NOUVELLES
08/05/2013 02:24 EDT | Actualisé 08/07/2013 05:12 EDT

Bell-Astral: Cogeco appelle le CRTC à bloquer une transaction «dangereuse»

MONTRÉAL - Le patron du câblodistributeur Cogeco, Louis Audet, s'est vivement opposé mercredi au rachat d'Astral par Bell, qualifiant la transaction de «très dangereuse» et «particulièrement odieuse».

Le chef de la direction a également affirmé, au troisième jour des audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), que l'accès au contenu multiplateforme n'en serait que plus difficile et plus dispendieux.

M. Audet a demandé au CRTC de bloquer, pour une deuxième fois, l'entente révisée de 3,4 milliards $ pour le rachat d'Astral (TSX:ACM.A).

«Nous souhaitons réitérer que l'acquisition proposée d'Astral par Bell est sans justification crédible, selon le test de l'intérêt public, et manifestement préjudiciable à la concurrence efficace et au meilleur intérêt des consommateurs canadiens», a-t-il déclaré.

Cogeco Câble a déjà été soumis à une difficile ronde de négociations avec Bell (TSX:BCE) pour l'achat de signaux télévisés, et les résultats avaient été nettement insatisfaisants, a-t-il rappelé.

Si les négociations doivent être de la même teneur dans ce dossier-ci, alors le CRTC devrait à tout prix empêcher la transaction de se faire, a soutenu M. Audet. Il a interpellé le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, le priant de ne pas les précipiter dans un scénario où il y aurait, selon lui, un unique monopole canadien.

M. Audet a aussi dit regretter que le CRTC n'ait pas le pouvoir d'imposer des amendes aux joueurs qui ne respectent pas les règles. L'automne dernier, le CRTC avait empêché la transaction Bell-Astral, affirmant qu'il ne serait pas dans l'intérêt des Canadiens de l'approuver et forçant du même coup Bell à réviser sa proposition de rachat.

«Malgré avoir été avisé par votre décision du mois d'octobre dernier, Bell-Astral ont clairement fait défaut de relever, et encore moins de surmonter, ces préoccupations fondamentales pour l'intérêt public», a soutenu M. Audet.

Si la nouvelle entente est approuvée, Bell conserverait 12 chaînes de télé, dont Super Écran, Canal Vie, Canal D, The Movie Network et HBO Canada, ainsi que 74 stations locales de radio, dont les réseaux NRJ, Rouge FM et Boom FM au Québec.

Par ailleurs, Bell vendrait à Corus, pour 400 millions $, sept chaînes de télé en copropriété, dont Teletoon, Historia et Séries +, et, au plus offrant, six stations de télévision, dont Musimax et MusiquePlus, et huit stations locales de radio de langue anglaise.

Le géant des télécommunications s'engage aussi à maintenir les activités de toutes les stations de télévision locale, et prévoit augmenter d'au moins 25 pour cent le temps d'antenne d'artistes canadiens émergents dans les stations de radio qui diffusent de la musique.

M. Audet a par ailleurs souligné que les câblodistributeurs s'affairaient déjà à développer leur propre façon de fournir un contenu télévisuel sur le plus grand nombre de plateformes possible. «Il est particulièrement odieux et dérangeant d'entendre les gens de Bell vous dire qu'ils ont eu cette idée géniale de rassembler tout le contenu et de le rendre disponible à tous. C'est absurde. C'est une insulte à notre intelligence et c'est injuste», a-t-il dit.

Le patron de Cogeco prétend que l'offre de Bell pour acquérir plusieurs actifs d'Astral contribuerait à porter à un degré malsain de concentration la propriété dans les secteurs des chaînes spécialisées et de la télé payante, de la radio et des nouveaux médias au Canada. Et le câblodistributeur n'est pas le seul à voir d'un mauvais oeil la transaction Bell-Astral, alors que Rogers (TSX:RCI.B) et Telus (TSX:T) ont eux aussi fait part de leurs craintes quant à d'éventuelles négociations pour le contenu, et plus particulièrement pour les tablettes et téléphones intelligents.

Cogeco Câble (TSX:CCA) est le quatrième plus grand câblodistributeur au pays, et Cogeco Inc (TSX:CGA) opère 13 stations de radio à travers le Québec.