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13/06/2013 02:26 EDT | Actualisé 13/08/2013 05:12 EDT

Les Européens ont développé une résistance à la lèpre à la fin du Moyen Age

La lèpre a soudainement reculé à la fin du Moyen Age en Europe en raison apparemment du développement d'une résistance chez les populations à l'agent pathogène responsable, ont conclu des chercheurs dans une étude publiée jeudi aux Etats-Unis.

Au Moyen Age, cette maladie était très fréquente: dans certaines régions, il est estimé qu'une personne sur trente était infectée.

Puis soudainement, au tournant du XVe et du XVIe siècles, la lèpre a battu en retraite sur la plus grande partie du continent.

Pour percer ce mystère, une équipe de biologistes et d'archéologues a réussi à reconstituer presque entièrement, à partir d'ossements humains prélevés dans des sépultures médiévales, le génome de cinq souches de la bactérie "Mycobacterium leprae", responsable de la lèpre.

Les scientifiques ont démontré que les souches anciennes et modernes de la lèpre étaient identiques.

"L'explication du recul de la lèpre ne se trouve pas dans l'agent pathogène mais dans son hôte, à savoir les populations européennes", explique Stewart Cole, de l'école Polytechnique Fédérale de Lausane (EPFL), principal co-auteur de cette recherche parue dans la revue américaine Science datée du 14 juin.

De nombreux indices laissent penser que ce sont en réalité les populations qui auraient développé des résistances.

Selon ces chercheurs, toutes les conditions étaient réunies au Moyen Age pour un intense processus de sélection naturelle.

"La lèpre était alors très répandue car contagieuse. En réaction les malades étaient contraints à l'isolement social et aussi parfois à moins procréer", affirme Stewart Cole.

En outre, d'autres études ont identifié des causes génétiques rendant la plupart des Européens plus résistants aujourd'hui que le reste de la population mondiale, souligne-t-il.

Ces chercheurs ont également découvert en Suède et au Royaume-Uni une souche médiévale presque identique à celle que l'on trouve aujourd'hui au Moyen-Orient.

"Nous n'avons pas les données permettant de savoir dans quelle direction s'est répandue l'épidémie. Ce pourrait être les croisades qui ont amené cet agent pathogène en Palestine ou l'inverse", supputent-ils.

Les méthodes de séquençage conçues pour cette recherche pourraient permettre de débusquer de nombreux pathogènes mélangés à d'autres ADN, donnant un nouvel éclairage sur la manière dont se propagent les épidémies.

Ces travaux devraient également permettre de mieux comprendre comment et pourquoi est apparue la lèpre, une maladie qui touche encore plus de 200.000 personnes par an dans le monde.

js/rap