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14/06/2013 01:15 EDT | Actualisé 14/08/2013 05:12 EDT

Rare alliance du Tea Party et de la gauche contre la surveillance sous Obama

Le Tea Party et l'aile gauche du parti démocrate aux Etats-Unis sont rarement d'accord sur quoi que ce soit, mais ils font aujourd'hui front commun pour exiger de Barack Obama plus de transparence sur les programmes de surveillance dévoilés il y a une semaine.

Cette alliance a chamboulé l'opposition traditionnelle entre démocrates et républicains, durant une semaine mouvementée par les révélations d'Edward Snowden, un ex-consultant informatique de l'agence d'espionnage américaine aujourd'hui réfugié à Hong Kong.

Les deux alliés de circonstance ont profité des auditions des directeurs de l'Agence nationale de sécurité (NSA) et du FBI pour renvoyer dos à dos les responsables démocrates et républicains habilités du Congrès, qui ont été informés de près, depuis des années, des moindres détails des programmes de surveillance.

"Le simple fait que quelques élus aient pu être informés dans un cadre confidentiel n'est pas synonyme de notre soutien", a dit le démocrate John Conyers à Robert Mueller, chef du FBI depuis 2001. M. Conyers est l'un des élus les plus à gauche de la Chambre des représentants.

"Il ne s'agit pas d'une inquiétude partisane, elle s'applique à la fois à cette administration et à la précédente", a-t-il souligné. "A cause des actes de la NSA et du FBI, j'ai peur que nous ne soyons sur le point de devenir un Etat de surveillance".

Quelques heures plus tard, le républicain Rand Paul, admirateur inconditionnel depuis son adolescence de la philosophe Ayn Rand, vénérée des libertaires, annonçait qu'il lançait une plainte en nom collectif contre la NSA pour abus de pouvoir.

"Je veux attraper les terroristes autant que n'importe quel Américain", s'est-il défendu. A ses côtés se tenaient des élus du Tea Party et un responsable de l'ACLU, la puissante association de défense des libertés individuelle, classée à gauche. "Mais ce qui nous distingue d'eux est l'Etat de droit".

"C'est une alliance inhabituelle, ça c'est sûr", dit à l'AFP Christopher Arterton, professeur de sciences politiques à l'Université George Washington.

Mais "il y a toujours eu des terrains d'entente entre les deux extrêmes du champ politique concernant le pouvoir de l'Etat fédéral", estime-t-il.

Selon lui, au moment de la création de la banque centrale américaine (1913) et de celle de l'étalon-or aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle, un mouvement d'opposition avait aussi transcendé les courants.

Mais au Congrès, ces élus ne contrôlent pas l'ordre du jour. Les responsables des partis leur ont promis un débat, mais pas de révolution.

L'opinion publique américaine est d'ailleurs loin d'être horrifiée.

Une majorité désapprouve la récolte systématique des données de leurs appels, selon un sondage Gallup (53%) et un autre réalisé pour CBS (58%).

Mais quand la question posée évoque la lutte antiterroriste, les majorités s'inversent.

56% des personnes interrogées par l'institut Pew estiment "acceptable" de saisir les relevés téléphoniques "pour enquêter sur le terrorisme", contre 41%.

"En théorie, les Américains désapprouvent les programmes de récolte de données, mais une majorité est prête à les accepter dans certaines circonstances, pour combattre le terrorisme", explique à l'AFP Frank Newport, rédacteur-en-chef de Gallup. "Quand les Américains ne sont pas sûrs, et que c'est un problème complexe, les réponses changent".

Toutes les lois sur l'espionnage aujourd'hui contestées ont été approuvées depuis 2001 à de très larges majorités. En 2008, le sénateur Barack Obama a lui-même voté la loi qui a donné naissance au programme Prism d'espionnage des communications des étrangers sur internet.

ico/jca