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17/06/2013 10:58 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Le notaire Gauthier affirme n'avoir été qu'une courroie de transmission

MONTRÉAL - L'ex-notaire Jean Gauthier a admis, lundi, avoir récolté des «fonds illégaux» en argent comptant auprès des firmes de génie-conseil pour le parti PRO des Lavallois de 1997 jusqu'en 2006. Mais il banalise son rôle, le qualifiant de simple «courroie de transmission».

«J'ai joué le rôle de courroie de transmission entre des bureaux d'ingénieurs — des fonds liquides, des fonds, mettons, illégaux — et le parti. Et j'ai arrêté ce stratagème-là en 2006», a-t-il admis lundi devant la Commission Charbonneau.

Me Gauthier a soutenu que c'est tout naturellement qu'un premier ingénieur, un jour, s'est amené à son bureau de notaire pour lui remettre une enveloppe d'argent pour le PRO. Il assure que personne ne lui avait d'abord demandé de jouer ce rôle. Et après le premier ingénieur, Lucien Dupuis, de Cima+, a suivi, puis un autre.

Ce sont ces ingénieurs donateurs qui l'ont informé du fait que «c'est le maire (Gilles Vaillancourt)» qui leur avait demandé de venir lui porter leur enveloppe d'argent. Et ils ne lui ont jamais parlé non plus d'une ristourne de deux pour cent de la valeur des contrats obtenus de la Ville de Laval, comme l'ont dit d'autres témoins.

«Il n'y avait qu'une seule personne qui pouvait autoriser ça, c'est le maire. Et le maire ne m'a jamais, jamais, jamais, jamais appelé», a martelé le témoin.

Il s'est tout de même dit flatté que le maire ait pensé à lui pour cette tâche, bien que le maire ne lui ait jamais demandé s'il souhaitait l'accomplir.

Interrogé par le commissaire Renaud Lachance, il a affirmé avoir accompli cette tâche pendant des années «pour rien», c'est-à-dire sans rétribution.

Même s'il récoltait des «fonds illégaux» de la part des ingénieurs, il ignorait que ces mêmes ingénieurs s'entendaient entre eux pour se partager les contrats. «Moi, ce que j'ai appris ici (à la commission), c'est qu'il y avait une collusion entre les firmes de génie-conseil», a-t-il affirmé.

Le notaire retraité, décrit par plusieurs témoins comme ayant joué un rôle central dans le système de ristournes des ingénieurs qui avait cours à Laval durant les années 2000, a tenté de réduire aussi son rôle au sein du parti PRO. Il a nié avoir été une «éminence grise» ou un «ténor», comme le lui suggérait le procureur chef adjoint de la commission, Denis Gallant.

«La cuisine du PRO, je n'étais pas au courant de ça du tout, du tout», a-t-il lancé, montrant plutôt du doigt l'ex-représentant officiel du parti, Me Jean Bertrand. Il l'a présenté comme «l'expert», le responsable, celui qui «prenait ses propres décisions et faisait ses propres dépenses».

Me Gauthier a également martelé qu'il était opposé à l'idée de se servir des conseillers du PRO comme prête-noms pour financer le parti et les rembourser — comme il a déjà été mis en preuve devant la commission. Selon lui, c'est Me Bertrand qui y tenait.

Me Gallant a voulu savoir pourquoi il avait joué ce rôle de recevoir l'argent des ingénieurs sans même que quelqu'un lui demande de le jouer. «Le stratagème du maire, est-ce que c'est: parce qu'on envoie ça dans un bureau de notaire ou d'avocats, les perquisitions ont un peu plus d'embûches? Avant que la police arrive là, c'est un peu plus compliqué. Généralement il faut quelqu'un qui représente la Chambre des notaires ou le Barreau? Vous ne trouvez pas que c'est ce que j'appelle un 'buffer' idéal?» lui a-t-il demandé.

L'ex-notaire a aussi cherché à prendre ses distances du maire Gilles Vaillancourt, en affirmant ne pas le fréquenter. Il a assuré qu'il ne s'est rendu que deux fois au bureau de M. Vaillancourt, et ce n'était pas pour des motifs politiques. Il a toutefois admis s'être rendu au domicile de M. Vaillancourt à une occasion avec son épouse.

Écoute électronique

Me Gallant a fait entendre plusieurs conversations d'écoute électronique entre Me Gauthier et Me Bertrand, d'une part, et entre Me Gauthier et sa fille Mélanie Gauthier, qui travaillait aux greffes de la Ville de Laval.

Ils se demandent ce que les policiers cherchent au juste, lors des perquisitions à l'hôtel de ville de Laval et au domicile de l'ex-maire, le 4 octobre 2012. Ils s'interrogent aussi sur l'identité de celui qui semble avoir parlé aux policiers.

Malgré la teneur de ces conversations, Me Gauthier assure qu'il n'était qu'un «simple citoyen» qui voulait savoir ce qui se passait à l'hôtel de ville de Laval, qu'il posait toutes ces questions à Me Bertrand et à sa fille par simple «curiosité».

Pourtant, lors d'une conversation avec sa fille, il s'apprête à avancer le nom de la personne qu'il soupçonne d'avoir parlé et sa fille l'interrompt pour lui dire de ne pas donner de nom au téléphone. Ils évoquent même ensemble «la collusion» et un «délateur qui est frustré».

Me Gauthier soutient aujourd'hui ne pas se rappeler du nom de la personne qu'il soupçonnait à l'époque.

Visiblement, Me Gauthier et sa fille craignaient alors d'être enregistrés. «Il ne peut pas y avoir de micro là», lance M. Gauthier à sa fille. Mais sa fille relate que des panneaux du plafond suspendu du bureau ont été déplacés, d'après une autre personne.

Dans ces enregistrements, Me Gauthier, qui réduit la portée de son rôle au PRO des Lavallois, dispense pourtant des conseils sur la façon de gérer la crise lors des perquisitions, sur le communiqué de presse qu'il diffuserait; il s'informe à savoir où est le maire Vaillancourt.