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13/06/2013 02:03 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

Une exposition sur les sous-vêtements est annulée au Musée canadien des civilisations à Gatineau

Une exposition sur l'histoire des sous-vêtements a été réservée, puis annulée six mois plus tard par le Musée canadien des civilisations. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) redoute une ingérence du gouvernement à ce sujet dans la foulée du changement du mandat du populaire musée de Gatineau.

Le musée a perdu au moins 70 000 $ dans l'aventure, représentant les deux dépôts donnés pour réserver l'exposition « Undressed » du prestigieux Musée Royal Victoria & Albert de Londres. Il s'agit de 70 % du coût de réservation qui s'élevait à près de 100 000 $.

Par contre, ce montant n'inclut pas le travail effectué par tous les employés du musée assignés au projet.

Deux sources au sein de l'institution muséale, qui ne veulent pas être identifiées, affirment qu'une bonne partie du travail pour l'exposition avait déjà été réalisé. Le musée soutient toutefois que les frais de location ne représentent qu'une petite portion des coûts d'exposition.

Alerté des circonstances de l'annulation par son équipe, le porte-parole du NPD en matière de culture, Pierre Nantel, croit que le gouvernement s'en est mêlé pour la faire mettre au rancart, rappelant l'intervention controversée l'année dernière du ministre James Moore dans le dossier de l'exposition « Sexe: l'exposition qui dit tout », présentée à Ottawa et au Centre des sciences de Montréal.

Des allégations complètement fausses a nié le bureau du ministre du Patrimoine canadien, James Moore. Le ministre n'était pas au courant de l'existence de cette exposition et n'a pas parlé de cette exposition avec les responsables du musée, a fait savoir sa porte-parole, Jessica Fletcher.

Les dessous de l'histoire

« Undressed » devait tracer 350 ans dans l'histoire des sous-vêtements et était prévue à l'horaire dès le mois de mai 2013. L'exposition a été annoncée à plusieurs endroits, notamment dans des brochures touristiques et même dans le programme scolaire du musée.

Les employés contactés affirment n'avoir pas reçu d'explications pour l'annulation abrupte du projet. L'entente préliminaire aurait été signée en mars 2012, et aurait été annulée six mois plus tard, en septembre 2012, selon les informations transmises par le musée.

« Un mois avant d'annoncer une nouvelle vocation à ce musée, on a décidé de mettre les freins sur une expo qui cadrait mieux avec l'ancien mandat de ce musée et ne cadrait pas du tout avec l'idéologie de M. Moore qui voyait une autre vie pour le musée dans sa soupe depuis mai 2011 », souligne-t-il.

Le député Nantel se demande si l'annulation était basée sur « une morale puritaine ». « Très clairement, il y a eu une ingérence », dit-il. Le même type d'ingérence qu'il soupçonne et dénonce au sujet du changement de mandat et de nom que va subir le musée.

Réactions de la direction du Musée

La direction du musée a aussi laissé entendre que sa décision d'écarter « Undressed » était liée à son changement de mandat.

Le président du musée, Mark O'Neill, a dit en entrevue avec La Presse Canadienne qu'avec la nouvelle direction adoptée pour le musée, l'exposition « Undressed » ne cadrait pas avec l'institution.

« C'est difficile pour peut-être exprimer, mais à mon avis, on veut avoir les expositions au sujet plus fondamental des cultures internationales, de l'histoire canadienne », a exprimé M. O'Neill, mal à l'aise, qui était pourtant le président du Musée quand la décision de réserver « Undressed » a été prise.

Est-ce que cette décision avait à voir avec le fait que le musée sera dorénavant un musée d'histoire plutôt que de civilisations? « D'un sens, c'était ça », a admis le président.

« Parce que moi, je pense que c'était plus important d'avoir les choses avec un focus sur l'histoire canadienne, l'histoire du monde principalement. C'était une décision qu'on a fait. Est-ce qu'il y a un lien avec la loi ici (C-49)? Non, il n'y a pas un lien », a-t-il précisé.

Jean-Marc Blais, le vice-président aux recherches et collections du musée, a fait des commentaires allant dans le même sens. « Quand on change au niveau de la stratégie, après, il faut changer nos plans », a-t-il dit.

« Vous savez qu'on va changer de nom actuellement. Notre conseil d'administration, ça faisait quand même un certain temps qu'il nous donnait des directions à savoir de positionner un peu plus notre musée avec du contenu historique et quand on regardait notre calendrier, à la lumière de tout cela, l'exposition "Undressed" fittait un petit peu moins dans tout cela », selon M. Blais.

Mais pourquoi avoir réservé l'exposition alors? Pressé de questions à ce sujet, M. O'Neill a affirmé que la décision avait été prise par l'ancien président, Victor Rabinovitch.

M. Rabinovitch a toutefois indiqué à La Presse Canadienne qu'à l'époque, M. O'Neill n'a jamais mentionné qu'il n'était pas d'accord avec le choix et le thème de l'exposition, ni que le budget était problématique. L'ancien président a été surpris d'apprendre que l'exposition n'aurait pas lieu.

La question du budget n'a d'ailleurs jamais été soulevée par M. O'Neill lors de l'entrevue avec La Presse Canadienne.

Mais c'était la première explication fournie par M. Blais, lorsqu'interviewé. Il a fait valoir que des économies ont été réalisées en annulant « Undressed », car l'estimation du budget global de cette exposition était de 900 000$.

Selon M. O'Neill, la perte du 70 000 $ est un coût lié « à faire des affaires ». Il affirme que toute institution doit faire des choix.

Pour M. Rabinovitch, le fait que les Canadiens ne pourront pas voir la collection est « une perte ». « Le Musée Royal Victoria and Albert est le mieux connu et probablement le meilleur musée d'art et de design dans le monde entier. C'est reconnu », a-t-il dit. Et cette exposition parlait de la société, des classes sociales et surtout de la place des femmes, a-t-il expliqué.