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11/06/2013 03:52 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Éolien :une industrie tournée vers 2024

Un texte de Joane Bérubé

L'industrie éolienne québécoise veut se donner les moyens d'assurer sa pérennité et les discussions sont engagées. Le futur de l'industrie est le sujet de l'heure au 7e colloque de l'industrie éolienne québécoise, qui se déroule présentement à Matane.

Matane, c'est la rencontre annuelle qui fait le pont entre fournisseurs et grands donneurs d'ordre. Tous les grands noms de l'énergie verte sont là : Repower, Boralex, Enercon, Cartier, Algonquin, Vestas, EDF, Northland, Gaz Métro, General Electric.

Tôt ce printemps, la première ministre Pauline Marois a confirmé que le Québec compléterait son programme d'énergie éolienne lancé en 2006. Québec a même ajouté 100 MW supplémentaires, ce qui fera de la province un des chefs de file de l'éolienne en Amérique du Nord avec une puissance totale installée de 4 100 mégawatts en 2016-2017.

C'était une annonce très attendue, confirme Jean-François Legendre, directeur du Québec de l'Association canadienne de l'énergie éolienne (CanWea).

Les marchés d'exportation

Mais l'industrie sait que ce ne sera pas suffisant pour soutenir la chaîne de production jusqu'en 2024, au moment du remplacement des premiers parcs éoliens implantés au Québec,explique le directeur du TechnoCentre éolien, Frédéric Côté.

« En 2025, dit-il, le premier parc complété dans le cadre du premier appel d'offres de 1000 MW, qui est Baie-des-Sables, aura atteint l'âge vénérable de 20 ans. On pourra tomber alors dans un cycle de rééquipement. Ce volume de rééquipement pourra générer un volume suffisant pour justifier la présence d'usines sur le territoire du Québec »

Selon le directeur du TechnoCentre éolien, deux éléments sont essentiels pour permettre le développement et le maintien de la filière. Dans un premier temps, il estime que Québec doit garantir un marché local annuel d'un minimum de 350 à 400 MW. Cette mesure permet de conserver 587 emplois.

L'industrie doit aussi se tourner vers l'exportation. Et les marchés sont là, selon M. Legendre : « On prévoit toujours 7500 MW à l'horizon de 2018 en l'Ontario, c'est quand même majeur. Aux Etats-Unis, on parle quand même de 8 000 MW qui seront installés en 2013. »

Frédéric Côté estime que les entreprises d'ici peuvent viser les marchés de l'Ontario et du Nord-est américain. « On n'est pas limité aux 1 000 km, croit M. Côté, il faut toutefois repenser nos moyens de transport. L'Est de l'Amérique du Nord est encore un territoire à développer. On peut voir cela comme un marché qui va croître »,

Les occasions d'affaires sont là, relève Frédéric Côté. De plus, certains secteurs, comme l'éolien marin (off-shore), l'implantation en milieu nordique ou le couplage diesel, de plus en plus prisé par les minières, sont très prometteurs pour l'industrie québécoise.

« En fait ce qu'il faut comprendre, c'est que les sites faciles en climat tempéré avec une topographie plate, ces sites sont pas mal déjà exploités », relève le directeur du TechnoCentre.

« Le off-shore, ajoute M. Côté, [NDLR éolien en milieu marin] est un élément qui se déploie aux États-Unis. Il faut savoir que c'est toujours de l'éolien, mais d'une taille beaucoup plus grande. Les composantes pour alimenter les parcs du off-shore ne se transportent pas sur la route. Ça ne se fait pas c'est trop gros. »

Les entreprises situées le long du fleuve ou près du chemin de fer seront avantagées, croit-il.

Pour M. Côté, les industriels devront être l'affût des bonnes affaires. « On a, donne-t-il en exemple, un secteur minier en ébullition au Québec et on a un très fort potentiel éolien sur ces sites. On regarde la fosse du labrador où il y a beaucoup de minerais au Québec, c'est là aussi qu'il y a le plus de vents. Il y a quelque chose à réfléchir là aussi. »

Selon lui, les usines devront développer du contenu à haute valeur technologique, mais aussi à haute valeur stratégique pour desservir plus d'un marché.

L'exemple d'Enercon

Énercon, qui s'est implanté à Matane, dans la foulée de stratégie éolienne québécoise vient d'ailleurs de compléter l'an dernier un projet avec la minière Rio Tinto pour la construction de quatre éoliennes en couplage diesel.

De telles éoliennes permettent d'économiser 1 million de litres de diesel par année, ce qui est majeur, relève Marc-Antoine Renaud, chargé d'affaires et développement à Enercon.

« D'un point de vue économique ça fait du sens, souligne M. Renaud, et d'un point de vue environnemental aussi. Le diesel étant très cher dans les endroits éloignés, l'éolien est une très belle complémentarité. Par contre, ça reste des volumes beaucoup plus petits que dans les appels d'offres du Québec et de l'Ontario. »

À plus court et moyen terme, c'est d'ailleurs le marché ontarien que vise l'entreprise, indique le porte-parole d'Enercon. L'éolien marin n'est pas dans les cartons de l'entreprise à court terme.

« Est-ce qu'il manque déjà de place au Canada? Il y a encore beaucoup de sites à forts potentiels qu'on peut exploiter avec d'aller au off-shore », croit M. Renaud.

À la lumière de la récente décision de l'OMC, toutes les règles de contenu local seront revues ce qui ouvrirait le marché ontarien. C'est une bonne chose pour Énercon et l'usine de Matane, souligne Marc-Antoine Renaud.

« On a les tours en béton, précise M. Renaud, mais Il y a toute la section des modules électroniques qui sont exportés. L'usine de l'Ontario fournit des composantes à Matane qui sont après renvoyées à l'ensemble de nos projets au Canada. »

Un des avantages du Québec, en ce moment, estime M. Renaud, est la planification à long terme. « Quand il y a un creux de vague, nous, on est encore dans les grosses années, parce qu'on était sur une planification à long terme, fait-il valoir. Il faut maintenir la filière actuelle parce que quand les marchés à l'export vont se relever, nous, il faut qu'on soit prêt. »

Il reste toutefois beaucoup à faire. Actuellement, le marché d'exportation de l'éolien au Québec est de 270 millions de dollars par année.