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11/06/2013 01:38 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Un entrepreneur de Laval s'est fait dire par Milioto de ne pas venir à Montréal

MONTRÉAL - Un autre entrepreneur en construction, Mike Mergl, de Construction Mergad, est venu dire à la Commission Charbonneau, mardi, qu'il s'était fait dire par l'entrepreneur Nicolo Milioto de rester à Laval et de ne pas venir travailler à Montréal.

Et vers 1996-97, lorsqu'il travaillait à Rivière-des-Prairies, les tuyaux de béton que son entreprise installait avaient été cassés. Il avait dû affecter des gardiens à son chantier, 24 heures sur 24 durant les week-ends.

Il a raconté qu'il avait compris le message et s'était ensuite tenu loin de Montréal.

D'ailleurs, les tableaux déposés par la commission démontrent que de 2003 à 2009, son entreprise n'a même plus soumissionné à Montréal.

Et pendant plusieurs années, M. Mergl avait déposé des soumissions, en sachant sciemment qu'il ne pourrait décrocher les contrats _ par exemple en ne disposant d'aucun cautionnement, ce qui le disqualifiait d'emblée _ mais seulement «pour connaître les prix», a-t-il affirmé.

L'entrepreneur a raconté qu'en 2006 ou 2007, il était allé voir Nicolo Milioto, de Mivela Construction _ surnommé Monsieur trottoir par d'autres témoins devant la commission _ pour savoir s'il pouvait entrer dans le marché montréalais.

Il s'était fait répondre de rester à Laval, que les entrepreneurs de Laval ne devaient pas venir à Montréal.

La juge France Charbonneau lui a demandé pourquoi c'est M. Milioto, un autre entrepreneur, qu'il était allé voir pour savoir s'il pouvait obtenir des contrats à Montréal. Et c'est du bout des lèvres que l'entrepreneur a répondu que M. Milioto était «puissant», qu'il avait «beaucoup d'autorité», qu'il n'en avait pas peur mais ne voulait pas le confronter et qu'il savait qu'il devait prendre au sérieux ce qu'il disait.

L'entrepreneur de 72 ans a noté que dès les années 1990, ses affaires avaient commencé «à boiter», parce que son entreprise ne pouvait faire des affaires où il le souhaitait, à cause des territoires protégés. «Vers 1992-93, c'est devenu des territoires. On ne pouvait plus aller à Montréal, sur la Rive Nord. À Laval, on était bien limité aussi», s'est plaint M. Mergl.

Il a confirmé ce que d'autres témoins avant lui ont dit, à savoir qu'à Laval, c'était Claude DeGuise, directeur du service de l'ingénierie, qui décidait quelle entreprise allait obtenir quel contrat. «Il me disait 'si tel projet t'intéresse, tu soumissionneras dessus'», a raconté M. Mergl. S'il n'était pas intéressé, il perdait son tour.

Il se plaignait d'ailleurs des choix de M. DeGuise. «Les beaux projets, c'était pas nous autres qui les avaient.»

Le témoin a affirmé que M. DeGuise allait même jusqu'à lui dire si la ristourne qu'il devrait verser pour le parti PRO des Lavallois atteindrait 2 pour cent ou serait limitée à 1 pour cent, voire à rien _ quand l'entreprise finissait par ne dégager aucun profit.

Le procureur de la commission, Me Cainnech Lussiaà-Berdou, a déposé en preuve les notes de M. Mergl, où il a parfois calculé à la main les ristournes de 2 pour cent de la valeur de ses contrats à remettre.

Dans d'autres cas, son carnet révèle le nom des autres entreprises qui participaient avec lui au système de collusion à Laval, avec le montant suggéré des soumissions. Sur ses notes écrites à la main, on voit qu'il cochait les noms lorsqu'il avait appelé les entreprises concurrentes.

M. Mergl a nié avoir eu quelque relation que ce soit avec l'ex-maire Gilles Vaillancourt. «Il n'y a pas de lien du tout, aucun lien.»

Il a toutefois admis avoir versé des contributions financières tant au PRO des Lavallois qu'au Parti libéral du Québec et au Parti québécois.