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11/06/2013 03:14 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Les dents, premières victimes du bisphénol A?

L'exposition précoce au bisphénol A (BPA) altère l'émail des dents chez le rat, ont montré des chercheurs français.

Les dommages observés chez ces rongeurs ne sont pas sans rappeler une pathologie de l'émail récemment décrite et qui touche environ 18 % des enfants de 6 à 8 ans. Les enfants atteints par cette pathologie présentent des dents hypersensibles à la douleur et vulnérables aux caries.

Le bisphénol A est un produit chimique industriel utilisé principalement dans la fabrication de plastiques et de résines pour les contenants d'aliments, les bouteilles d'eau et les revêtements protecteurs des conserves et de boissons. En 2008, le Canada a été le premier pays au monde à classer ce produit comme toxique. Depuis, les biberons et les sucettes vendus au pays ne peuvent en contenir.

Des études ont déjà montré que ce composé induit des effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d'animaux de laboratoire. Il est fortement suspecté d'avoir les mêmes conséquences sur l'homme. Une étude du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke a montré en janvier 2010 que le bisphénol A compromettait la santé du placenta et pouvait causer des complications durant la grossesse

Dans la présente étude, la chercheuse Sylvie Babajko et ses collègues de l'INSERM ont montré que les incisives de rats traités avec de faibles doses journalières (5 microgrammes par jour) de BPA pouvaient être altérées.

Cet effet est observé dans une fenêtre de développement qui ne dépasse pas 30 jours postnataux chez le rat traduisant une fenêtre de sensibilité à l'exposition.

L'analyse de ces dents montre donc de nombreuses caractéristiques communes avec une pathologie de l'émail, le MIH (Molar Incisor Hypomineralization), qui affecte sélectivement les premières molaires et incisives permanentes des enfants.

Les chercheurs ont remarqué que la période de formation de ces dents (premières années de la vie) correspond à celle où l'individu est le plus exposé au BPA.

Déjà, des observations avaient permis de constater l'apparition de taches blanches sur les incisives des rats traités avec des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A.

C'est à la suite de ces observations que les auteurs de ces travaux publiés dans l'American Journal of Pathology ont décidé de comparer les dents des rats avec celles des dents humaines atteintes de MIH.