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22/07/2013 07:47 EDT | Actualisé 21/09/2013 05:12 EDT

Aziz Sahmaoui : l'esprit des Gnawas a soufflé sur Montréal

Un texte de Kamel Bouzeboudjen

Aziz Sahmaoui et son groupe University of Gnawa ont donné un cours magistral de musique dimanche au Cabaret du Mile-End, dans le cadre du Festival Nuits d'Afrique.

Le chanteur d'origine marocaine est l'une des figures de la musique Gnawa actuelle. Il a été dans les années 90 un des fondateurs du groupe mythique l'Orchestre national de Barbès, il a travaillé également avec Joe Zawinul et collaboré au projet Maghreb and friends avec Nguyen Lê et Karim Ziad.

Avec ses musiciens, Aziz Sehmaoui a transformé la salle de spectacles en une soirée sacrée des Gnawa où se mêlent la danse, la transe et des moments d'apaisement.

Aziz Sehmaoui abolit les frontières. La chanson de Joe Zawinul, Black Market, devient dans un moment magique un écrin pour une invocation du prophète de l'islam et la piste de décollage de la kora endiablée de Cheikh Diallo.

Autre moment fort de la soirée. Le bassiste Alune Wade avec sa voix puissante a transporté les présents aux tréfonds de l'histoire en invoquant La Kahina, cette reine berbère qui a résisté à la conquête arabe du Maghreb.

Le répertoire du chanteur n'est pas limité au patrimoine des Gnawas, il compose aussi ses propres chansons, dont Meskina (la pauvre) qui raconte l'histoire vraie d'une fillette obligée de travailler à l'âge de six ans.

Et le répertoire des Gnawas ne se limite pas à l'invocation de Dieu, son prophète et ses saints, on y trouve également des chansons profanes comme l'histoire d'Aïcha, cette comtesse portugaise venue au Maroc à la recherche de son amoureux. Comtesse est devenue Kandisha en arabe.

Musique thérapeutique

Les Gnawas sont des musiciens particuliers, ils ne font pas seulement de la musique, ce sont aussi des « thérapeutes », nous dit Aziz Sehmaoui.

Il nous explique que les Gnawas animent des nuits (Lila en arabe) « dans lesquelles se déroule une cérémonie qui mène le corps malade à danser. Le groove des Gnawas libère ainsi le malade » de son mal.

Le rythme des Gnawas est le médicament. C'est la répétition des tambours et des crotales (Kerkabou en arabe) qui finissent au bout de la nuit d'apaiser le malade.

Cette musique, dont l'origine remonte au 11e siècle au Maghreb, reste mystérieuse, car il n'y a pas de traces, de récits ou de preuve historique de l'origine de cette musique. Mais pour Aziz Sahmaoui il y a « un secret, un mystère » dans cette musique qui attire les gens. « Quelle magie y a-t-il derrière cette musique? », s'interroge le chanteur marocain. « Comment expliquer qu'on chante le même morceau des milliers de fois et qu'on ne s'en lasse pas? », dit-il.

Quand Aziz Sahmaoui parle de son groupe University of Gnawa, il dit humblement que c'est un projet d'amis Maghrébins et Sénégalais pour rendre hommage aux maîtres Gnawas « avec qui on a appris ».

C'est aussi un projet pour faire avancer la musique et pour « défendre et honorer cette culture qui est la nôtre ».

Au vu du disque et du concert de dimanche, le projet d'Aziz Sahmaoui est en bonne voie.