ahmed Abd Elaziz, une journaliste âgée de 26 ans à l'emploi de Gulf News, un journal des Émirats arabes unis. Les deux reporters auraient été abattus.

Mercredi, les États-Unis ont envoyé un message clair aux dirigeants de l'Égypte, le secrétaire d'État américain, John Kerry, dénonçant la violence et la proclamation de l'État d'urgence, et exhortant le gouvernement intérimaire à calmer le jeu.

«Il s'agit d'un moment crucial pour tous les Égyptiens, a déclaré M. Kerry, qui a discuté au téléphone avec le ministre égyptien des Affaires étrangères. La voie de la violence ne mènera qu'à davantage d'instabilité, d'incertitude économique et de souffrances.»

Le bureau du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé que les incidents de mercredi minaient sérieusement les chances de l'Égypte de revenir à la démocratie alors que l'Iran a soutenu qu'ils ouvraient la porte à la guerre civile.

De son côté, le premier ministre britannique, David Cameron, a également condamné le recours à la violence et lancé un appel pour une «vraie transition vers une vraie démocratie» impliquant des compromis autant de la part des pro-Morsi que de celle de l'armée.

Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a exhorté tous les Égyptiens à concentrer leurs efforts sur la réconciliation et la responsable des Affaires étrangères de l'Union européenne, Catherine Ashton, a estimé que les autorités égyptiennes devaient favoriser le dialogue en protégeant l'ensemble des citoyens et en permettant à tous de participer au processus politique.

Les événements de mercredi sont le résultat de nombreuses semaines de confrontation entre les fidèles de Mohammed Morsi et le gouvernement intérimaire qui a pris le contrôle du pays le plus populeux du monde arabe. L'armée égyptienne a déposé M. Morsi après que des millions d'Égyptiens eurent manifesté pour réclamer son départ à la fin du mois de juin, l'accusant d'accorder trop de pouvoir aux Frères musulmans et de ne pas avoir su relancer l'économie.

Le coup d'État a entraîné des manifestations similaires organisées par les partisans de M. Morsi à la suite de l'arrestation du président déchu et de dirigeants des Frères musulmans, réduisant à néant les espoirs de stabilité en Égypte deux ans après le soulèvement populaire qui a renversé le régime du leader autocratique Hosni Moubarak.

Premier président de l'Égypte démocratiquement élu, Mohammed Morsi a été destitué alors qu'il venait de célébrer sa première année au pouvoir et est détenu à un endroit qui n'a pas été divulgué.

Les tentatives de la part des États-Unis, de l'Union européenne et des États du golfe Persique pour réconcilier les deux camps ont jusqu'ici échoué, les Frères musulmans exigeant que M. Morsi et les autres dirigeants du groupe islamiste arrêtés par les autorités soient d'abord libérés.

Au moins 250 personnes ont perdu la vie dans de précédents affrontements depuis le coup d'État.