POLITIQUE
17/06/2013 11:11 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Agnès Maltais exclut totalement une loi spéciale dans la construction (VIDÉO)

QUÉBEC - Les patrons et les syndicats devront assumer seuls les conséquences économiques de la grève générale qui paralyse les chantiers de construction à travers le Québec, a déclaré lundi la ministre du Travail, Agnès Maltais, qui rejette tout recours à une loi spéciale pour mettre fin au conflit.

Mme Maltais a affirmé lors d'un point de presse que le rôle du gouvernement n'est pas de dicter les conditions de travail dans le secteur privé et elle a invité les parties à reprendre les discussions pour trouver un compromis.

«J'exclus le recours à une loi spéciale; ça va se régler par la négociation, a-t-elle dit. S'ils s'en vont dans un mur, c'est eux qui sont au volant et qui doivent donner le coup de barre nécessaire. (...) Il n'y a pas de loi spéciale, il n'y en a pas en préparation, il n'y en a pas dans ma vision, il n'y en a pas dans ma tête, il faut que ça se règle par la négociation. Ce n'est pas le gouvernement qui décide des conditions dans l'entreprise privée.»

Depuis minuit, lundi, les 175 000 travailleurs de la construction sont en grève, partout au Québec, pour une période indéterminée. Tous les chantiers de la province devraient être paralysés — dans les secteurs résidentiel, du génie civil, ainsi que dans la construction institutionnelle et commerciale.

Après une annonce dans le quartier Limoilou à propos d'un projet d'enfouissement de fils électriques, Mme Maltais a affirmé qu'elle a parlé avec les représentants patronaux et syndicaux dimanche.

«J'ai appelé, tant du côté patronal que du côté syndical pour leur dire: 'Écoutez bien, n'attendez pas que le gouvernement règle votre problème, c'est votre responsabilité personnelle d'aller chercher un compromis à la table', a-t-elle dit. C'est leur responsabilité à la table depuis 20 ans, il est hors de question qu'ils ne fassent pas face à leur responsabilité.»

Mme Maltais a affirmé que les conciliateurs de son ministère s'attendent à continuer les travaux avec les parties. La ministre n'a pas donné d'estimation concernant les coûts du conflit sur les nombreux chantiers de projets financés par le gouvernement.

«Ça dépend de la durée de la grève, a-t-elle dit. Il y a des chantiers qui sont prévus jusqu'en 2017. Y aura-t-il une, deux journées de grève, trois journées de grève, une semaine, on ne le sait pas encore.»

Le maire de Québec, Régis Labeaume, était présent au même événement que la ministre et il a indiqué que le conflit coûte 200 000 $ par jour pour le seul projet d'amphithéâtre, un édifice dans lequel le conglomérat Québecor espère installer une concession de la Ligue nationale de hockey (LNH).

«Si ça dure jusqu'à vendredi, on va avoir 1 million $ qui n'existera plus et le chantier va retarder en même temps», a-t-il dit.

Convaincu que les citoyens de Québec n'éprouvent aucune sympathie envers les parties patronale et syndicale, M. Labeaume a exprimé qu'il était en faveur d'une loi spéciale.

«(Avec) moi ils ne passeraient pas la semaine, a-t-il dit. Ils ne passeraient pas la semaine, une loi spéciale, vous allez peut-être me trouver dur, mais quand je regarde les demandes de chaque côté, ça se règle assez rapidement.»

M. Labeaume a refusé de commenter le refus de Mme Maltais d'utiliser ce recours.

«Je sais qu'Agnès ne veut pas de loi spéciale, elle est ministre du Travail, mais moi, comme maire de Québec, je n'hésiterais pas. (...) C'est 1 million $ qu'on va perdre, il ne se passe rien et on a des retards.»

À Montréal, la première ministre Pauline Marois a manifesté le souhait que le conflit se termine rapidement.

«Ce que je souhaite, c'est que ça cesse rapidement, parce que nous sommes devant des partenaires qui ont l'habitude de discuter, a-t-elle dit. On ne décrète plus maintenant les conditions de travail et on n'a pas l'intention de le faire non plus, on est devant des gens qui doivent assumer leurs responsabilités, se rassoir à la table et arriver à conclure une entente.»

La négociatrice de l'Association de la construction du Québec (ACQ), Lyne Marcoux, a affirmé que la partie patronale doute de la sincérité des cinq syndicats représentés par l'Alliance syndicale.

«Je pense qu'on peut en arriver encore à un règlement, sauf qu'il faudrait que les syndicats soient sincères, à l'heure actuelle, et nous démontrent que c'est pas autre chose qui est en-dessous de cette grève-là», a-t-elle dit.

Selon Mme Marcoux, lors de précédentes négociations, des enjeux aussi importants que les fonds de retraite ont été discutés sans pour autant donner lieu à pareil bras de fer.

«J'ai vu des négociations où il y avait beaucoup plus de choses sur la table, où il y avait des choses qu'on a dû revoir dans l'ensemble, comme les régimes de retraite, et il n'y a jamais eu de moyens de pression», a-t-elle dit.

Le porte-parole de l'Alliance, Yves Ouellet, a pour sa part affirmé que personne ne souhaite un conflit prolongé.

«On souhaite que les patrons vont revenir à la table et qu'ils arrêtent de jouer aux dés avec nos travailleurs, en disant: 'bof s'ils sortent, ils vont revenir', a-t-il dit. Pendant ce temps c'est la population du Québec qui en souffre et je trouve que c'est irresponsable de leur part.»

Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault, a affirmé que le gouvernement doit donner un ultimatum de 48 heures aux parties pour s'entendre, après quoi un projet de loi spéciale devrait être déposé.

«On ne peut pas étirer un conflit comme ça», a-t-il dit.

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