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17/06/2013 08:47 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Syrie: les présidents Obama et Poutine s'entendent sur la nécessité de négocier

BEYROUTH - Le président syrien a prévenu lundi que l'Europe «en paierait le prix» si elle fournit des armes aux rebelles qui tentent de le renverser, tandis que les présidents américain et russe ont convenu de la nécessité de poursuivre les discussions pour trouver une issue à la crise en Syrie.

Lors d'une rencontre bilatérale en marge du sommet du G8 à Enniskillen, en Irlande du Nord, le président russe, Vladimir Poutine, a dit au président Barack Obama que leurs positions respectives sur la Syrie ne concordaient pas, mais qu'ils devaient continuer de faire des efforts pour soutenir des négociations de paix.

Le président des États-Unis a admis que les deux pays avaient «une perspective différente» du conflit, mais qu'ils partageaient l'intérêt de faire cesser les violences et de sécuriser les armes chimiques en Syrie.

Même si M. Poutine s'est dit favorable à une solution négociée à la guerre, il n'a pas appelé le président Bachar el-Assad à quitter le pouvoir, et il reste l'un des principaux appuis du régime syrien, à qui il fournit des armes.

Dans une entrevue publiée lundi par le quotidien allemand «Frankfurter Allgemeine Runschau», le président syrien affirme que les pays européens qui fourniront des armes aux rebelles en subiront les conséquences. Il nie également les conclusions du gouvernement américain selon lesquelles l'armée syrienne a eu recours aux armes chimiques au cours des derniers mois.

Il s'agissait des premières déclarations publiques de Bachar el-Assad depuis que le président Obama a décidé d'autoriser l'acheminement d'armes et de munitions aux rebelles syriens, après avoir confirmé que les forces pro-gouvernementales avaient utilisé des armes chimiques.

L'Union européenne a également levé l'embargo sur les armes en Syrie, permettant à ses 27 membres de fournir des armes aux rebelles. La France et le Royaume-Uni semblent se diriger dans cette direction, mais le gouvernement allemand s'y oppose.

L'entrevue accordée par Bachar el-Assad au quotidien allemand semble destinée à renforcer le scepticisme de l'Allemagne.

«Si les Européens envoient des armes, la cour arrière de l'Europe deviendra un repaire de terroristes, et l'Europe en paiera le prix», a déclaré le président syrien.

Le chaos en Syrie aura pour conséquence «l'exportation directe du terrorisme en Europe», a-t-il prévenu. «Les terroristes retourneront en Europe avec une expérience de combat et des idéologies extrémistes.»

Bachar el-Assad estime par ailleurs que la volonté des Européens de distinguer les «bons» des «mauvais» rebelles pour l'acheminement d'armes revient à «différencier les bons et les mauvais talibans d'il y a quelques années, ou les bons et mauvais militants d'Al-Qaïda».

L'entrevue a été réalisée dans un édifice gouvernemental de Damas la semaine dernière. Après la décision du président Obama vendredi, Bachar el-Assad a répondu à quelques autres questions par courriel, précise le quotidien.

Le président syrien conteste les conclusions du gouvernement américain selon lesquelles au moins 150 personnes ont été tuées par des attaques à l'arme chimique en Syrie, estimant que les pays occidentaux doivent encore fournir des preuves de leurs allégations.

«Les armes de destruction massive peuvent tuer des centaines, des milliers de personnes à la fois. C'est la raison pour laquelle elles sont utilisées. C'est pourquoi il serait illogique d'utiliser des armes chimiques pour tuer un nombre de personnes qui auraient pu être tuées par des armes conventionnelles», dit le président El-Assad.

«Si Paris, Londres et Washington avaient une seule preuve appuyant leurs allégations, ils l'auraient montrée au monde entier», affirme-t-il.

Au moins 93 000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, selon un récent bilan de l'ONU. Des millions de civils ont été déplacés.