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25/07/2013 01:13 EDT | Actualisé 23/09/2013 05:12 EDT

Déraillement de train en Espagne : au moins 80 morts

Le déraillement d'un train dans le nord-ouest de l'Espagne a fait au moins 80 morts et 130 blessés, mercredi, selon le dernier bilan provisoire de la catastrophe, qui aurait été causée par un excès de vitesse.

Le train à grande vitesse, construit par le consortium Talgo-Bombardier, a quitté la voie juste avant d'entrer en gare dans un village à 4 kilomètres de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, un des plus célèbres lieux de pèlerinage catholique depuis le Moyen-âge.

Selon la société espagnole des chemins de fer, la Renfe, 218 personnes étaient à bord du train qui circulait sur un tronçon inauguré il y a deux ans à peine. Le train reliait la capitale Madrid à la ville d'El Ferrol. Il a déraillé vers 20 h 40 heure locale (14 h 40 heure avancée de l'Est).

Vitesse excessive

Les premières constatations indiquaient que le convoi roulait trop vite, ce qu'a confirmé un responsable proche de l'enquête à l'agence Reuters. Cette source n'était toutefois pas en mesure d'indiquer la vitesse à laquelle roulait le train au moment de l'accident.

Selon des images captées par une caméra de surveillance, le train s'est engagé à grande vitesse dans une courbe serrée lorsque le wagon situé derrière la locomotive s'est détaché, faisant dérailler l'ensemble du convoi, dont les wagons ont été propulsés à plusieurs mètres dans les airs.

Selon le quotidien El Pais, l'un des deux conducteurs du train a affirmé qu'il roulait à 190 km/h lors de communications radio, alors que le tronçon de voie où s'est produit l'accident a une limite de vitesse de 80 km/h.

« J'espère qu'il n'y a pas de morts parce que je les aurai sur la conscience », aurait déclaré le conducteur coincé dans sa cabine après l'accident lors d'une liaison radio avec la gare, selon des sources proches de l'enquête citées par le quotidien espagnol.

L'un des conducteurs du train fait d'ailleurs l'objet d'une enquête, a annoncé jeudi une porte-parole de la Cour suprême de Galice.

Le gouvernement espagnol demeure quant à lui prudent sur la cause probable du déraillement. Selon un responsable, aucune déclaration ne sera faite tant que les enregistreurs de la boîte noire n'auront pas été examinés.

Deuil national

Lors d'une visite sur les lieux de la catastrophe, jeudi, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a décrété trois jours de deuil national et sept jours de deuil en Galice, d'où il est lui même originaire.

Il s'agit de la pire tragédie ferroviaire qu'ait connue l'Espagne depuis 1944.

Aucun « problème opérationnel »

Jeudi, le président de la compagnie nationale ferroviaire (RENFE), Julio Gómez-Pomar Rodríguez, a déclaré que le train « n'a eu aucun problème opérationnel » et qu'il avait subi une révision mécanique et technique le matin même de l'accident.

« Ces trains passent une révision tous les 7500 kilomètres, puis tous les 50 000 kilomètres, puis tous les 150 000 kilomètres. Pour le dire autrement, le dossier d'entretien et de contrôle du train était parfait » , a expliqué Julio Gómez-Pomar Rodríguez à la radio privée Cadena Cope.

Aucune hypothèse n'a par ailleurs été avancée en lien avec un possible acte terroriste semblable aux attaques contre des trains de passagers à Madrid, en 2004.

Ces attentats avaient fait 191 morts.

Une scène « dantesque »

Plusieurs témoins ont affirmé avoir entendu le bruit d'une explosion. « J'ai entendu comme un coup de tonnerre. C'était comme s'il y avait eu un tremblement de terre », a raconté un témoin à l'Agence France-Presse. Au moment de l'accident, il se trouvait dans une maison près de la voie ferrée.

« Dans une courbe, le train a commencé à bouger et les wagons se sont empilés les uns sur les autres », a dit un passager rescapé, Ricardo Montesco. « J'étais dans la deuxième voiture et il y avait du feu... J'ai vu plusieurs cadavres. »

Selon d'autres témoignages relayés par les médias internationaux, des cadavres se sont retrouvés sur les voies. Certains wagons étaient complètement déchiquetés, empilés les uns sur les autres.

Très vite, les convois d'ambulances se sont formés pour évacuer les blessés. À l'aube, les secouristes poursuivaient encore leur travail, tentant de se frayer un chemin dans la tôle froissée.

Les cliniques de la ville ont été vite débordées par l'afflux de blessés et les hôtels ont aménagé des chambres gratuites pour les proches des victimes. Des services de soutien psychologique ont été mis à leur disposition dans des bâtiments municipaux.

Les autorités de la santé ont lancé un appel aux dons de sang. De son côté, le gouvernement central a dépêché des experts en médecine légale et du personnel soignant par avion spécial.

Le drame survient à la veille d'une fête importante dans la région, celle de Saint-Jacques, évangélisateur de l'Espagne, et près du sanctuaire qui lui est dédié. Chaque année, de nombreux pèlerins affluent sur le site, mais toutes les festivités ont été annulées en réaction à la catastrophe.

Deux semaines après l'accident en France

Cet accident survient moins de deux semaines après le déraillement d'un train en France, en gare de Brétigny-sur-Orge au sud de Paris, qui a fait six morts le 12 juillet. Ce déraillement a été attribué à une pièce défectueuse dans le système d'aiguillage à 200 mètres de la gare.

L'accident en Espagne est l'un des plus graves survenus ces 25 dernières années en Europe, le plus meurtrier restant l'accident de Kaprun en Autriche. Un incendie dans le tunnel d'un funiculaire avait enflammé un train bondé de skieurs, faisant 155 morts.