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15/06/2013 08:51 EDT | Actualisé 15/08/2013 05:12 EDT

L'Alliance syndicale de la construction réagit malgré un avis d'Agnès Maltais

MONTRÉAL - Réagissant malgré une requête contraire, acheminée à peine deux heures plus tôt, de la ministre du Travail Agnès Maltais, l'Alliance syndicale de la construction (ASC) s'est dite sidérée de ce qu'elle a qualifié «d'attitude irrespectueuse des parties patronales» aux tables de négociation du secteur résidentiel et institutionnel commercial et industriel (IC-I).

Dans un communiqué de presse publié en début de soirée samedi, l'ASC affirme que les discussions de la fin de semaine ont laissé transparaître «une volonté réelle des patrons d'appauvrir les travailleurs de la construction».

Selon Yves Ouellet, porte-parole de l'Alliance, les hausses salariales proposées dans les secteurs résidentiels et IC-I sont inférieures à la cible de l'indice des prix à la consommation, évalué à 2 pour cent par année.

Par ailleurs, ajoute M. Ouellet, dans l'IC-I, les demandes sont maintenues pour l'instauration du temps et demi, l'élargissement de la plage horaire de travail, la récupération des heures d'intempéries le samedi à temps simple et une mobilité provinciale accrue.

Selon M. Ouellet, ces demandes sont inacceptables pour les travailleurs de la construction et leur maintien lors des discussions aux tables rend toute entente impossible.

Dans son communiqué, l'ASC rappelle que les travailleurs lui ont donné un mandat clair: protéger leur pouvoir d'achat, conserver le temps double, protéger les emplois en région et favoriser la conciliation travail-famille.

«Toutes les demandes patronales vont à l'encontre du mandat qui nous a été donné, et cette situation rend les discussions complètements stériles», soutient M. Ouellet.

Le chemin vers une grève générale dès lundi dans le secteur de la construction semble inévitable, même si l'ASC dit demeurer disponible pour d'autres discussions «dans les prochaines heures». Les négociateurs sont disponibles pour un retour aux tables de négociation au moment où les conciliateurs les convoqueront, avise aussi l'ASC.

«Cependant, pour que les négociations soient concluantes, il faudra que les associations patronales acceptent de remettre en question leurs demandes qui constituent un recul de 40 ans pour les travailleurs de l'industrie», selon l'Alliance, qui regroupe 175 000 travailleurs et travailleuses de la construction dans le cadre des négociations.

Plus tôt samedi, la ministre Maltais était intervenue dans le dossier en sommant les parties de reprendre les échanges et de cesser d'utiliser les médias comme levier de négociation.

Dans une lettre envoyée aux différentes parties, Mme Maltais a fait appel au sens des responsabilités de leurs représentants.

«Vous avez été choisis par vos pairs pour mener à bien ces négociations. Je vous rappelle donc votre responsabilité personnelle de tout mettre en oeuvre pour en arriver à un règlement qui passe nécessairement par la négociation et donc par des compromis», écrit Mme Maltais.

«Je demande à ce que les échanges aux tables reprennent ou continuent, selon le cas, et que vous cessiez d'utiliser la ''place publique'' pour des interventions qui de toute façon sont improductifs aux yeux des citoyens», ajoute la ministre.

Également samedi, l'Association de la construction du Québec (ACQ) avait accusé les syndicats de refuser aux patrons le droit de négocier.

Lyne Marcoux, négociatrice en chef de l'ACQ, a déclaré qu'elle était forcée de conclure que son organisation a été amenée dans une mascarade médiatique. Elle doute des intentions réelles des syndicats de vouloir négocier de bonne foi. Selon elle, l'Alliance syndicale a choisi d'envoyer 100 000 travailleurs à la rue.

L'ACQ ne ferme pas la porte à un retour à la table et a demandé aux syndicats de faire preuve de «maturité».

L'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ) s'est montrée plus ferme et a dénoncé «l'intransigeance de l'Alliance syndicale», ce qui poussera tout le secteur résidentiel de la construction vers une grève.

«L'Alliance syndicale quitte la table et privilégie encore une fois le recours à des moyens de pression au détriment de la négociation», a commenté Eric Cherbaka, directeur général, membres et industrie de l'APCHQ.

Les négociations se poursuivent par ailleurs dans le secteur du génie civil.

L’ACQ représente 16 000 entreprises employant 100 000 des 175 000 travailleurs de la construction au Québec. De son côté, l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ) transige avec plus de 17 000 entreprises réunies au sein de 15 associations régionales.

Quant à l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, elle se dit prise en otage dans les négociations. Elle déplore les déclarations de l'Alliance syndicale voulant que, même si une entente était conclue dans un des secteurs, la grève serait générale.