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18/06/2013 10:20 EDT | Actualisé 18/08/2013 05:12 EDT

Commission: Gauthier admet que l'argent qu'il récoltait provenait de ristournes

MONTRÉAL - L'ex-notaire Jean Gauthier a fini par admettre, mardi, qu'il savait que l'argent comptant que les ingénieurs de Laval venaient lui porter à son étude de notaire représentait des ristournes sur leurs contrats obtenus de la Ville de Laval. Mais il continue de prétendre qu'il a récolté ces fonds pendant des années par simple amour du parti PRO des Lavallois.

C'est après maintes questions du procureur chef adjoint de la Commission Charbonneau, Me Denis Gallant, qu'il a finalement admis qu'il savait que cet argent représentait des quotes-parts sur les contrats obtenus.

La veille, le notaire retraité avait soutenu qu'il ne savait pas pourquoi les ingénieurs s'étaient mis ainsi à s'amener à son bureau avec des enveloppes d'argent, dès 1996, en précisant que c'était l'ex-maire Gilles Vaillancourt qui leur avait demandé de le faire.

Il a toutefois assuré qu'il n'avait rien à voir dans le calcul de cette ristourne de deux pour cent. La veille, il s'était décrit comme une simple courroie de transmission dans ce système et un «simple citoyen» intéressé à la politique lavalloise.

«Ça, vous avez fait ça par grandeur d'âme?» lui a demandé Me Gallant.

«Je vous le jure. J'ai quatre petits-enfants que j'adore _ c'est niaiseux mon affaire _ et je jure sur leur tête que je n'ai retiré aucun, aucun, aucun sou de ça», a martelé le témoin.

«Vous le saviez que c'était illégal, donc vous risquez gros, vous risquez votre carrière, votre gagne-pain, vous risquez des démêlés avec la justice, que ce soit pénal ou criminel, pour l'amour du parti PRO?» a insisté Me Gallant.

«Ouais. Vous dites que je suis fou? Je vous dis que jamais, jamais. Si j'avais eu de gros contrats à Laval... mais je n'ai jamais eu de gros contrats à Laval pour mon bureau. Ce sont (des mandats pour) de petites cessions de rues que j'avais. Je le jure de tous bords et de tous côtés», s'est défendu le témoin.

Plusieurs mensonges

Me Gallant s'est ensuite attardé au témoignage de tous les ingénieurs qui ont affirmé lui avoir remis de l'argent, au fil des ans. Mais Me Gauthier décèle des faussetés ou des erreurs de sommes ou de fréquence de dons dans plusieurs cas.

Par exemple, l'agenda de Jean-Pierre Sauriol, de la firme Dessau, déposé en preuve par Me Gallant, laisse voir quatre rencontres avec Jean Gauthier en 2006, 2007 et 2008, mais Me Gauthier affirme ne l'avoir rencontré que deux fois et assure que M. Sauriol n'a fait que deux versements.

Il a aussi contredit sous plusieurs aspects le témoignage de l'ex-représentant officiel du parti PRO, Me Jean Bertrand, qui est pourtant son ami. Il a nié certaines remises d'argent et nié avoir voulu ajuster son témoignage avec celui de Me Bertrand, après que Me Bertrand lui ait confié qu'il avait reçu une citation à comparaître. Il a également nié lui avoir alors dit qu'il n'était pas obligé de dire toute la vérité.

Le commissaire Renaud Lachance s'est étonné de tous ces témoignages que Me Gauthier contredit. «Je viens de vous énumérer 11 mensonges de quatre personnes différentes _ et je sais qu'il en reste, parce que j'en ai oublié quelques-uns. Vous devriez peut-être regarder votre témoignage, un jour, pour regarder pour combien de personnes différentes vous dites que ce sont eux des menteurs, et non pas vous», lui a-t-il suggéré.

Me Gauthier a tenté de se défendre: «on me place sur les épaules plein de choses. J'ai écouté la commission et je suis tombé en bas de ma chaise».

Après avoir dit qu'il avait cessé ses activités de récolte de fonds du PRO en 2006, il a fini par admettre qu'il avait continué d'être actif, parfois, jusqu'en 2012, notamment en veillant sur ce que faisait son successeur dans cette tâche, Me Bertrand.

Le dernier paiement que Me Gauthier a autorisé avec la caisse occulte du PRO remonte à octobre 2012, lorsqu'il a demandé à Me Pierre Lambert, le dépositaire des fonds du parti, de payer Pierre Desjardins, le responsable des communications du PRO. «Pierre Desjardins était payé toujours par la caisse occulte, toujours», a précisé Me Gauthier.