NOUVELLES
12/06/2013 05:42 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

Syrie: la question des livraisons d'armes reprend le pas sur la diplomatie

L'avancée militaire des forces de Damas appuyées par le Hezbollah et l'affaiblissement de l'opposition syrienne relancent avec acuité la question des livraisons d'armes à la rébellion, même si les grandes puissances affirment n'avoir pas encore pris de décision.

Washington, Paris, Londres, Ankara, Ryad : rencontres et coups de téléphone se multiplient, alors que sur le terrain le régime engrange les points, avec la chute la semaine dernière de Qousseir (centre) et l'annonce d'offensives sur Homs (centre) et Alep (nord), la deuxième ville du pays.

"Il faut qu'on puisse arrêter cette progression, avant Alep", a lancé mercredi matin le chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a reporté une tournée au Proche-Orient pour des réunions consacrées à la Syrie et a reçu mercredi à Washington son homologue britannique William Hague.

"Nous devrons être prêts à faire plus pour sauver des vies, pour mettre la pression sur le régime d'Assad afin qu'il négocie sérieusement, et pour empêcher le développement de l'extrémisme et du terrorisme", a affirmé M. Hague à l'issue de la rencontre. Mais les deux hommes ont reconnu n'avoir rien à annoncer en ce qui concerne l'envoi éventuel d'armes aux rebelles.

Le président américain Barack Obama, opposé jusqu'à présent à cette éventualité en raison de la présence de groupes jihadistes en Syrie, a toutefois demandé cette semaine à son "équipe de sécurité nationale d'examiner toutes les options possibles" pour aider l'opposition.

"Toutes les options, sauf celle de troupes au sol, sont sur la table", a précisé la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

Londres et Paris, les deux capitales qui ont poussé à la levée de l'embargo européen sur les armes fin mai, affirment ne pas avoir encore pris de décision. Les pays européens se sont engagés à surseoir à toute livraison jusqu'au 1er août, pour laisser une chance à un processus diplomatique qui prend chaque jour plus de plomb dans l'aile.

Mais, cet engagement jusqu'au 1er août n'est pas juridiquement contraignant, souligne-t-on à Paris.

En clair : sous réserve du respect de leurs législations nationales en ce domaine, les pays européens sont libres de livrer quand ils le veulent des armes aux rebelles syriens, qui réclament essentiellement du matériel anti-aérien et anti-char.

Une rencontre est prévue samedi en Turquie entre des représentants des pays alliés de l'opposition et le chef du Conseil militaire suprême de l'armée syrienne Salim Idriss, selon des sources occidentales, pour discuter d'une "mise en oeuvre concrète" de l'aide et "intensifier le dialogue".

Concrètement, M. Idriss, considéré comme un interlocuteur fiable par les Occidentaux, a besoin de "pognon, de munitions et d'armes" pour asseoir son leadership et gagner en crédibilité auprès des combattants sur le terrain, résume une de ces sources.

Si personne ne peut assurer avec une certitude absolue que des armes tomberont toujours entre "les bonnes mains", les principaux pays disposent d'une bonne "cartographie" de l'opposition syrienne sur le terrain et ont testé depuis des mois des circuits de livraison avec l'acheminement d'aide humanitaire et médicale, souligne cette source.

Jusqu'à présent, les puissances occidentales ont restreint leurs livraisons à du matériel "non létal", comme des équipements de communication, des lunettes de vision nocturne, des gilets pare-balles, les livraisons d'armes étant restées l'apanage du Qatar et de l'Arabie Saoudite.

Mais "il faut un rééquilibrage", a souligné mercredi M. Fabius, "parce qu'au cours des dernières semaines, les troupes de Bachar al-Assad et surtout le Hezbollah et les Iraniens, avec les armes russes, ont repris un terrain considérable".

"S'il n'y a pas de rééquilibrage sur le terrain, il n'y aura pas de conférence de la paix à Genève", a-t-il estimé, alors que l'initiative diplomatique de Washington et Moscou pour ouvrir des négociations entre les belligérants est actuellement dans l'impasse.

cf-jkb/jca/rap