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10/06/2013 04:14 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Le procès du docteur Mailloux pour ses propos contre les Noirs a débuté

GATINEAU, Qc - Le procès civil sur les propos du psychiatre Pierre Mailloux au sujet du quotient intellectuel des Noirs a débuté lundi. Le controversé docteur affirme ne pas avoir eu la chance de s'expliquer en ondes alors que Guy A. Lepage, l'animateur de la populaire émission de télé «Tout le monde en parle», ne croit pas que la diffusion de l'entrevue était un dérapage.

Le procès de quatre jours a débuté lundi à Gatineau.

Le plaignant, Jean Djoufo, un homme de race noire, dit avoir été choqué et bouleversé par les propos du docteur Mailloux qui a mentionné en ondes des études qui démontreraient que le quotient intellectuel moyen des Noirs et des Autochtones est inférieur à la moyenne.

Il lui demande de s'excuser publiquement, de même que Radio-Canada et Guy A. Lepage, qui auraient dû, selon lui, enlever le segment avant la diffusion de l'émission en 2005.

«C'est eux qui lui ont donné un micro pour le dire au grand public», avance-t-il.

Il juge nécessaire qu'il soit dit publiquement que la diffusion était regrettable, «car ceux qui sont moindrement racistes se sentiront réconfortés dans leur position et iront beaucoup plus loin».

M. Djoufo plaide qu'un autre expert aurait dû être présent en ondes pour contrebalancer, voire contredire les propos de M. Mailloux.

Il réclame aussi des dommages à hauteur de 95 000 $. Il souhaite que l'argent soit remis à un organisme militant pour le droit à l'égalité des peuples.

Le controversé docteur et animateur de radio insiste pour dire qu'il n'est pas raciste. Et qu'il n'a pas eu la chance de mettre ses propos en contexte puisqu'il était constamment interrompu par les invités.

«Je n'ai pas pu dire plus de trois phrases de suite!», s'est-il exclamé au palais de justice lundi, devant les journalistes.

Mais il trouve qu'au moins, le procès sera l'occasion pour lui de «remettre les pendules à l'heure».

«On m'a fait dire beaucoup de choses, puis ce n'est pas ça que j'ai dit», a-t-il commencé.

«Lorsque je parle de quotient intellectuel moyen de groupe, s'il vous plaît, n'allez pas enlever le mot 'moyen' parce que là ça prend une toute autre connotation complètement différente. Ça veut dire que tous les individus d'un groupe ont un quotient inférieur. Voyons. Ça ne marche pas», a-t-il expliqué.

«Je ne suis pas imbécile à ce point-là!»

Il affirme que tout ce qu'il a fait, c'est mentionner des études américaines qui font état de ces conclusions, et qui sont enseignées à l'Université de Montréal.

Quant à savoir s'il regrette ses propos, il a répété qu'il n'a fait que dire ce qui est enseigné. Il affirme ne pas avoir examiné ces études de près et, questionné à savoir s'il les endosse, il a eu cette réponse: «c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on me montre des études qui sont contraires et reconnues».

Devant le tribunal, il a posé de nombreuses questions à M. Lepage, semblant tenter de déterminer s'il avait été invité spécifiquement pour semer la controverse et sur les raisons qui l'ont poussé à le questionner sur cette question de l'intelligence des Noirs.

«Lui (M. Lepage), il a un peu mis le feu et a reculé. Il a laissé le soin aux autres de souffler sur le brasier», a-t-il dit en point de presse impromptu.

Lors de son interrogatoire, M. Lepage a déclaré que M. Mailloux était l'un des invités les plus demandés par les auditeurs.

Une déclaration qui a énormément fait plaisir au docteur.

«Ça fait un petit velours. Ça fait plaisir d'entendre cela», a dit M. Mailloux, tout sourire, aux journalistes.

«Mais ça a un petit côté pervers: certains vont vouloir me détrôner», a-t-il expliqué, soulignant que l'animosité professionnelle existe à Montréal et qu'il s'agit peut-être là de l'une des raisons pour lesquelles il a été aussi attaqué sur la place publique.

Quant à Guy A. Lepage, il a témoigné lundi matin à l'effet qu'il n'est pas un censeur ni un juge. Et que le débat est important, même pour les idées qui ne sont pas populaires.

Il estime que ses propres commentaires à l'égard des idées du docteur Mailloux, et les réactions des invités, démontraient que ses propos n'étaient pas endossés.

«On désapprouvait ce que le Doc Mailloux disait. Moi, Dany (Turcotte, le coanimateur), les invités», a-t-il expliqué aux médias lors d'une pause du procès.

«Ce n'est pas suffisant», dit M. Djoufo, car les invités — l'animatrice Mitsou, dont le conjoint est de race noire et le chanteur Dan Bigras, qui a déjà fréquenté une femme noire — ont réagi sur le coup de l'émotion. Il aurait voulu voir un avis réfléchi d'expert.

M. Lepage a souri et ri à quelques reprises des blagues des invités lors du visionnement de l'épisode devant la juge.

«Je viens de revoir l'entrevue, a-t-il dit après. Je trouve que c'est une bonne entrevue. Le Doc Mailloux a eu le temps d'exposer ce qu'il dit.

«Mon opinion n'a pas changé d'un poil.»

Selon lui, M. Mailloux est «un homme public qui est habitué aux médias» et il ne s'est pas fait piéger.

«On a tous le droit de changer d'avis dans la vie. Mais lui, il a maintenu», tranche-t-il.

M. Lepage croit que le public sera le juge de la qualité de l'émission et du fait que la diffusion de ces propos n'était pas déplacée.

«On a fait 150 émission depuis. On a pu prouver notre rigueur et notre ouverture d'esprit.»

En rétrospective, aurait-il enlevé ce segment sur l'entrevue de M. Mailloux?

«En rétrospective, j'aime beaucoup cette entrevue», a-t-il dit aux journalistes.

Le plaignant et M. Mailloux ne sont pas des étrangers. M. Djoufo a affirmé qu'il était son médecin, son ami et que les préparatifs de son mariage avaient même eu lieu chez le coloré docteur.

En 2006, le CRTC a clairement reproché à Radio-Canada d'avoir diffusé les propos du psychiatre Pierre Mailloux sur les Noirs lors de l'émission «Tout le monde en parle».

Le mois dernier, le docteur a été à nouveau radié pour deux ans par le Collège des médecins.