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13/06/2013 12:22 EDT | Actualisé 13/08/2013 05:12 EDT

Un opposant russe demande à Washington de cesser sa realpolitik avec Poutine

Le dirigeant de l'opposition russe Boris Nemtsov a demandé jeudi devant le Sénat américain que Washington cesse sa realpolitik avec Moscou qu'il accuse de graves violations des droits de l'homme, à quelques jours du sommet du G8 réunissant les présidents américain et russe.

"Les tentatives en Occident, y compris aux Etats-Unis, d'adopter une realpolitik et de +faire comme si de rien n'était+ avec le régime Poutine sont contraires aux valeurs les plus fondamentales de la démocratie, des droits de l'homme et de l'Etat de droit", a déclaré devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, M. Nemtsov, co-président du Parti républicain de Russie.

Aux yeux de cet ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine, cette "politique américaine est contreproductive parce que le Kremlin y voit un signe de faiblesse et donc un encouragement à se comporter de manière encore plus agressive en Russie et à l'étranger".

Interrogé aux côtés d'universitaires par des sénateurs, dont le républicain John McCain, l'opposant a déploré que le programme du G8 en Irlande du Nord, les 17 et 18 juin, "ne contienne aucune référence aux violations des droits de l'homme en Russie".

Boris Nemtsov est l'une des grandes figures de la contestation contre le président Vladimir Poutine, dénonçant la corruption présumée du régime. "Avec le retour de Vladimir Poutine à la présidence en mai 2012, le régime autoritaire russe est passé (...) à la répression politique manifeste", a-t-il dénoncé.

La diplomatie américaine est très critique à l'adresse de Moscou sur les droits de l'homme, tout en ménageant son partenaire sur des dossiers internationaux comme le désarmement, la Syrie ou l'Iran.

Début mai à Moscou, le secrétaire d'Etat John Kerry avait longuement rencontré son homologue Sergueï Lavrov et le président Poutine, puis beaucoup plus brièvement des représentants de la société civile.

Pour le chercheur Stephen Sestanovich, du Council on Foreign Relations, "le tableau est décourageant" en matière de libertés politiques depuis le retour au Kremlin de M. Poutine.

Plusieurs pommes de discorde américano-russes ont compromis le fameux "redémarrage" ("reset") voulu en 2009 par le président Barack Obama, un "+reset+ qui a été survendu", selon Leon Aron, de l'American Enterprise Institute.

La Russie vient d'adopter une loi qui oblige les ONG financées par des pays étrangers et ayant "une activité politique" à se faire inscrire sur un registre "d'agents de l'étranger", qui a une connotation très négative en russe et renvoie à l'époque stalinienne.

Moscou a aussi interdit aux Américains d'adopter des orphelins russes, en réaction à la "loi Magnitski" par laquelle Washington a inscrit sur une liste noire 18 Russes pour leur rôle présumé dans la mort en prison en 2009 du juriste anti-corruption Sergueï Magnitski.

Mais pour M. Nemtsov, cette liste est trop limitée: "Il n'y a pas eu assez de responsables épinglés pour la répression et les violations des droits de l'homme. C'est une grave erreur stratégique".

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