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10/05/2013 03:03 EDT | Actualisé 10/07/2013 05:12 EDT

Des voix s'élèvent au Congrès pour vaincre "le cancer" de Guantanamo

Des voix ont commencé à s'élever vendredi au Congrès pour exhorter le président Barack Obama à fermer dès "maintenant" la prison de Guantananamo "qui n'aurait jamais dû exister", et à s'attaquer à un "cancer, plus dangereux tous les jours".

Alors qu'une grève de la faim sans-précédent est entrée cette semaine dans son quatrième mois dans cette prison située à des milliers de kilomètres des côtes américaines, le représentant démocrate Jim Moran a rejoint une cohorte d'élus, d'anciens responsables, d'avocats et d'organisations des droits de l'homme qui mènent campagne pour mettre fin "immédiatement à cette crise humanitaire".

Selon les autorités de la prison, 100 détenus étaient en grève de la faim vendredi, dont 27 étaient nourris par des sondes naso-gastriques parmi lesquels quatre étaient hospitalisés, sans que leur vie soit en danger.

"Barack Obama a le pouvoir" de fermer Guantanamo et "il doit le faire", a exhorté Jim Moran, en préambule d'une conférence indépendante au Congrès intitulée "Guantanamo: de la crise à une solution".

Plus de 11 ans après son ouverture, la prison controversée renferme encore 166 détenus sur cette enclave située à l'extrémité est de Cuba; 86 d'entre eux, dont 56 Yéménites, ont reçu une "approbation pour transfert" des administrations Bush et Obama, faute d'éléments pour les inculper.

"Ceux-là doivent être transférés maintenant, les autres doivent être jugés ici devant des tribunaux civils", a encore souligné Jim Moran, estimant que la prison "n'aurait jamais dû exister".

Même supplique dans une pétition déposée vendredi devant le Congrès, à l'initiative d'un ancien procureur militaire de Guantanamo, Morris Davis: "Libérez-les, renvoyez-les chez eux ou traduisez-les en justice!", implorent ses plus de 190.000 signataires, pendant que des manifestants réclamaient la même chose devant la Maison Blanche.

Après la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, qui a réclamé les transferts et le réexamen du moratoire sur le retour des Yéménites, Carl Levin, président démocrate de la commission sénatoriale des forces armées, a appelé Barack Obama à "avancer sur l'objectif de fermer Guantanamo", en commençant par nommer un responsable pour superviser les transferts de détenus, selon une lettre envoyée jeudi.

C'est précisément le Congrès que le président Obama a blâmé le 30 avril, quand il a réitéré son intention de fermer la prison, mais a rappelé qu'il en était empêché par une loi qui interdit le financement du transfert des détenus de Guantanamo à l'étranger mais aussi aux Etats-Unis.

"Guantanamo est devenu notre propre Château d'If", la prison au large de Marseille rendue célèbre par Alexandre Dumas, a renchéri David Irvine, ancien officier de renseignement chargé des interrogatoires de détenus.

"C'est un cancer, plus dangereux tous les jours", a-t-il dit, estimant que si un autre pays avait commis les "mêmes abus", "nous aurions déclaré la guerre". "C'est trop dangereux de partir du postulat que personne n'y fait attention: des millions de musulmans s'y intéressent", a-t-il alerté.

Lawrence Wikerson, ancien chef de cabinet de Colin Powell, l'ex-secrétaire d'Etat de George W. Bush, a estimé, à l'attention de Barack Obama, que "le courage moral était sapé par la réalité politique" mais que si "le président peut aller en Lybie sans notifier le Congrès, il peut fermer Guantanamo".

"Il y a une fenêtre de tir" pour effectuer les transferts de détenus, a également déclaré lors de la même conférence l'avocate de détenus, Pardiss Kebriaei, soulignant "l'urgence" de la situation.

chv/lor