NOUVELLES
06/08/2013 09:30 EDT | Actualisé 06/10/2013 05:12 EDT

Retour en prison pour le pédophile espagnol gracié au Maroc

Le pédophile espagnol Daniel Galvan Vina, qui a été gracié par le roi du Maroc Mohammed VI la semaine dernière, est maintenant détenu de manière préventive dans une prison espagnole en attendant que des responsables des deux pays statuent sur son sort.

Le tribunal de l'Audience nationale de Madrid a pris cette décision mardi, au lendemain de l'arrestation de l'homme de 63 ans dans un hôtel de Murcie. Il estime que M. Galvan Vina présente un « risque de fuite » suffisamment important pour justifier cette mesure.

Condamné à 30 ans de prison au Maroc en 2011 pour le viol de 11 mineurs, Daniel Galvan Vina a été gracié par Mohammed VI mardi dernier. L'affaire a soulevé la colère des Marocains et a même entraîné une rare manifestation dans la capitale, Rabat.

Gracié par erreur, explique Madrid

Le secrétaire d'État espagnol aux Affaires étrangères, Gonzalo de Benito, soutient que le roi de l'Espagne, Juan Carlos, a présenté à Mohammed VI le mois dernier une liste de 18 ressortissants espagnols qu'il souhaitait voir gracier, et une autre de 30 ressortissants dont il demandait le transfert dans une prison espagnole.

Le Maroc a cependant gracié les 48 hommes au nom de l'excellence de ses relations avec l'Espagne, selon la version distillée dans les médias marocains.

Après avoir ordonné une enquête à ce sujet, le roi du Maroc a finalement annulé la grâce qu'il avait accordée au pédophile dimanche. Daniel Galvan Vina avait cependant déjà quitté le pays pour l'Espagne, de sorte que le Maroc a lancé un mandat d'arrêt international et réclamé son extradition.

Selon l'Audience nationale de Madrid, Daniel Galvan Vina présente un « risque de fuite » puisqu'il « ne dispose pas en Espagne d'un minimum d'enracinement familial, social, économique ou professionnel ». Elle souligne que le pédophile est originaire d'Irak, et qu'il « a acquis la nationalité espagnole par son mariage avec une femme espagnole, dont il est aujourd'hui divorcé ».

« Selon ses déclarations, sa vie s'est déroulée surtout en Irak et en Espagne, mais il a résidé dans différents pays, dont l'Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Royaume-Uni et le Maroc », a ajouté le magistrat.

Des responsables des ministères espagnol et marocain de la Justice doivent se rencontrer mardi pour discuter du sort de Daniel Galvan Vina.

Une source judiciaire a déclaré à l'Agence France-Presse que toute cette affaire constitue un cas de figure « assez étrange » pour la justice espagnole. La convention d'extradition entre l'Espagne et le Maroc, souligne-t-elle, prévoit que chacun de ces pays ne peut extrader ses ressortissants vers l'autre.

Au Maroc, l'édition de mardi du quotidien Le Monde, qui comporte à la une un éditorial critiquant l'attitude de Mohammed VI, était introuvable dans les kiosques. La direction du quotidien français a évoqué « d'importants retards », sans exclure qu'il puisse y avoir une décision d'interdiction, « comme c'est déjà arrivé dans le passé ».

Intitulé « Le dangereux faux pas du roi du Maroc », l'éditorial du quotidien revient sur les conséquences politiques de ce cafouillage, et souligne que la volte-face du roi montre qu'il n'est « plus intouchable ».

L'éditorial est disponible gratuitement sur le site web du journal.