NOUVELLES
12/06/2013 07:00 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

Le gouvernement turc propose un référendum pour mettre fin aux manifestations

ANKARA, Turquie - Le gouvernement turc s'est dit ouvert, mercredi, à l'idée d'organiser un référendum sur le projet de restauration d'un parc du centre d'Istanbul, à l'origine des grandes manifestations antigouvernementales qui ébranlent la Turquie depuis près de deux semaines.

Cette annonce survient après une rencontre entre le premier ministre Recep Tayyip Erdogan et un groupe de militants de la place Taksim et du parc Gezi. Il s'agit du premier geste d'ouverture du gouvernement turc pour mettre fin aux manifestations à Istanbul et ailleurs dans le pays.

Mais un porte-parole du Parti pour la justice et le développement de M. Erdogan, Huseyin Celik, a également déclaré que le gouvernement ne permettrait pas la poursuite du «sit-in» au parc Gezi, près de la place Taksim.

La perspective d'un référendum représente un pari politique risqué pour M. Erdogan, qui s'est attiré les foudres des manifestants pour son style de gouvernance jugé autoritaire. Il compte probablement sur son importante base de partisans pour soutenir le projet contesté de son gouvernement.

Après une nuit d'affrontements sur la place Taksim, qui ont fait au moins 620 blessés, des milliers d'avocats turcs en toge noire sont sortis de leurs bureaux mercredi pour dénoncer la brutalité dont auraient été victimes leurs collègues aux mains de la police en marge des troubles de mardi à Istanbul.

La vice-présidente de l'association des avocats d'Ankara, Sema Aksoy, a déclaré que certains de ses collègues avaient été menottés et jetés au sol par les policiers. Il s'agit d'un affront au système judiciaire turc, a-t-elle dit.

«Les avocats ne peuvent être jetés au sol!», ont-ils scandé en coeur en sortant d'un tribunal d'Istanbul. Des policiers antiémeute montaient la garde, protégés par leurs boucliers.

La Fondation des droits de l'homme de Turquie a indiqué que les procureurs d'Istanbul avaient ouvert une enquête sur les allégations de force excessive de la police durant les manifestations.

Le premier ministre Erdogan s'est entretenu mercredi avec un petit groupe de militants de la place Taksim, mais certains ont souligné que la délégation de 11 personnes n'était pas représentative du mouvement et ont affirmé que la rencontre ne mettrait pas fin aux manifestations.

Le président Abdullah Gul, considéré par plusieurs comme plus modéré que le premier ministre, a quant à lui déclaré que le gouvernement ne pouvait tolérer l'instabilité à Istanbul et ailleurs dans le pays, tout en promettant que les autorités écouteraient les revendications des manifestants.

«Je suis confiant que nous surmonterons cela par une maturité démocratique», a déclaré M. Gul devant les journalistes. «S'ils ont des objections, nous devons les écouter, entrer dans un dialogue. C'est notre devoir de leur prêter une oreille attentive.»

Le premier ministre Erdogan a reçu les militants dans les bureaux de son parti à Ankara. Certains groupes de la société civile, dont Greenpeace, ont refusé de participer à la rencontre à cause du «climat de violence» dans le pays.

Le groupe Solidarité Taksim, qui regroupe des universitaires et des architectes opposés au projets de restauration du parc Gezi, a déclaré que ses membres n'avaient pas été invités à la rencontre et a prédit que la main tendue par M. Erdogan n'aurait aucun effet.

«Alors que la violence policière se poursuit sans relâche, (...) cette rencontre ne mènera en aucun cas à une solution», a affirmé le groupe dans un communiqué. Solidarité Taksim a réitéré ses demandes, soit que le parc Gezi reste un lieu public, que les responsables des excès de la police soient congédiés et que tous les manifestants détenus soient libérés.

«Nous sommes toujours ici et nos demandes n'ont pas changé», a déclaré l'un des membres du groupe, Ongun Yucel. «Les gens qui participent à la rencontre ne sont pas représentatifs de Solidarité Taksim. Ce sont des gens qui n'ont rien à voir avec ce qui se passe ici.»