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12/06/2013 02:29 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

"Ni traître, ni héros", Edward Snowden veut rester à Hong Kong

Edward Snowden, ex-consultant de l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA), a assuré mercredi ne pas vouloir quitter Hong Kong et affirmé que les Etats-Unis surveillaient des "centaines de milliers d'ordinateurs" dans le monde y compris à Hong Kong et en Chine.

"Je ne suis ni un traître, ni un héros. Je suis un Américain", a déclaré le jeune homme de 29 ans au South China Morning Post, qui l'a interrogé dans un endroit tenu secret à Hong Kong, trois jours après qu'il est sorti de l'ombre et a revendiqué au grand jour être la "taupe" du Washington Post et du Guardian.

"Je crois en la liberté d'expression. J'ai agi en toute bonne foi, et je pense que le public a le droit de se faire sa propre opinion lui-même", poursuit celui qui est réfugié à Hong Kong depuis le 20 mai.

Le général Keith Alexander, directeur de la NSA, a de son côté défendu mercredi devant le Sénat américain la légalité des programmes de surveillance américains révélés la semaine dernière, rappelant qu'ils fonctionnaient sous supervision rigoureuse.

"Nous fonctionnons tous les jours selon des règles strictes, nous rendons des comptes dans le cadre d'un des règimes de supervision les plus rigoureux du gouvernement", devait-il déclarer selon le texte de son audition au Sénat.

Dans l'entretien accordé au quotidien de Hong Kong, Edward Snowden revient sur l'étendue de ces programmes.

"Nous piratons les systèmes centraux des réseaux --comme d'énormes routeurs internet, en général-- qui nous donnent accès aux communications de centaines de milliers d'ordinateurs sans avoir à pirater chacun d'entre eux", résume-t-il.

Parmi les cibles de la NSA, des centaines sont visées depuis 2009 à Hong Kong ou en Chine, a déclaré au quotidien Edward Snowden, qui dit agir notamment pour dénoncer "l'hypocrisie du gouvernement américain quand il assure qu'il n'espionne pas d'infrastructures civiles, au contraire de ses adversaires".

"Non seulement il le fait, mais il a tellement peur que cela se sache qu'il est prêt à utiliser tous les moyens (...) pour empêcher ces informations d'être rendues publiques", poursuit Edward Snowden.

"Ceux qui pensent que j'ai commis une erreur en choisissant de me rendre à Hong Kong ne comprennent pas mes intentions. Je ne suis pas ici pour fuir la justice, mais pour révéler des faits répréhensibles", ajoute-t-il encore.

Après avoir laissé entendre, dans un entretien publié dimanche par le Guardian, qu'il pourrait demander l'asile à l'Islande, réputée selon lui pour soutenir "ceux qui défendent la liberté sur internet", Edward Snowden assure désormais ne pas avoir l'intention de quitter le territoire autonome du sud de la Chine.

"J'ai l'intention de demander à la justice et aux habitants de Hong Kong de statuer sur mon sort. Je n'ai aucune raison de douter de votre système", déclare-t-il, tout en annonçant qu'il se battrait contre toute demande d'extradition des Etats-Unis.

"J'ai eu plusieurs fois l'occasion de fuir Hong Kong, mais je préférerais rester et combattre le gouvernement américain dans les tribunaux", déclare-t-il encore, affirmant ne pas avoir l'intention de quitter Hong Kong "tant qu'on ne lui demande pas de partir".

"Malheureusement, le gouvernement américain harcèle les autorités de Hong Kong pour m'empêcher de continuer mon travail", poursuit-il.

Dans un entretien accordé à la chaîne russe Russia Today, le fondateur de WikiLeaks Julian Assange --qui a affiché son soutien à Snowden-- a de son côté conseillé mercredi à l'Américain de se réfugier en Russie ou en Amérique du Sud.

Interrogé sur la récente déclaration du porte-parole du président Vladimir Poutine selon laquelle la Russie serait prête à examiner une éventuelle demande d'asile de Snowden, Julian Assange a répondu: "Il serait bien inspiré d'examiner cette proposition ou de trouver une offre similaire en Amérique du Sud".

"Tout ce que je peux faire (...), c'est espérer qu'il y aura des gouvernements dans le monde qui refuseront d'être harcelés par les Etats-Unis pour persécuter des personnes qui cherchent un asile politique", a de son côté affirmé Snowden.

Les révélations de Snowden ont suscité une vague de réactions depuis la semaine dernière, les autorités américaines s'inquiétant de leur côté des "ravages" causés à ces programmes "vitaux" selon eux pour la lutte antiterroriste.

L'Union européenne, très sourcilleuse sur la protection des données, a durci le ton face aux Etats-Unis en leur demandant des clarifications sur cette surveillance d'internet qui vise au premier chef les étrangers --pour lesquels la NSA n'a besoin d'aucun mandat.

Pour le dissident chinois Ai Weiwei, les révélations sur ces programmes américains pourraient encourager la Chine et d'autres pays à accroître leurs propres efforts dans ce domaine.

bur-mdm/jca