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17/06/2013 06:46 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a été arrêté par l'UPAC, lundi

MONTRÉAL - Appréhendé lundi par l'Unité permanente anticorruption, le maire de Montréal, Michael Applebaum, fait face à 14 chefs d'accusation de complot, de fraudes envers le gouvernement, d'abus de confiance et d'actes de corruption dans les affaires municipales.

«Les faits reprochés en lien avec le projet Méandre ciblent la période de 2006 à 2011, a expliqué le capitaine André Boulanger, de la Sûreté du Québec. Ils reposent essentiellement sur l'obtention d'autorisations et d'appuis politiques concernant deux projets immobiliers à Montréal dans l'arrondissement Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce.»

Le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, a aussi précisé lors d'un point de presse que les enquêtes à Montréal ne sont pas terminées et, bien qu'il ait ajouté quelques informations, il est demeuré très discret quant aux détails de ces enquêtes.

«Ce sont des montants qui ont été obtenus, des pots-de-vin qui ont fait en sorte d'influencer des décisions, des autorisations ou d'obtention de permis ou de dézonage», s'est contenté d'ajouter le commissaire Lafrenière.

Deux autres personnes, Saulie Zajdel et Jean-Yves Bisson, sont aussi sous le coup d'accusations. Zajdel fait face à cinq chefs d'accusation d'abus de confiance, de fraudes envers le gouvernement, d'actes de corruption dans les affaires municipales et de commissions secrètes. Bisson doit répondre de quatre chefs d'abus de confiance, de fraudes envers le gouvernement et de commissions secrètes.

Saulie Zajdel a été candidat du Parti conservateur lors des élections fédérales en 2011. Jean-Yves Bisson est un fonctionnaire qui travaillait au service des permis et des inspections de l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Bisson a été le prédécesseur de Robert Rousseau, directeur des permis de l'arrondissement, qui s'est suicidé en mars dernier. Peu de temps auparavant, il avait été rencontré et interrogé par des enquêteurs de l'UPAC. Selon les informations qui ont circulé à l'époque, M. Rousseau avait été questionné concernant un projet de condos de l'entrepreneur Tony Magi, lié à la la mafia montréalaise.

Les trois prévenus ont été interrogés et devaient être remis en liberté après avoir signé une promesse de comparaître à une date qui demeure à être fixée. Le maire Applebaum a pu quitter le quartier général de la Sûreté du Québec vers 16h00. Il est monté à bord d'un taxi sans répondre aux questions des journalistes.

Six autres individus sont nommés dans le mandat d'arrestation visant les trois hommes, soit Hugo Tremblay, Robert Stein, Anthony Keeler, Rosaire Sauriol, Claude Asselin et Patrice Laporte. Selon les mandats, ces six hommes auraient participé au complot, à la fraude et à la corruption mais ils ne font pas l'objet d'accusations pour l'instant.

Rosaire Sauriol, un ancien dirigeant de la firme de génie Dessau, a été un témoin important devant la Commission Charbonneau où il a confirmé l'existence d'un système de collusion et le financement occulte de sa firme au Parti libéral du Québec et au Parti québécois.

Claude Asselin a été directeur général de la Ville de Laval durant 17 ans avant de quitter en 2006 pour se joindre à la firme Dessau et finalement revenir à la ville de Laval, où il est au nombre des accusés de l'administration de l'ex-maire Gilles Vaillancourt.

M. Applebaum, qui est âgé de 50 ans, a été désigné maire à titre intérimaire pour achever le mandat du maire démissionnaire Gérald Tremblay jusqu'aux élections municipales de novembre prochain.

En février dernier, l'hôtel de ville de Montréal a été investi par des dizaines de policiers de l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Six bureaux d'arrondissement avaient également été le théâtre de perquisitions, dont celui de Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, où le maire Applebaum a longtemps siégé.

Démission réclamée

De passage à Montréal, la première ministre Pauline Marois a écarté l'idée d'une tutelle. Elle a cependant été claire quant à la tentation que pourrait avoir Michael Applebaum de s'accrocher à son poste.

«Je crois qu'actuellement, dans les circonstances, il serait préférable, sûrement, qu'il se retire de la fonction qu'il occupe maintenant», a dit Mme Marois en fin d'après-midi.

Le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, avait lui aussi demandé, en matinée, à M. Applebaum de quitter son poste.

«Nous demandons au maire Applebaum de poser le geste responsable, qui est de se retirer, de démissionner, pour permettre à la Ville de prendre ses dispositions pour la suite des choses», a dit le ministre Lisée.

Selon Mme Marois, il n'y a pas lieu d'imposer une tutelle à Montréal parce qu'il y a toujours en place une autorité exécutive en mesure d'assumer ses responsabilités.

«Il y a, à Montréal, des personnes qui ont été élues, choisies démocratiquement par la population, qui ne sont d'aucune façon accusées de quoi que ce soit, qui en plus, forment une coalition, donc il y a des oppositions qui sont capables de faire des contrepoids lorsqu'il y a des décisions importantes à prendre pour Montréal. Montréal a actuellement son directeur général, son directeur adjoint. Il n'y a pas de raison qui justifierait que nous mettions Montréal en tutelle à ce moment-ci», a dit la première ministre.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, était toutefois enclin à aller beaucoup plus loin.

«Après la démission de Gérald Tremblay, après l'arrestation du président du comité exécutif (Frank Zampino), on a maintenant l'arrestation du maire (intérimaire). Je pense qu'on n'a pas d'autre choix actuellement, si on veut avoir un climat serein pour la prochaine élection dans quatre mois et demi, de demander une tutelle à Montréal», a dit M. Legault.

Les élus municipaux et aspirants à la mairie étaient pour leur part unanimes à rejeter l'idée d'une mise en tutelle et à appeler Michael Applebaum à démissionner de ses fonctions afin de permettre à la métropole de se choisir un nouveau maire par intérim.

«La tutelle doit être complètement exclue, a soutenu la chef de l'opposition officielle à la ville, Louise Harel. La solution, elle est dans la charte de la Ville de Montréal à savoir que, dans les 30 jours nous puissions procéder à la nomination au conseil de ville d'un maire par intérim.»

Son vis-à-vis de Projet Montréal, Richard Bergeron, abondait dans le même sens.

«Nous ne voulons pas que Montréal soit mise en tutelle, a-t-il déclaré. L'hypothèse d'une élection anticipée est maintenant hors d'ordre, les délais sont beaucoup trop courts. Par ailleurs, laisser le poste de maire vacant, ce n'est pas possible, contrairement à ce qu'un autre candidat à la mairie a dit ce matin.»

Cette dernière hypothèse avait en effet été avancée plus tôt par le candidat Denis Coderre, au moment où il annonçait l'ajout de huit élus à son équipe. M. Coderre s'était prononcé en faveur d'un intérim assuré par la mairesse suppléante, Jane Cowell-Poitras, mais la charte de la Ville oblige l'élection d'un nouveau maire par intérim. Quoi qu'il en soit, M. Coderre s'est dit confiant de voir la métropole être en mesure de continuer à fonctionner.

«L'UPAC a démontré qu'elle est efficace. La Commission Charbonneau a démontré qu'elle est efficace. Les pommes pourries, ils vont les enlever. Mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même bain. Il y a des hommes et des femmes, tant sur le plan électif que sur le plan bureaucratique, qui font un travail formidable présentement. C'est pour cette raison qu'on n'a pas besoin de tutelle.»

Cette tempête a complètement éclipsé l'annonce de la candidature de Mélanie Joly à la mairie. L'avocate de 34 ans a décidé d'aller de l'avant avec sa conférence de presse malgré tout et n'a eu d'autre choix que de se prononcer sur la situation, se positionnant également contre la tutelle et en faveur de l'élection d'un nouveau maire par intérim.

«C'est important que ce maire (par intérim) ne se représente pas aux prochaines élections. C'est important que cette personne-là soit intègre et que la Ville fonctionne d'ici le 3 novembre. Je ne suis pas d'avis qu'il devrait y avoir une tutelle. Les accusations sont liées à un arrondissement en particulier et donc, par conséquent, il faut absolument qu'on trouve une solution pour faire en sorte que la Ville fonctionne d'ici le 3 novembre», a-t-elle déclaré.