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18/06/2013 10:37 EDT | Actualisé 18/08/2013 05:12 EDT

Le monde politique québécois presse le maire de Montréal de démissionner

La démission du maire de Montréal Michael Applebaum, accusé lundi de complot et de corruption, apparaissait probable mardi, mais l'élu gardait le silence sur ses intentions, alors que des précisions émergeaient sur les affaires de pots-de-vin dont il est accusé.

Arrêté, puis relâché lundi après s'être fait signifier 14 chefs d'accusation, M. Applebaum, 50 ans, avait laissé entendre qu'il rencontrerait les médias mardi, mais son entourage n'était pas en mesure de préciser ce rendez-vous.

La Première ministre du Québec Pauline Marois avait dit clairement qu'il serait bien inspiré de quitter ses fonctions. Des appels à la démission du maire ont été lancés également par ses deux ministres directement concernés, celui des Affaires municipales et celui chargé de la métropole québécoise, ainsi que par les partis politiques municipaux.

Tel était également le sentiment dominant de nombreux habitants de la ville interrogés mardi matin.

"Il a beaucoup parlé d'intégrité, il a dit qu'il allait nettoyer tout cela... Je pense qu'il doit partir, absolument", a dit à l'AFP Linda Michel, une quadragénaire, faisant allusion aux affaires de corruption touchant l'entourage du maire précédent, Gérald Tremblay, à qui M. Applebaum avait succédé après sa démission en novembre dernier.

Depuis un an, Montréal vit au rythme de révélations faites devant la commission d'enquête publique, dite Commission Charbonneau, sur un vaste système de corruption impliquant responsables municipaux, partis politiques, entrepreneurs du BTP et criminalité organisée.

Mme Marois a néanmoins affirmé qu'il n'était pas nécessaire de mettre Montréal sous tutelle gouvernementale, estimant en substance que tout n'est pas pourri à la mairie et qu'il y a des conseillers municipaux bénéficiant de la confiance des habitants et capables de prendre le relais.

La police provinciale, qui avait procédé à l'arrestation et à l'interrogatoire du maire, a été avare de détails sur les faits qui lui sont reprochés, invoquant l'enquête en cours.

Mais les médias canadiens ont identifié les deux dossiers immobiliers de l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, dirigé à l'époque par M. Applebaum, qui auraient donné l'occasion au versement de pots-de-vin de plusieurs dizaines de milliers de dollars entre 2006 et 2011.

D'une part, selon Radio-Canada, il s'agirait d'un important contrat de gestion d'un centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce, confié à un groupe de premier plan du BTP, Dessau, dont plusieurs dirigeants ont dû démissionner récemment après avoir admis leur participation à un système de corruption.

D'autre part, c'est la démolition d'un immeuble devant laisser place à un projet immobilier qui aurait été l'objet d'un dessous-de-table.

Enfin, le déclenchement de l'enquête policière semble lié au suicide d'un ancien employé de l'arrondissement concerné, Robert Rousseau. Ce dernier, subordonné de l'un des coaccusés de M. Applebaum, le haut fonctionnaire municipal Jean-Yves Bisson, s'était donné la mort en mars dernier, au lendemain d'un interrogatoire par l'unité anti-corruption, et la police a retrouvé sur lui une clé USB.

L'exploitation de cette clé pourrait avoir accéléré l'enquête ayant conduit à l'inculpation de M. Applebaum, ainsi que de M. Bisson et d'un troisième homme, Saul Zajdel, ancien conseiller municipal et ex-candidat aux législatives fédérales du Parti conservateur au pouvoir à Ottawa.

via/jl/sam