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14/08/2013 06:39 EDT | Actualisé 14/10/2013 05:12 EDT

2 ex-employés de JPMorgan sont accusés d'avoir camouflé d'énormes pertes

NEW YORK, États-Unis - Deux anciens employés de JPMorgan Chase ont falsifié des documents bancaires pour tenter de dissimuler des pertes de courtage qui prenaient de l'ampleur de façon incontrôlée, ont affirmé mercredi des procureurs américains dans une affaire criminelle qui soulève de nouvelles questions sur les leçons tirées — ou pas — par Wall Street de la crise financière de 2008.

Javier Martin-Artajo, 49 ans, et Julien Grout, 35 ans, et leurs co-comploteurs sont accusés d'avoir artificiellement gonflé la valeur d'un portefeuille pour cacher le fait qu'il plongeait en fait dans le rouge.

Le portefeuille a ultimement généré une perte de six milliards $ US, un résultat attribué à Bruno Iksil, un courtier connu sous le sobriquet de «baleine de Londres», en référence à l'ampleur des paris qu'il effectuait, ainsi qu'à son lieu d'activités.

L'avocat américain Preet Bharara, de Manhattan, a laissé entendre que cette affaire n'était pas que le fruit de quelques courtiers rebelles, mais plutôt une manoeuvre systémique au sein d'une banque qui ne surveillait pas de façon adéquate ses opérateurs. Selon lui, les compagnies doivent être plus vigilantes par rapport aux cultures d'entreprises qu'elles mettent en place.

La controverse de la «baleine de Londres» a soufflé sur la banque pendant des mois, mais les nouvelles accusations changent sa trame narrative. M. Iksil, dont le nom a longtemps été accolé aux pertes embarrassantes, a tenté de poser certaines questions sur la façon dont ses collègues enregistraient ses transactions, d'après les procureurs.

Ces avocats ont aussi dressé le portrait d'employés de banque qui savaient exactement ce qu'ils faisaient, et qui n'étaient pas que de simples travailleurs dépassés par la complexité des systèmes sur lesquels ils oeuvraient — une défense que les banques ont adoptée pour expliquer leurs faux pas lors de la crise financière et de ses suites.

Les avocats de MM. Grout et Martin-Artajo, qui habitaient Londres lorsqu'ils travaillaient pour JPMorgan, n'ont pas retourné les appels destinés à recueillir leurs commentaires. M. Martin-Artajo est un citoyen espagnol, tandis que M. Grout est citoyen français, ce qui pourrait potentiellement compliquer la poursuite.

M. Martin-Artajo supervisait la stratégie de courtage de JPMorgan à Londres au moment des faits qui lui sont reprochés, et M. Grout, son subalterne, était en charge d'enregistrer chaque jour la valeur des investissements. Ils sont accusés au criminel pour avoir falsifié des comptes et des relevés, avoir commis une fraude électronique et avoir falsifié des documents déposés à la Securities and Exchange Commission (SEC), la commission des valeurs mobilières des États-Unis.

Les deux hommes sont aussi accusés séparément dans une plainte au civil de la SEC.

Les procureurs ont en outre annoncé mercredi avoir accepté de ne pas poursuivre M. Iksil. L'entente requiert sa pleine collaboration avec les forces de l'ordre.

Selon Me Bharara, une entente de non-poursuite telle que celle de M. Iksil est quelque chose qui se produit rarement. «Je ne crois pas que nous pourrions dire qu'il est sans blâme», a-t-il expliqué. «Mais il a sonné l'alarme à plus d'une reprise.»