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12/06/2013 01:36 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

Trois militantes de Femen condamnées à quatre mois de prison en Tunisie

TUNIS, Tunisie - Trois militantes européennes du groupe féministe Femen ont été condamnées à quatre mois et un jour de prison pour avoir manifesté les seins nus le mois dernier dans la capitale tunisienne, a annoncé mercredi le greffier du tribunal. La défense a estimé qu'il s'agissait d'une peine beaucoup trop sévère.

Les trois militantes, une Allemande et deux Françaises, ont déclaré durant le procès qu'il n'y avait rien de sexuel ni d'offensant dans leur geste, et qu'elles avaient seulement voulu exprimer leur appui à Amina Sboui, une militante tunisienne détenue.

Une leader du groupe féministe ukrainien a annoncé de nouvelles manifestations seins nus en Tunisie et ailleurs dans le monde musulman.

Les trois femmes ont été reconnues coupables d'indécence publique, d'offense à la morale publique et de troubles à l'ordre public, selon le greffier Habib Derbal.

Leur manifestation du 29 mai était une première dans un pays musulman pour Femen, qui utilise la nudité pour défendre les droits des femmes en Europe et ailleurs dans le monde. Lors de leur procès, les trois femmes portaient une tenue tunisienne traditionnelle, mais leur tête n'était pas couverte.

L'un des avocats de la défense, Souhabi Bahri, s'est dit choqué par la sévérité de la peine, soulignant que des accusés de crimes plus graves avaient été condamnés à des peines moins sévères.

«Cette peine est très sévère et n'est pas proportionnelle aux actions de ces femmes», a estimé Me Bahri.

Un avocat islamiste, qui faisait partie d'un groupe d'associations religieuses qui ont tenté de se constituer en partie civile dans le procès, s'est dit satisfait du verdict.

«C'est la peine minimale qui leur a été donnée», a commenté Anwar Ouled Ali. «J'espère que ce sera une leçon pour Femen et tous les autres qui cherchent à attaquer les valeurs de l'islam.»

Inna Schevchenko, une leader de Femen établie à Paris, a plutôt estimé que le verdict aurait l'effet contraire.

«S'ils pensent qu'ils peuvent empêcher la libération des femmes en nous jetant en prison, c'est l'une des plus grande raisons de revenir en Tunisie avec d'autres manifestations les seins nus et d'aller dans d'autres pays musulmans», a-t-elle déclaré à l'Associated Press lors d'une entrevue téléphonique.

«Je pense que cette décision montre dans quelle direction la Tunisie s'oriente. Nous pouvons clairement dire maintenant que la Tunisie est un État islamique qui jette des femmes en prison à cause d'une manifestation pacifique», a-t-elle dit.

À l'ouverture du procès, le 5 juin, trois autres militantes de Femen qui prévoyaient manifester les seins nus ont été découvertes par les autorités avant leur geste d'éclat et ont été expulsées du pays.

Les trois militantes condamnées mercredi avaient manifesté les seins nus pour réclamer la libération d'Amina Sboui, une Tunisienne qui avait scandalisé ses compatriotes en mars en publiant sur Internet des photos d'elle à moitié nue. Sur son torse, elle avait écrit: «Mon corps m'appartient et n'est source d'honneur pour personne». Elle a ensuite tenté de faire un autre coup d'éclat le 19 mai dans la ville de Kairouan, avant d'être arrêtée.

«Nous sommes venues en Tunisie pour exprimer notre appui à Amina, qui est un symbole dans cette phase politique que traverse la Tunisie», a déclaré l'une des accusées, la Française Pauline Hilliers, lors du procès. «Ma passion est la politique et non l'incitation à la débauche.»