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10/06/2013 11:14 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Le président égyptien hausse le ton contre l'Éthiopie et son projet de barrage

LE CAIRE, Égypte - Le président égyptien a prévenu, lundi, que toutes les options restaient ouvertes pour empêcher l'Éthiopie de construire un immense barrage qui menace l'approvisionnement en eau de l'Égypte.

Lors d'un discours devant des centaines de partisans, diffusé en direct à la télévision, Mohammed Morsi a déclaré que l'Égypte n'appelait pas à la guerre, mais qu'elle allait affronter toute menace contre son approvisionnement en eau.

«Notre sang est la seule autre option possible», a déclaré M. Morsi devant une foule de partisans islamistes, qui a réagi par une ovation.

Le discours du président illustre l'importance du Nil pour la survie de l'Égypte. Le plus long fleuve d'Afrique fournit presque toute l'eau potable de l'Égypte, dont le territoire est en grande partie désertique.

«Nous n'appelons pas à la guerre, mais nous ne permettrons pas les menaces contre notre sécurité en matière d'eau», a affirmé M. Morsi. «Toutes les options sont ouvertes», a-t-il ajouté.

Le président a toutefois souligné que l'Égypte considérait l'Éthiopie comme un pays «ami» et qu'il s'était rendu dans ce pays à deux reprises depuis le début de sa présidence.

Mohammed Morsi fait face à une insatisfaction grandissante de diverses franges de la société à cause de l'instabilité, des problèmes de sécurité et des difficultés économiques, plus de deux ans après le soulèvement populaire qui a renversé le président Hosni Moubarak.

Les militants de l'opposition espèrent canaliser la frustration des Égyptiens lors des grandes manifestations prévues pour souligner le premier anniversaire de la présidence de M. Morsi, le 30 juin.

Le président semble utiliser l'inquiétude face au barrage éthiopien pour stimuler la ferveur nationaliste avant les manifestations. Il a indiqué qu'il était prêt à demander aux groupes d'opposition d'unir les Égyptiens autour d'une cause commune liée au barrage.

Plus tôt lundi, des députés égyptiens avaient accusé le premier ministre et le gouvernement de ne rien faire pour empêcher l'Éthiopie de construire le barrage. Le premier ministre, Hesham Kandil, venait de s'adresser au Parlement pour expliquer quels moyens diplomatiques, juridiques et techniques l'Égypte entend prendre pour négocier avec l'Éthiopie.

L'Égypte «se transformera en cimetière» si le barrage est complété, a lancé le député Khaled Ouda, géologue de formation, devant le Parlement. Il a accusé le premier ministre de n'avoir proposé aucune solution pour dénouer l'impasse.

La crise a commencé le mois dernier, quand l'Éthiopie a commencé à détourner le cours du Nil bleu afin de préparer la construction du barrage, avant qu'un comité de 10 experts internationaux remette son rapport sur l'impact du projet. Le début des travaux a pris le gouvernement égyptien par surprise.

Jusqu'à 85 pour cent de l'eau du Nil provient de l'Éthiopie. L'Égypte a déjà menacé d'entrer en guerre pour défendre ses «droits historiques» sur les eaux du Nil.

Les experts estiment que l'Égypte pourrait perdre jusqu'à 20 pour cent de son approvisionnement en eau durant les trois à cinq années qu'il faudra pour remplir l'immense réservoir en Éthiopie.