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05/04/2013 04:11 EDT | Actualisé 04/06/2013 05:12 EDT

Quitter la zone euro, une option à hauts risques pour Chypre

Sortir de la zone euro peut sembler une solution pour Chypre, contrainte à des réformes draconiennes pour éviter la faillite, mais, préviennent les analystes, il s'agirait d'un choix à haut risque pour une économie insulaire très dépendante des importations.

L'Institut de la finance internationale (IIF), qui représente les plus grandes banques du globe, a estimé qu'il serait "bien plus facile" pour ce petit pays de rebondir grâce à une dévaluation, impossible avec la monnaie unique.

Une analyse partagée par le Nobel d'économie américain Paul Krugman, qui a affirmé sur son blog: "Chypre devrait quitter l'euro, tout de suite".

Selon lui, adopter une nouvelle monnaie dépréciée "accélèrerait beaucoup sa reconstruction" économique, en lui permettant de rendre plus compétitifs des secteurs tels que le tourisme et l'agriculture, par le jeu du taux de change.

Mais cette option ne fonctionne pas pour Chypre, estime Marios Zachariadis, professeur de macroéconomie à l'Université de Chypre, expliquant que l'île, très dépendante de ses importations, notamment d'énergie, verrait alors celles-ci devenir beaucoup plus coûteuses.

Chypre importe quatre fois plus qu'elle n'exporte, avec un déficit commercial dépassant les 4 milliards d'euros pour un PIB de 17 mds EUR.

"L'augmentation des coûts de tous les intrants importés risque au contraire de rendre notre économie moins compétitive, à moins de baisser énormément les salaires", souligne-t-il, rappelant qu'il est difficile d'envisager une main d'oeuvre moins coûteuse, notamment dans les hôtels et les fermes, que les dizaines de milliers de Roumains, Bulgares ou Pakistanais.

En outre, nombre de secteurs, dont le tourisme, fonctionnent déjà à plein régime, renchérit Alexander Michaelides, professeur de finances à l'Université de Chypre.

"On ne peut accueillir plus que les 2 millions de visiteurs qui viennent déjà chaque année, donc une dévaluation reviendrait à diminuer les recettes en doublant les coûts, car ce secteur consomme beaucoup d'énergie," souligne-t-il.

Les Chypriotes, qui ont adopté l'euro en 2008, étaient déjà parmi les plus sceptiques de la zone avant le plan de sauvetage européen controversé: un sondage effectué en novembre 2012 par la commission européenne montre que seuls 48% des Chypriotes étaient favorables à l'euro.

Avec la hausse du chômage et les mesures d'austérité, "l'opinion publique va être de plus en plus favorable à une sortie de l'euro", pronostique l'analyste économique Fiona Mullen.

Le chef de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre, Mgr Chrysostomos II, s'est déclaré pour une sortie ordonnée de la zone euro, une revendication reprise lors de manifestations contre les bailleurs de fonds européens qui ont imposé une réduction drastique du secteur bancaire, une des principales sources de revenus de l'île.

Mais si Chypre venait à claquer la porte de l'euro sans attendre, comme le réclament certains hommes politiques, elle serait rapidement à cours de devises pour payer ses importations, souligne Fiona Mullen.

"En rejoignant l'euro, Chypre a renoncé à la majeure partie de ses réserves en devises. Aujourd'hui, l'île ne dispose plus que de 450 millions de dollars, soit de quoi payer deux semaines d'importations", rappelle-t-elle.

Une sortie impromptue de l'euro serait donc catastrophique, et une sortie planifiée nécessiterait de reconstituer des réserves en devises et de réduire les importations de pétrole, souligne-t-elle, sans compter qu'il n'existe "aucun cadre juridique pour cela".

Car en l'état des textes européens, une sortie de l'euro semble impliquer une sortie de l'Union européenne, une option loin de faire l'unanimité car Chypre se retrouverait alors seule face à la Turquie, la puissance régionale qui occupe le nord de l'île.

Et les autorités chypriotes se sont montrées déterminées: "nous n'allons pas quitter l'euro", a insisté la semaine dernière le président Nicos Anastasiades, tandis que le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a martelé mercredi qu'il n'y avait "pas de plan B" pour Chypre.

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