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02/06/2013 08:14 EDT | Actualisé 02/08/2013 05:12 EDT

Turquie: la «fanfare des casseroles» contre le gouvernement

AFP

ANKARA - Il est 21h00 pile à Ankara et un concert inédit de casseroles secoue les quartiers résidentiels d'Ankara. Armés d'ustensiles de cuisine, les protestataires dénoncent bruyamment le régime du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qu'ils accusent d'autoritarisme.

"L'heure est venue de renvoyer Erdogan dans les limbes de l'Histoire", crie une femme, accompagnée de ses deux enfants sur le balcon de son appartement du quartier chic de Cankaya, fiefs des tenants de la laïcité.

Munis de sifflets, des voisins allument et éteignent les lumières de leurs appartements en guise de protestation. "Tayyip démission, Tayyip démission. Regarde combien nous sommes", crient-ils.

Özcan, un jeune étudiant en économie est descendu au rez-de-chaussée avec un drapeau turc, sous les applaudissements des voisins et de ses parents. "On ne peut pas être plus pacifique, est-ce que la police va aussi nous gazer ?", interroge l'étudiant.

"Il ne s'agit plus du projet de Gezi Park (le parc dont la suppression est à l'origine du mouvement à Istanbul), c'est devenu un mouvement (de contestation) contre le gouvernement qui s'immisce de plus en plus dans notre vie privée", explique Hamdi, qui ne veut pas donner son nom de famille.

A ses côtés, sa femme qui tape frénétiquement avec une grosse cuillère sur une casserole en acier. Le bruit est assourdissant.

Mobilisation

"Ce n'est pas parce qu'un gouvernement est démocratiquement élu avec 50% des suffrages qu'il a le droit de faire ce qu'il lui plaît", commente Hamdi, qui dénonce la loi restreignant la vente et la consommation d'alcool votée la semaine dernière par le Parlement.

Dans un entretien accordé dimanche à la chaîne privée Show TV, M. Erdogan, musulman pratiquant, a justifié ce texte par des motifs de santé publique. "Celui qui boit est un alcoolique", a-t-il sèchement dit, avant de nuancer: "je ne veux pas dire tout le monde, mais ceux qui boivent régulièrement".

Et plus tôt dans la journée, devant un parterre constitué dans l'ensemble de ses supporters, il a refusé toute concession, qualifiant les protestataires de "bande de vandales".

Et il a ensuite lancé: "Si l'on veut organiser des rassemblements, si c'est un mouvement social, alors quand ils rassemblent 20 personnes, j'en rassemblerai 200 000. Quand ils réuniront 100 000 personnes, je mobiliserai un million de partisans de mon parti".

"Ce sont des fascistes", juge un jeune homme au volant de sa voiture en klaxonnant. Sa petite amie agite à ses côtés le drapeau turc et entonne une marche militaire qui loue les réformes du fondateur de la Turquie moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk.

Dans les rues d'Ankara, la mobilisation touche tous les âges. "J'ai 63 ans et tout ce que je veux, c'est la tranquillité dans ce beau pays", dit Cengiz, un ingénieur à la retraite. "Mais lorsque vous sentez que votre mode de vie est menacé, vous n'avez pas d'autre choix que d'aller manifester, c'est tout", ajoute-t-il.

Le concert de casseroles "à la turque" n'est pas une spécialité d'Ankara. A la tombée de la nuit, il résonne aussi dans de nombreux quartiers d'Istanbul sur le thème "gouvernement, démission!"

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