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05/08/2013 08:33 EDT | Actualisé 05/10/2013 05:12 EDT

L'ancien chef d'état-major turc est condamné à la prison à vie pour complot

ISTANBUL - L'ancien chef d'état-major de la Turquie a été condamné à la prison à vie pour avoir comploté dans le but de renverser le gouvernement.

Le général à la retraite Ilker Basbug était l'intimé le plus en vue des 250 personnes mises en accusation en lien avec un complot présumé pour renverser le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, peu de temps après son élection en 2002.

Au moins 16 autres personnes ont écopé lundi de peines de prison à vie, dont 10 officiers militaires à la retraite, pendant que 60 autres accusés recevaient des sentences allant d'un an de prison à la prison à vie, selon la télévision publique TRT. Au moins 21 autres personnes ont été acquittées.

Ces verdicts mettent fin à un procès qui s'étirait depuis cinq ans et qui a suscité des tensions entre l'élite séculaire du pays et la formation islamique de M. Erdogan, le Parti pour la justice et le développement. L'affaire a par ailleurs permis au gouvernement Erdogan de revoir l'organisation de l'armée dans un pays ayant déjà vécu trois coups d'État militaires.

Lundi, la police a bloqué le chemin à des centaines de manifestants qui se dirigeaient vers le palais de justice de Silivri, à 40 kilomètres à l'ouest d'Istanbul, pour témoigner de leur solidarité aux accusés. On rapporte certains affrontements mineurs, mais les verdicts ne devraient pas donner naissance à des violences comparables à celles qui ont secoué le pays cet été.

Les accusés étaient soupçonnés d'avoir planifié une série d'assassinats pour semer le chaos dans le pays et paver la voie à un coup d'État militaire. Une enquête avait mené à la saisie, en 2007, de 27 grenades artisanales dans la résidence d'un sous-officier. Le procès avait débuté l'année suivante.

Ils étaient également soupçonnés d'appartenir à un groupe ultranationaliste et proséculaire appelé Ergenekon, du nom d'une vallée d'Asie centrale d'où les Turcs seraient issus.

Des milliers de pages de documents présentés au tribunal affirment que le groupe est responsable d'une multitude d'attentats, y compris le meurtre d'un juge commis en 2006, commis pour provoquer une intervention de l'armée en faisant croire qu'ils étaient l'oeuvre de militants islamistes.

Le groupe aurait aussi comploté dans le but d'assassiner le premier ministre Erdogan, le lauréat du prix Nobel de littérature Orhan Pamuk et d'autres individus bien en vue.

Les accusés rejettent toutes les accusations formulées contre eux, et plusieurs observateurs s'attendent à ce qu'ils fassent appel des verdicts devant la Cour d'appel d'Ankara.

Les procureurs avaient demandé des peines d'emprisonnements à perpétuité pour 64 des prévenus, pour la plupart sous le coup d'accusations liées au terrorisme. D'autres ont été accusés de possession d'armes à feu ou de simplement faire partie du groupe Ergenekon.

Cette affaire a divisé le pays entre ceux qui y voyaient l'occasion de démanteler un réseau d'ultranationalistes appartenant à un «État dans l'État» et qui agiraient dans l'ombre en toute impunité, contre ceux qui croyaient plutôt que le procès a été une tentative du gouvernement Erdogan de museler ses opposants et miner l'héritage séculier du pays.

Un journaliste connu ayant contribué à l'organisation d'une série de manifestations anti-gouvernement en 2007, Tuncay Ozkan, a écopé d'une peine d'emprisonnement à vie. Un chirurgien et fondateur d'une université à Ankara, Mehmet Haberal, de même que le représentant à Ankara d'un quotidien séculier, Cumhuriyet, ont quant à eux été condamnés à des peines de 12 et 34 ans de prison. Tous deux avaient été élus au Parlement en 2011 alors qu'ils se trouvaient déjà en prison mais n'ont pu siéger.