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08/05/2013 03:09 EDT | Actualisé 07/07/2013 05:12 EDT

Les manifestations du printemps érable scrutées à la loupe

La décision du gouvernement de Pauline Marois de mettre sur pied un comité sur les manifestations étudiantes du printemps 2012 ne satisfait ni les ex-leaders étudiants qui étaient à la tête du mouvement ni les partis d'opposition.

Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, a annoncé mercredi la création d'un comité d'examen afin de faire la lumière sur les manifestations, de comprendre ce qui a provoqué les débordements et d'identifier des agitateurs. Il analysera également l'impact économique des perturbations et leur effet sur le sentiment de sécurité de la population.

Le comité abordera le rôle des policiers, mais le gouvernement ne souhaite pas qu'il s'ingère dans le travail du comité de déontologie policière, qui enquête déjà sur plusieurs plaintes concernant les événements de ce qui a été appelé le « printemps érable ».

Stéphane Bergeron précise que l'objectif est de « tirer les leçons de ces événements » afin de « prévenir une telle crise sociale à l'avenir ». Il a également soutenu qu'il ne s'agissait pas de trouver des coupables.

Le comité sera présidé par Serge Ménard, ancien ministre de la Sécurité publique, épaulé par Claudette Carbonneau, ancienne présidente de la CSN, et par le juge à la retraite Bernard Grenier. La Commission spéciale d'examen des événements du printemps 2012 travaillera à huis clos. Elle pourra rencontrer toutes les personnes qu'elle jugera nécessaires, sans toutefois avoir de pouvoir de contrainte. Le dépôt du rapport est prévu pour le 20 décembre 2013.

Les réactions des étudiants

Les anciens responsables de deux associations étudiantes fortement impliquées dans la grève du printemps dernier ne sont pas impressionnés par l'annonce du ministre Bergeron.

Martine Desjardins, ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et Gabriel Nadeau-Dubois, ancien porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) estiment que le mandat du comité est beaucoup trop large et qu'il ne répond pas à leurs demandes. La FEUQ et la CLASSE réclamaient la tenue d'une enquête publique sur le comportement des policiers.

Les deux anciens leaders étudiants reconnaissent qu'il a pu y avoir « une radicalisation » du côté des étudiants, qui s'explique par la durée du conflit et l'attitude du gouvernement libéral. Mais ils récusent l'idée qu'ils aient été infiltrés par des agitateurs.

Gabriel Nadeau-Dubois soutient qu'il ne faut pas retenir seulement le côté négatif du printemps 2012. Selon lui, il s'agit d'un moment de « grande mobilisation citoyenne » qui a eu un « effet positif sur le Québec ».

« Quand j'entends le ministre Bergeron dire : [..] On va faire une enquête pour s'assurer que ça ne se reproduise pas, je trouve ça assez inquiétant », dit M. Nadeau-Dubois. « Ce que le gouvernement du Parti québécois appelle une crise sociale, ce n'est pas un phénomène météo, c'est un phénomène politique qui s'explique donc par des causes politiques », ajoute l'ancien porte-parole de la CLASSE.

Réactions politiques

Tant le Parti libéral que la Coalition avenir Québec sont déçus de l'annonce du gouvernement. L'opposition juge que l'exercice souffre d'un sérieux manque de crédibilité et que son mandat fait craindre un procès intenté aux policiers.

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de sécurité publique, le libéral Robert Poëti, estime que le comité n'est qu'une « opération de récupération politique injustifiable » et une « perte d'argent ». Il met en doute la neutralité de l'ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui siégera au comité, sachant que la CSN a offert une aide logistique au mouvement étudiant au printemps 2012.

À la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière de sécurité publique, Jacques Duchesneau, estime qu'une enquête publique qui permettrait à toutes les parties de se faire entendre serait plus appropriée qu'un comité spécial sans pouvoir de contrainte.

« Pensez-vous que les gens du Black Bloc vont venir volontairement se faire entendre? » a demandé le député de Saint-Jérôme en point de presse.

M. Duchesneau a aussi critiqué le plan de communication du gouvernement, soulignant que les anciens leaders étudiants Gabriel Nadeau-Dubois et Martine Desjardins étaient en ondes au moment de l'annonce du ministre, alors que l'opposition en a été informée à la dernière minute. « Ça me laisse un goût amer », a laissé tomber le député de la CAQ.

« Outrée »

Dans un communiqué publié mercredi, la Ligue des droits et libertés dit être « outrée de la réponse à la demande d'enquête qu'elle adresse depuis plusieurs mois au gouvernement Marois ».

Selon la Ligue, le ministre de la Sécurité publique a « carrément détourné l'objet de la demande d'enquête qui devrait porter sur les abus policiers commis lors du printemps étudiant ».

Pour la Ligue, le ministre « semble oublier qu'il y a eu plus de 3500 personnes arrêtées, que plusieurs personnes ont été blessées dont certaines gravement, qu'elles ont été intimidées par les policiers, brutalisées, détenues illégalement, sans compter qu'un grand nombre de personnes ont été privées de leur droit de manifester lors d'arrestations préventives totalement illégales ».

Dominique Peschard, le président de la Ligue, estime que « des audiences entièrement publiques sont requises pour lever la perception d'impunité policière au sein de la population ».