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06/08/2013 11:35 EDT | Actualisé 06/10/2013 05:12 EDT

Tunisie : les opposants prennent la rue; le gouvernement maintient le cap

Les forces politiques tunisiennes se préparent pour un nouveau bras de fer, mardi, alors qu'une grande manifestation organisée par une coalition d'opposition doit se mettre en marche à 21 h, heure locale (16h HAE), après la rupture du jeûne du ramadan.

Les opposants, qui campent tant à l'extrême gauche qu'au centre droit, réclament la démission du gouvernement dirigé par les islamistes du parti Ennahda et la dissolution de l'Assemblée constituante nationale (ANC), chargée de rédiger une nouvelle constitution pour le pays de 10 millions d'habitants.

Les opposants sont galvanisés par la mort, le 25 juillet, du député Mohamed Brahmi, que les autorités imputent à la mouvance salafiste. Selon elles, M. Brahmi a été abattu par la même personne qui a assassiné un autre détracteur d'Ennahda, Chokri Belaïd, le 6 février.

La puissante centrale syndicale UGTT, qui compte plus d'un demi-million de membres, appuie la manifestation puisqu'elle réclame, elle aussi, la chute du gouvernement. Le patronat, regroupé au sein de l'UTICA, demande pour sa part la formation d'un gouvernement de technocrates.

Des manifestations nocturnes réunissant des milliers de personnes ont lieu quotidiennement à Tunis et ailleurs depuis la mort de Mohamed Brahmi.

« Il y a des demandes excessives, dont la dissolution d'un gouvernement qui a remporté la confiance du Parlement, par le biais de manifestations », a estimé Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda, dans le quotidien tunisien La Presse.

« Dans les régimes démocratiques, les manifestations ne changent pas les gouvernements. C'est dans les régimes dictatoriaux qu'une manifestation est en mesure de faire tomber le régime », a-t-il ajouté.

Le premier ministre Ali Larayedh a déjà proposé d'élargir le gouvernement et de tenir des élections le 17 décembre, mais cela n'a pas calmé les ardeurs de l'opposition.

L'ANC poursuit ses travaux dans la controverse

Deux ans et demi après sa révolution et 21 mois après l'élection de l'ANC, la Tunisie n'a ni constitution, ni loi électorale permettant l'instauration d'institutions pérennes.

Dans une allocution prononcée devant l'ANC, le chef du gouvernement a pressé les députés de terminer leurs travaux d'ici le 23 octobre. L'opposition souligne cependant que l'ANC a déjà huit mois de retard sur le calendrier établi à l'origine.

« La multiplication des manifestations et des sit-in perturbe les agents des forces de sécurité qui sont obligés d'être dans les rues alors qu'ils devraient participer à des opérations de lutte contre le terrorisme », a aussi fait valoir Ali Larayedh.

Une vaste opération militaire est par ailleurs en cours au mont Chaambi, près de la frontière algérienne, pour « éradiquer » un groupe armé qui serait lié à la nébuleuse djihadiste Al-Qaïda selon le gouvernement, et qui est responsable d'une embuscade qui a tué huit soldats le 29 juillet.

L'Assemblée nationale constituante poursuit ses travaux malgré le fait que plus d'une soixantaine de députés boycottent les travaux depuis deux semaines, dans la foulée des assassinats politiques. Ces députés, qui ont organisé un sit-in à l'extérieur des locaux de l'ANC, affirment qu'elle poursuit ses travaux illégalement, puisque le « bureau » qui doit fixer son ordre du jour ne peut se réunir légalement, en l'absence de la moitié de ses membres.

Dans l'hémicycle, le siège qu'occupait Mohamed Brahmi était recouvert de fleurs et d'un drapeau tunisien. Certains députés ont pleuré lors des prières et de l'hymne national, qui a été chanté en sa mémoire.