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17/06/2013 05:36 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Le maire de Montréal accusé de complot et corruption

Le maire de Montréal Michael Applebaum a été accusé lundi de "complot, abus de confiance et actes de corruption", nouveau rebondissement dans les scandales qui frappent la métropole québécoise et qui impliquent élus, fonctionnaires, entrepreneurs et membres de la mafia.

Arrêté à son domicile et amené tôt le matin au siège de la Sûreté du Québec (SQ, police provinciale), il a été remis en liberté en milieu d'après-midi, mais n'a fait aucun commentaire à sa sortie de la SQ. Selon Radio-Canada, il tiendra un point de presse mardi.

Veste noire et chemise blanche, petit sourire en coin, Michael Applebaum était arrivé vers 06H45 (10H45 GMT) dans une voiture banalisée de l'Unité permanente anti-corruption (UPAC), a constaté un journaliste de l'AFP.

Quatorze chefs d'accusation ont été retenus contre lui, dont "complot, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales", a indiqué l'UPAC lors d'une conférence de presse.

Les faits reprochés s'étendent de 2006 à 2011 --avant qu'il ne soit maire de Montréal-- et portent "essentiellement sur l'obtention d'autorisations et d'appuis politiques concernant deux projets immobiliers" dans l'arrondissement qu'il dirigeait alors, a déclaré André Boulanger, responsable des enquêtes sur la corruption à la SQ.

Deux autres hommes ont également été arrêtés: Jean-Yves Bisson, ancien haut fonctionnaire du même arrondissement, et Saul Zajdel, ancien conseiller municipal et ex-candidat aux législatives fédérales du Parti conservateur au pouvoir à Ottawa, qui devaient être remis en liberté en fin de journée.

En tout, 23 accusations, dont celles de "fraude envers le gouvernement" et "commissions secrètes", ont été portées contre MM. Applebaum, Bisson et Zajdel, qui comparaîtront devant la justice en octobre.

L'UPAC a évoqué des pots-de-vin de "plusieurs dizaines de milliers de dollars", sans plus de détails, expliquant cette réserve par des enquêtes toujours en cours à Montréal. Radio-Canada croit savoir de son côté que M. Applebaum est poursuivi pour un dessous de table de 50.000 dollars.

Dès l'annonce de son arrestation, les appels à sa démission ont fusé dans l'opposition. La Première ministre québécoise Pauline Marois a elle-même jugé "préférable" que l'édile "se retire" et soit remplacé par un maire temporaire jusqu'aux élections municipales début novembre.

Notant qu'il restait encore au conseil municipal des élus "qui ne sont point accusés (et qui) forment une coalition", Mme Marois a rejeté l'idée d'une mise sous tutelle gouvernementale. Une telle mesure avait été récemment mise en oeuvre pour Laval, la troisième ville du Québec, au nord de Montréal, frappée elle aussi par des scandales de corruption.

Ce nouveau développement intervient alors que les investigations menées par la commission d'enquête publique Charbonneau et par l'UPAC ont abouti depuis le début de l'année à de multiples révélations sur un système de corruption impliquant responsables de la mairie, entrepreneurs en bâtiment et membres de la criminalité organisée.

Selon plusieurs déclarations, le système consistait en appels d'offres truqués, les entrepreneurs reversant une partie de leurs gains au parti du maire précédent, Gérald Tremblay, et à la branche montréalaise de la mafia italienne.

M. Applebaum, premier maire anglophone de Montréal depuis plus de 100 ans, avait été élu en novembre dans la foulée de la démission de Gérald Tremblay, qui avait dû jeter l'éponge face à des révélations en série incriminant son administration.

A la tête de Montréal pendant 10 ans, M. Tremblay a toujours affirmé son innocence et, bien qu'entendu par la commission Charbonneau, aucune accusation n'a été portée contre lui.

Créée en 2011, la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction --surnommée commission Charbonneau, du nom de sa présidente, la juge France Charbonneau-- doit faire la lumière sur les stratagèmes de corruption dans l'industrie du bâtiment et éclaircir leurs liens avec le financement occulte de partis politiques.

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