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18/06/2013 08:55 EDT | Actualisé 18/08/2013 05:12 EDT

« Je nie totalement que je faisais partie du système de collusion » - Gauthier

Le notaire à la retraite Jean Gauthier admet, après s'être défilé malhabilement, que l'argent qu'il récoltait auprès des firmes de génie pour le PRO des Lavallois était lié à des contrats obtenus par elles à la Ville de Laval. « C'est ça, c'est pour des contrats qu'ils ont reçus », a-t-il laissé tomber, coincé sous le feu croisé du procureur Denis Gallant et de la commissaire France Charbonneau.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Il se défend cependant d'avoir su que leurs contributions s'inscrivaient dans un système de collusion, se rebiffe devant le terme de ristournes, rejette puis accepte le terme de quote-part tout en se braquant devant l'idée d'un « pourcentage fixe » de 2 % et dit préférer parler de retours d'ascenseur et de développement des affaires. Les ingénieurs, soutient-il, s'entendaient au-dessus de sa tête avec « la haute direction ».

L'ex-notaire a fait ces aveux en demi-teinte après que le procureur Denis Gallant l'a confronté à ses déclarations faites le 9 mai dernier à un enquêteur de l'escouade Marteau dans la foulée de son arrestation.

Il répète sinon, comme hier, que jamais l'ex-maire Gilles Vaillancourt ne lui a donné « de mandat spécifique » et qu'ils ne se parlaient jamais de l'argent que lui versaient les ingénieurs pour le financement du PRO des Lavallois entre 1996 et 2006. Et jamais, jure-t-il aussi, sur la tête de « ses petits enfants », il n'a retiré des bénéfices personnels en argent comptant de ce rôle de collecteur de fonds occultes.

Me Denis Gallant insiste, pourtant : Comment le maire Vaillancourt peut-il avoir placé autant de confiance en lui alors que, selon lui, ils se connaissent si peu? sa réponse : le maire vérifiait possiblement avec les firmes après coup pour s'assurer qu'elles lui avaient bien donné leur part.

Il insiste sinon qu'il a toujours remis l'argent à Me Jean Bertrand, représentant officiel du PRO, qu'il présente comme un homme de confiance du maire Gilles Vaillancourt. Il présume donc que le maire savait. Il ajoute avoir transféré son rôle de collecteur à Me Bertrand en 2006, au moment de prendre sa retraite, et là encore ne pas en avoir parlé au maire Vaillancourt.

Me Bertrand a confirmé, dans son témoignage, avoir été chercher à plusieurs reprises des enveloppes d'argent auprès d'ingénieurs, entre 2005 et 2008, pour le financement occulte du PRO des Lavallois, chaque fois, a-t-il insisté, à la demande du notaire Jean Gauthier.

Gauthier met tout sur le dos de Me Bertrand

Me Gauthier a tenté, tant bien que mal, de démontrer qu'il n'avait plus la mainmise sur la caisse occulte après sa retraite comme notaire en 2006, contredisant tant les témoignages de Me Jean Bertrand et de Me Pierre L. Lambert.

Il nie donc que Me Bertrand recherchait son autorisation pour piger dans la caisse après 2006 où qu'il lui rapportait l'argent collecté, ou encore qu'il devait avoir son aval pour appeler Me Lambert lorsque celui devient gardien de la caisse occulte en 2009.

Il admet cependant qu'il savait que Me Lambert gérait désormais la caisse - une tâche que ce dernier soutient avoir obtenu de M. Gauthier lui-même - et avoir par deux fois été chercher de l'argent à son bureau, mais pour rendre service à Me Bertrand. Il soutient que ce dernier était tout simplement gêné d'aller chercher de l'argent chez un homme qui était pourtant son collègue chez Dunton-Rainville.

Il nie tout aussi que Me Bertrand aurait été chercher 60 000 $ chez M. Lambert avec sa permission, dont 10 000 $ que lui-même lui aurait réclamé.

Il nie encore avoir donner entre 130 000 $ et 150 000 $ à Me Bertrand pour organiser les élections de 2009.

M. Gauthier a nié tout aussi avoir fourni durant toutes ces années de l'argent issu de la caisse occulte à Me Bertrand pour permettre aux conseillers du PRO de faire du prête-nom.

« Je nie totalement d'avoir dit à Jean Bertrand de prendre de l'argent pour faire du prête-nom », soutient-il, disait qu'il était contre cette pratique et l'avoir dit à Me Bertrand. Il ajoute ne pas se souvenir de cette rencontre, en 1995, lors de laquelle M. Gauthier lui aurait dit de s'occuper de gérer ce système avec l'argent des ingénieurs.

L'ex-notaire dément enfin avoir rencontré ce dernier en décembre 2012 pour qu'ils ajustent leurs témoignages à venir. Et si tel était le cas, Me Bertrand ne s'est visiblement pas prêté au jeu puisque, comme le souligne le procureur Gallant, l'ex-notaire rejette tout ce qui dans le témoignage de Me Bertrand l'incrimine.

Il va jusqu'à soutenir que jamais il n'a payé pour la réfection

Gauthier rejette les allégations de plusieurs témoins

M. Gauthier a nié que Marc Gendron soit venu lui porter 200 000 $ de la part de Tony Accurso pour le PRO, au début des années 2000, prenant sa femme à témoin. « Ça ne tient pas debout ! », s'exclame-t-il.

Il nie aussi avoir reçu de l'argent de Roger Desbois, de Tecsult, qui a soutenu devant la commission avoir remis au notaire Gauthier une ristourne de 2 % sur les contrats obtenus par sa firme auprès de la Ville de Laval. M. Desbois a parlé deux sommes, soit 50 000 $ et 25 000 $, remises entre 2006 et 2008.

Il doute sinon que Marc Gendron, prédécesseur de M. Desbois chez Tecsult, soit venu lui porter de l'argent, mais admet qu'il ne peut le nier non plus.

M. Gauthier ne se souvient pas plus d'avoir reçu, par deux fois, de l'argent de Jean Roberge - ex-directeur général adjoint de Laval - alors qu'il était avec Équation Groupe Conseil, comme l'a pourtant soutenu ce dernier devant la commission.

Par ailleurs, en fin de matinée, le procureur Gallant a présenté au témoin des extraits de l'agenda de Jean-Pierre Sauriol, dans lequel on voit que l'ex-numéro un de Dessau a rencontré l'ex-notaire à Jean Gauthier à quatre reprises, soit le 27 juin 2006, le 25 août 2006, le 21 novembre 2007, le 14 novembre 2008. Me Gallant a suggéré que M. Sauriol lui remettait 50 000 $ par année.

Le témoin a néanmoins maintenu que Jean-Pierre Sauriol lui a remis de l'argent deux fois, et non quatre, comme le soutient le procureur Gallant.« Moi j'ai eu deux rencontres avec Sauriol que je me rappelle. Une rencontre au bureau chez nous, et une rencontre à son bureau », a-t-il dit.

Il est à noter que les entrées dans l'agenda de M. Sauriol, et le témoignage de Desbois qu'il réfute, portent à croire qu'il aurait donc continué à jouer un rôle de collecteur de fonds après 2006, alors qu'il soutient avoir alors passé le flambeau à Me Bertrand.

L'ex-notaire a eu beaucoup de difficultés à se rappeler des différentes rencontres avec des ingénieurs qui se sont échelonnées entre 1996 et 2006 (sinon plus). « Ça se passait tellement vite... » s'est justifié M. Gauthier, ce qui a fait bondir la commissaire Charbonneau : « Il me semble que ça doit être frappant, puisque normalement ce sont des choses avec lesquelles on n'est pas à l'aise! ». « Bien honnêtement, j'ai bien de la difficulté avec votre explication », a ajouté Me Gallant.

Il a cependant reconnu, hier, que lorsqu'un premier ingénieur est venu lui porter de l'argent en 1997, soit Lucien Dupuis de CIMA+, il lui a bien dit que c'est le maire qui lui avait dit de venir le voir.

Gauthier veut minimiser son rôle

L'homme de 74 ans sera suivi à la barre des témoins par l'ancien directeur général de la Ville de Laval Claude Asselin, accusé de gangstérisme dans la foulée de l'opération Honorer, menée à Laval le 9 mai. M. Asselin est aussi accusé de fraude, de fraude envers le gouvernement, de complot pour fraude, de complot pour corruption, d'actes de corruption dans les affaires municipales et d'abus de confiance.

Lundi, Jean Gauthier a soutenu n'avoir été qu'une simple « courroie de transmission » dans le système de Laval, tout en tentant de minimiser sa propre implication. Il a ainsi reconnu avoir recueilli des « fonds illégaux » pour le PRO des Lavallois auprès des grandes firmes de génie-conseil de Laval. Plusieurs témoins ont déjà expliqué que cette ristourne équivalait à 2 % des honoraires obtenus dans le cadre de contrats faisant l'objet de collusion, mais Jean Gauthier a assuré qu'il ne savait rien de tout cela. 

Le témoin a cherché à convaincre la commission que Lucien Dupuis, ex-vice-président de CIMA+, était venu lui porter une première enveloppe d'argent vers 1997, en lui expliquant que le maire Vaillancourt lui avait demandé d'agir ainsi. Jean Gauthier a affirmé sous serment qu'il avait accepté l'enveloppe sans poser de questions, ni à M. Dupuis, ni à M. Vaillancourt, et ce, même si personne ne lui avait jamais demandé formellement de jouer ce rôle.

M. Gauthier, qui a reconnu être très près du représentant officiel du PRO des Lavallois, Me Jean Bertrand, soutient avoir rempli ce rôle bénévolement, sans aucune contrepartie, parce que son ego s'en trouvait flatté et qu'il s'agissait là d'un moyen de faire de la politique, sa passion. Il a soutenu qu'il avait arrêté d'agir de la sorte vers 2006, lorsqu'il a pris sa retraite. 

Ces explications n'ont pas semblé convaincre les commissaires ni le procureur Denis Gallant, qui mène l'interrogatoire. Me Gallant a fait entendre au témoin divers extraits d'écoutes électroniques réalisés le 4 octobre 2012, date de la perquisition à l'hôtel de ville de Laval, ou le lendemain. Ces conversations avec Jean Bertrand ou la fille de Jean Gauthier, Mélanie, portent à croire que le témoin en sait plus qu'il ne veut bien le dire, mais l'ex-notaire s'en est bien défendu.

Jean Gauthier a aussi contesté les dires de Me Bertrand, qui l'a décrit comme son mentor en matière de financement, et ceux de Pierre L. Lambert, qui a raconté la semaine que l'ex-notaire devait « dédouaner » tout décaissement de la caisse occulte du PRO dont il a été le gardien, et ce,  jusqu'à l'automne dernier. 

M. Lambert a expliqué qu'il avait effectué un dernier retrait de la caisse en octobre dernier, à la demande Jean Gauthier, et qu'un commissionnaire était venu chercher l'argent. Jean Gauthier a soutenu hier que le commissionnaire avait plutôt remis l'argent à Pierre Desjardins, responsable des communications du maire Vaillancourt, mais sans expliquer comment il en avait été informé. L'affaire risque d'être abordée de nouveau ce matin. 

Au terme de l'opération Honorer, Jean Gauthier a été formellement accusé de fraude, d'abus de confiance, de complot pour corruption, d'actes de corruption dans les affaires municipales, mais aussi - ce qui est plus rare - de possession de biens criminellement obtenus et recyclage des produits de la criminalité.