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15/06/2013 08:46 EDT | Actualisé 15/08/2013 05:12 EDT

Turquie : la police charge les manifestants de la place Taksim et du parc Gezi

La police turque a chargé samedi les manifestants rassemblés au parc Gezi et à la place Taksim, à Istanbul. Les brigades antiémeutes ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants.

Cette intervention est survenue après un ultimatum du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui a prévenu, lors d'un discours devant des dizaines de milliers de partisans à Ankara, qu'il allait utiliser la force, si les manifestants ne quittaient pas la place Taksim d'eux-mêmes. « Il y a notre rassemblement [du Parti de la Justice et du Développement (AKP)] demain à Istanbul. Je le dis clairement: la place Taksim doit être évacuée, sinon les forces de l'ordre de ce pays savent comment l'évacuer », a lancé M. Erdogan.

Après l'intervention des policiers, des dizaines de milliers de personnes sont sorties à Istanbul et à Ankara aux cris de « gouvernement, démission! » ou « c'est partout Taksim, c'est partout la résistance ».

À Istanbul, la police a repoussé la foule à plusieurs endroits où de nouvelles barricades ont été érigées, notamment sur une avenue menant à la place Taksim.

En réaction aux actions du gouvernement et des policiers, le principal syndicat de la fonction publique, Kesk, qui compte quelque 240 000 membres, a lancé un appel à une journée de grève nationale lundi.

Une autre organisation, la Confédération des syndicats révolutionnaires (DISK), s'est réunie en urgence pour discuter d'une participation à l'action proposée par les fonctionnaires.

S'exprimant sur son compte Twitter samedi, le président Abdullah Gül avait quant à lui appelé les manifestants à quitter le parc Gezi et a prôné le dialogue.

« L'ouverture de la négociation et du dialogue est le signe d'une maturité démocratique », a estimé le chef de l'État. « Je crois que ce processus aura de bons résultats. À partir de maintenant, tout le monde doit rentrer chez soi. »

Les occupants du parc Gezi ont poursuivi leur mouvement en dépit de l'appel lancé par le président turc Abdullah Gül et de l'engagement du premier ministre Erdogan à soumettre à référendum le projet controversé d'aménagement de la place Taksim.

Les manifestants, qui protestent depuis deux semaines contre la destruction du parc prévue dans le cadre du réaménagement de la place, ont expliqué qu'ils poursuivraient leur sit-in en raison du refus des autorités de libérer les protestataires arrêtés par les forces de l'ordre.

La répression policière des premiers jours contre les opposants au projet a déclenché un mouvement de contestation sans précédent contre le gouvernement d'Erdogan et contre son parti AKP issu de la mouvance islamiste, au pouvoir depuis 2002. Les manifestants accusent le premier ministre de dérive autoritaire et de chercher à islamiser le pays.

Selon l'Association médicale turque, quatre personnes ont été tuées et quelque 5000 autres blessées depuis le début du mouvement qui a donné lieu à des heurts parfois violents entre forces de l'ordre et manifestants et qui s'est étendu dans plusieurs villes du pays, dont Ankara et Izmir.

« Le gouvernement ignore nos demandes claires et légitimes depuis le début de la résistance. Il tente de nous diviser, de nous provoquer et de saper notre légitimité », estime Solidarité Taksim, qui coordonne le mouvement d'occupation, dans un communiqué.

Le collectif, dont des représentants ont rencontré Recep Tayyip Erdogan à Ankara jeudi soir, estime que le gouvernement n'a pas répondu à ses demandes, y compris l'ouverture d'une enquête sur la mort de quatre personnes, dont un policier, lors des manifestations.

Le parti AKP a  organisé samedi à Ankara une réunion avant le coup d'envoi de la campagne pour les élections municipales de 2014. Une rencontre similaire est prévue dimanche à Istanbul. Ces rassemblements sont perçus comme une démonstration de force du gouvernement face aux manifestants.