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04/06/2013 02:31 EDT | Actualisé 04/06/2013 02:53 EDT

Hong Kong, seule ville chinoise à commémorer la répression de Tiananmen (PHOTOS)

AFP

Comme tous les ans le 4 juin, des milliers de personnes se sont réunies mardi soir à Hong Kong, seule ville chinoise à commémorer la répression sanglante du mouvement de Tiananmen en 1989.

Sous un ciel bas, les policiers déployés à l'extérieur du cimetière de Wanan, dans l'ouest de Pékin, en bloquaient l'entrée principale et ont demandé à des journalistes de l'AFP de quitter les lieux.

Des dizaines de milliers de Hongkongais observaient une veillée aux flambeaux dans le parc Victoria, en souvenir des manifestants tués par l'armée chinoise il y a 24 ans, dans la nuit du 3 au 4 juin, aux abords de la grande place de Pékin.

L'Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine, organisatrice de l'événement, a indiqué s'attendre à la participation de 150.000 personnes, dont de plus en plus venues de Chine continentale.

"Je pense que nous tous à Hong Kong, même la jeune génération, estimons qu'il s'agit d'une tragédie et qu'un gouvernement qui fait tirer sur le peuple commet un crime", a déclaré à l'AFP le vice-président de l'alliance, Richard Choi.

Billy Li, 28 ans, indique être venu car "l'écrasement n'a jamais été reconnu, et la vérité n'est pas encore sortie". "Nous n'avons pas encore accompli ce que nous nous sommes promis de faire", ajoute-t-il, précisant qu'il veut continuer à lutter pour la démocratie en Chine.

"J'espère que la nouvelle génération ne connaîtra pas la terreur rouge", déclare Pan Xidian, 42 ans, venu de Xiamen, une ville du sud de la Chine, qui remercie les Hongkongais de commémorer Tiananmen, alors que tout hommage est strictement interdit en Chine continentale.

Hong Kong, ancienne colonie britannique, a été rendue à la Chine en juillet 1997. Mais le territoire bénéficie d'un statut de semi-autonomie, en conservant par exemple sa monnaie et son système judiciaire, selon le modèle prôné par les Chinois: "Un pays, deux systèmes".

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Hong Kong commémore la répression de Tiananmen

Les habitants y jouissent d'une liberté d'expression inconnue sur le continent.

Fin mai, plus d'un millier de protestataires avaient défilé devant le siège du gouvernement de Hong Kong puis devant le "bureau de liaison" de la République populaire au nom des victimes de la répression.

Et des étudiants ont observé une grève de la faim de trois jours dans un quartier commercial prisé des touristes chinois, comme l'avaient fait les étudiants de Tiananmen en 1989 dans l'espoir d'obtenir une amorce de dialogue avec le pouvoir.

Selon une enquête d'opinion réalisée par l'université de Hong Kong le mois dernier, 68% des Hongkongais condamnent l'attitude des autorités chinoises en 1989 et la même proportion estime que la ville devrait activement promouvoir la démocratie en Chine.

Des centaines, voire des milliers, de personnes ont trouvé la mort dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, lorsque le Parti communiste a envoyé les chars de l'armée pour mettre fin à sept semaines de manifestations au coeur de Pékin, qualifiées par le régime de "révolte contre-révolutionnaire".

Près d'un quart de siècle après que le Parti communiste chinois (PCC) a envoyé les chars pour mater la contestation au coeur de la capitale, l'anniversaire de Tiananmen reste une date hyper-sensible pour le régime.

Toute discussion publique ou commémoration des événements reste interdite.

Le sujet demeure également tabou dans les médias et une censure draconienne s'exerce sur les réseaux sociaux, où toute recherche sur la date du 4 juin, ou des mots tels que "Tiananmen" ou "bougie" était bloquée mardi.

La place Tiananmen elle-même était placée sous un dispositif de haute surveillance, avec véhicules de police et hommes de la sécurité en civil contrôlant au hasard les identités des touristes chinois posant pour la traditionnelle photo devant le drapeau national ou le portrait de Mao Tsé-toung.

Non loin, un vendeur de snacks glissait à voix basse: "La plupart des policiers sont en civil, on ne peut jamais savoir quand ils écoutent".

L'immense majorité des jeunes Chinois nés après 1989, ou trop jeunes à l'époque pour se souvenir, n'ont aucune notion de ce qui s'est passé le 4 juin.

Les manuels scolaires sont expurgés de toute référence à ces événements, la plus grave remise en cause du régime depuis sa fondation par Mao en 1949.

Le souvenir du 4 juin est entretenu principalement par des artistes et des intellectuels contestataires, à peine tolérés des autorités.