NOUVELLES
17/06/2013 06:55 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Les conservateurs réagissent à l'arrestation de Saulie Zajdel, un ex-candidat

Les arrestations de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) à Montréal ont fait des vagues jusqu'à Ottawa, lundi, puisque Saulie Zajdel, candidat pour le Parti conservateur aux dernières élections fédérales, figure parmi les personnes arrêtées.

L'homme fait face à cinq chefs d'accusation, incluant fraude envers le gouvernement, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales. Les actions qui lui sont reprochées remonteraient à ses jours comme conseiller municipal à Montréal.

M. Zajdel a été arrêté dans le cadre de l'opération « Méandre », la même qui vise le maire de Montréal, Michael Applebaum.

Il avait été candidat dans la circonscription fédérale montréalaise de Mont-Royal en 2011, mais avait perdu face au libéral Irwin Cotler. Le Parti conservateur a fait savoir lundi que l'arrestation de leur ex-candidat a été une « surprise ». Le porte-parole de la formation politique, Fred DeLorey, a indiqué que rien n'avait fait surface lors des vérifications effectuées, et que l'homme n'avait rien dévoilé.

« S'il a violé des lois d'une quelconque façon, il devra faire face aux conséquences de ses actes », a ajouté M. DeLorey.

Les conservateurs avaient misé gros sur M. Zajdel pour remporter leur premier siège sur l'île de Montréal. Maintenant, ils cherchent à prendre leurs distances.
D'ailleurs, selon Saulie Zajdel, c'est le parti de Stephen Harper qui tenait à l'avoir comme candidat. « Les conservateurs sont venus à moi et m'ont demandé [de me présenter]. Ils me l'ont demandé avec acharnement », avait déclaré M. Zajdel en entrevue avec La Presse Canadienne en mars 2011, le jour où il a fait part de sa décision de devenir candidat.

En Chambre, le ministre James Moore, qui répondait lundi aux questions à la place du premier ministre Stephen Harper, a insisté sur le fait que l'enquête de l'UPAC date de l'époque où M. Zajdel était conseiller municipal.

« Les accusations portent sur des questions municipales et non du gouvernement fédéral », a précisé M. Moore.

« Toutefois, pour être clair, si M. Zajdel, M. Applebaum ou quiconque est reconnu coupable d'avoir enfreint la loi, il doit être puni dans la pleine mesure de la loi », a-t-il ajouté.

Pour le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, cette excuse ne tient pas la route. Car l'enquête de l'UPAC visait aussi l'année 2011, dit-il. « M. Moore est en train de dire que ça n'a aucune importance puisque que c'était jusqu'en 2011. Attention. M. Zajdel a quitté l'administration municipale en 2009. Après cette date il était auprès des conservateurs. Jusqu'en 2012, M. Zajdel avait un accès privilégié au premier ministre, on le sait », a déclaré M. Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

« Il était toujours sur la liste de paie du ministre James Moore [en 2011] », a-t-il ajouté. Car M. Zajdel avait aussi fait parler de lui après avoir été embauché comme « conseiller régional » par le bureau du ministre du Patrimoine canadien, James Moore, après sa défaite électorale. Il travaillait alors au bureau régional des ministres à Montréal. M. Zajdel devait agir comme agent de liaison auprès des communautés culturelles, afin de les aider dans leurs demandes relativement aux programmes de Patrimoine canadien.

Il avait été accusé par le Parti libéral d'agir comme un « député fantôme » dans la circonscription de M. Cotler, et d'être payé par les fonds publics pour préparer sa prochaine campagne électorale.

Les conservateurs avaient aussi mené des sondages téléphoniques qui laissaient entendre que M. Cotler allait démissionner sous peu. Après une plainte de M. Cotler sur ces fausses allégations, le président de la Chambre des communes avait condamné la pratique jugée trompeuse, mais avait déclaré ne pas avoir le pouvoir de punir le Parti conservateur. M. Zajdel avait démissionné de ce poste en mars 2012.

Il semblait toutefois avoir gardé ses liens avec le parti. Il était d'ailleurs présent avec le premier ministre Stephen Harper dans un pub du Vieux-Montréal, en mars 2012, où ils ont rencontré des partisans.

Croisé après la période de questions au Parlement, M. Moore a expliqué qu'à l'époque, le choix de M. Zajdel pour le poste d'agent de liaison était logique, puisqu'il connaissait énormément de gens à Montréal en raison de ses 23 années en tant que conseiller municipal. Et aussi parce qu'il était le candidat conservateur qui avait obtenu le plus de votes à Montréal au scrutin de 2011.

M. Moore a réitéré ne pas avoir été mis au courant des allégations contre M. Zajdel, ni de l'existence de gestes répréhensibles dans son passé, avant lundi matin.
Lundi, M. Cotler, qui avait été indigné des manoeuvres des conservateurs dans sa circonscription, a refusé de jeter la pierre à son ex-adversaire.

« J'ai appris l'arrestation de Saulie Zajdel aux nouvelles ce matin. Toute personne a droit à la présomption d'innocence, et je n'ai donc aucun commentaire pendant que l'enquête policière se poursuit », a fait savoir par courriel le député libéral.

Contacté par La Presse Canadienne, le fils de M. Zajdel, Mike, a déclaré que la famille ne voulait pas faire de commentaire.

La période ciblée par l'opération « Méandre » va de 2006 à 2011 et repose essentiellement sur l'obtention d'autorisations et d'appuis politiques concernant deux projets immobiliers à Montréal, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, a fait savoir l'UPAC.

Saulie Zajdel a été conseiller municipal de Montréal de 1986 à 2009, notamment dans le secteur de Côte-des-Neiges. Il a entre autres siégé au comité exécutif de la Ville de Montréal où il a assumé des responsabilités pour la planification urbaine et l'approvisionnement.