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10/06/2013 04:17 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Héros ou traîtres ? Les "whistleblowers" intriguent, fascinent, divisent

De Daniel Ellsberg à Edward Snowden en passant par Bradley Manning, les "whistleblowers" dévoilent des secrets plus ou moins bien gardés et dénoncent, parfois au prix de leur liberté, ce qu'ils jugent être des scandales pour les libertés individuelles ou le bien commun.

Avec la sortie de l'ombre de la source des fuites sur le programme américain de surveillance électronique, les commentateurs se demandent qui sont véritablement ces "lanceurs d'alerte", alors même que se tient le procès de l'un d'entre eux, Bradley Manning, qui a divulgué quelque 700.000 documents confidentiels au site WikiLeaks.

Sont-ils de "grands patriotes" qui se sentent investis du devoir de livrer des informations révoltantes auxquelles ils ont eu accès du fait de leurs fonctions, ou, à l'inverse, des individus assoiffés de reconnaissance publique qui mettent sans vergogne leur pays en danger ?

Edward Snowden, jeune Américain de 29 ans, consultant à l'Agence nationale de sécurité (NSA) qui a divulgué des pans entiers des programmes gouvernementaux secrets de surveillance, restera dans "l'histoire comme l'un des whistleblowers les plus significatifs d'Amérique", écrit le quotidien britannique The Guardian qui a publié ses révélations.

"Il n'y a pas eu de fuite plus importante dans l'histoire américaine", estime aussi Daniel Ellsberg, à l'origine de la fuite des "Pentagon papers" sur la guerre du Vietnam.

"Snowden a révélé que les agences du renseignement étaient devenues les +Etats Stasi d'Amérique+" et "il l'a fait car il a identifié les programmes de surveillance de la NSA pour ceux qu'ils sont: dangereux, et anticonstitutionnels", écrit Ellsberg dans The Guardian.

"Ce n'est pas quelque chose que l'on choisit, c'est quelque chose que l'on doit faire", confie à l'AFP Peter Van Buren, un ancien responsable du département d'Etat qui avait lui-même divulgué des documents classifiés.

"Je sais qu'il faut beaucoup de courage pour faire ce que Snowden a fait, et de volonté pour tout abandonner -- sa vie, sa liberté, tout-- pour quelque chose de bien plus important que soi même. Si ce n'est pas là la définition du patriotisme, on se demande quelle est-elle".

"Sans whistleblowers, on n'aurait jamais rien su (du scandale de la prison) d'Abu Ghraib, on n'aurait jamais rien su des prisons secrètes de la CIA ni du scandale des écoutes sous l'administration Bush", renchérit Ben Wizner, directeur de la puissante Union américaine de défense des libertés (ACLU).

"Les fuites sont une caractéristique d'une démocratie et non une maladie", dit-il à l'AFP. "Nous avons toujours compté sur les fuites pour fournir au public une version non officielle d'un événement" car sans elles, "le peuple serait maintenu dans l'ignorance sur tous les sujets importants".

Comme le soulignait Ellsberg, lors d'une conférence à la veille de l'ouverture du procès Manning, "il n'y a pas de mot pour traduire +whistleblower+, ni en allemand, ni en français".

De fait, le dictionnaire propose des mots à connotation péjorative: "dénonciateur" ou "délateur" en français, "informateur" ("Informant") ou "traître" (Geheimnisverräter) en allemand.

Qualificatif souvent litigieux, il s'applique aux informateurs quel que soit leur degré de fragilité ou le niveau d'imprudence de leurs fuites.

Le jeune soldat Bradley Manning, dont l'instabilité et la quête d'identité sexuelle ont été soulignés devant la justice, a divulgué un volume impressionnant de documents.

"Ce sont tous des individus qui parviennent à leur objection de conscience via leur propre chemin", plaide Peter Van Buren. "Au final, il faut séparer le message du messager", estime ce "whistleblower".

"Ce qui importe, ce n'est pas moi, Ellsberg, Drake, Manning ou Snowden, ce qui importe c'est quelle information ils ont fourni au public américain et la manière dont cette information éclaire notre démocratie".

chv/jca