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08/08/2013 06:40 EDT | Actualisé 08/10/2013 05:12 EDT

Affaire Villanueva : cinq ans après à Montréal-Nord

Le 10 août 2008, une manifestation tournait à l'émeute à Montréal-Nord, au lendemain de la mort du jeune Fredy Villanueva, tué par un policier lors d'une opération qui a mal tourné. Une vigile à la mémoire du défunt a eu lieu vendredi soir.

Cinq ans plus tard, que sont devenues les relations entre les jeunes et les policiers et quelle est l'ambiance dans ce quartier chaud de Montréal?

Après la mort de Fredy Villanueva, la tension entre les jeunes et les policiers atteignait son paroxysme et le profilage racial était sur toutes les lèvres. Depuis, la police dit avoir révisé son approche.

« Au poste de quartier 39, à l'intérieur de l'unité, il y a un comité éthique qui a été formé. On se rencontre parfois lorsqu'il y a des interventions qui peuvent susciter certains questionnements. Et on a démystifié différents éléments, comme le profilage racial, auprès de notre personnel pour justement éviter que des situations comme ça se produisent », dit Martial Mallette, commandant au poste de quartier 39 du SPVM.

Les patrouilleurs ont aussi modifié leur approche pour se rapprocher de la communauté.

Dans la rue, les relations semblent un peu moins tendues. « D'après moi, je pense qu'il y a de l'amélioration, je suis prêt à dire ça, parce que bon; je vois les policiers, ils emmerdent moins les gens un peu, il y a peut-être moins d'interventions », dit un jeune.

« Ils circulent plus, ils sont plus souvent là, quand on a besoin d'aide ou de conseils, ils nous aident », poursuit un autre.

Engagée par le SPVM quelques semaines après l'émeute, la conseillère en développement communautaire Rose-Andrée Hubbard aide aujourd'hui le service de police et la communauté à mieux se comprendre.

« Je donne des ateliers à certains jeunes, des jeunes à risques, en difficultés, qui décrochent. J'interviens certaines fois après une intervention qui peut avoir des perceptions négatives sur le rôle du policier. Je rencontre des citoyens », explique celle qui a toujours été impliquée dans la communauté de Montréal-Nord.

Daniel Gauthier, un résident qui a tout vu de l'émeute, peut témoigner lui aussi des changements qui s'opèrent dans Montréal-Nord.

« Même moi, en tant que Blanc en 2008, si on était deux-trois en train de jaser sur le trottoir, même si on est des adultes, on se faisait regarder de travers par les policiers, tandis que là maintenant, les policiers vont nous envoyer la main », constate-t-il.

Et le quartier, dit-il, est plus sécuritaire qu'avant. « J'aurais pas laissé ma femme et ma fille aller au dépanneur sur la rue Pascal il y a quelques années. Aujourd'hui, elles pourraient y aller sans aucun problème, mais excepté qu'il reste qu'il y encore une éducation à faire. »

Malgré ces améliorations, Montréal-Nord demeure un arrondissement avec des secteurs chauds, où le taux de criminalité est resté stable en cinq ans.

Mais tout le monde s'entend pour dire que Montréal-Nord a bien plus à offrir aujourd'hui qu'il y a cinq ans. Dans le seul quartier nord-est, la ville a investi 4,5 millions pour embellir les lieux depuis 2009. De plus, 900 000 $ sont maintenant consacrés chaque année aux activités communautaires.

Pour la directrice de l'organisme Les Fourchettes de l'espoir qui aide et nourrit les plus démunis, la tragique mort de Fredy Villenueva aura peut-être au moins servi à éveiller les consciences et à faire changer les choses.

« Vous savez, je suis une personne qui vient du Chili et j'ai vécu la dictature pendant 30 ans. Et je peux vous dire que, malheureusement, quelques fois et la majorité des fois, ça prend un événement tragique pour prendre conscience des choses », dit-elle.

« C'est un événement qui a réveillé des personnes, qui a donné l'opportunité à des autres de dire "j'en ai ras le bol" et "pourquoi j'en ai ras le bol", a permis un changement, a permis de se regarder en face et dire "on va se mettre ensemble et on va travailler pour les citoyens". »

L'intervenant Jonathan Duguay, qui agit un peu comme psychologue et conseiller en orientation auprès des jeunes, se réjouit de voir les choses s'améliorer, même si les changements se font au « compte-gouttes ».

Il est surtout heureux de voir que tout le monde s'est pris en main pour donner aux jeunes plus de reconnaissance et de valorisation. De leur côté, les jeunes veulent de plus en plus s'impliquer dans leur quartier, ce qui n'était pas le cas avant.

Moment de receuillement

Une centaine de personnes ont pris part vendredi soir à la veillée organisée à l'arrière de l'aréna Henri-Bourassa, lieu de l'événement d'il y a cinq ans.

La famille du défunt, des gens du quartier ainsi que des membres de la Coalition contre la répression et les abus policiers ont commémoré la mort du jeune homme. Il s'agissait aussi d'une manière de faire avancer le deuil de la famille, toujours en attente du rapport final du coroner qui devrait sortir à l'automne.

D'après un reportage de Jean-Sébastien Cloutier