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05/04/2013 04:34 EDT | Actualisé 04/06/2013 05:12 EDT

Les Egyptiens inquiets face à la crise et pas rassurés par le FMI

Dirigeants égyptiens et experts ne sont pas seuls à examiner les conditions d'une aide du Fonds monétaire international: l'homme de la rue, confronté à des prix en hausse et une monnaie en baisse, suit les négociations en redoutant souvent que le remède ne soit pire que le mal.

Sami Mohammed, 49 ans qui tente de joindre les deux bouts avec un maigre traitement de fonctionnaire, appréhende le tour-de-vis budgétaire qui ne manquera pas d'accompagner le soutien international.

"Les récentes hausses de prix sont dues aux négociations avec le FMI", qui prévoit notamment une maîtrise du généreux régime de subventions d'Etat aux produits de base, et, "dès que l'accord sera conclu, les prix vont augmenter de plus belle", assure-t-il.

Une équipe d'experts du FMI est arrivée mercredi au Caire pour une mission de plusieurs jours, dans le cadre d'un projet de prêt de près de 5 milliards de dollars.

Véritable "serpent de mer" économico-politique, les discussions sur l'aide du FMI, sollicitée par le Caire peu après la chute de Hosni Moubarak en février 2011, ont été à plusieurs reprises suspendues en raison de conflits internes en Egypte, ou par crainte des conséquences sociales.

Des experts font valoir que ce prêt est destiné à aider l'Egypte à amortir le choc de réformes inéluctables pour relancer son économie, et qu'il est attendu comme un signal pour attirer d'autres investissements internationaux.

Pour Magdi Sobhi, économiste au Centre al-Ahram d'études politiques, "le prêt du FMI ne résoudra pas à lui seul la crise économique, mais il est nécessaire pour donner à l'Egypte un certificat de stabilité et de solvabilité".

Mais, pour de nombreux citoyens, la valse des étiquettes et la multiplication des pénuries priment sur les arguments des spécialistes ou ceux du gouvernement du président islamiste Mohamed Morsi.

"Au cours des trois derniers mois, je n'ai jamais payé deux fois le même prix pour un même produit. Seuls nos salaires restent identiques. Cela va empirer après le crédit du FMI", s'inquiète Mohammed Mohammed, un technicien de 59 ans.

Les prix de la farine et du sucre ont augmenté de 50% sur un an, et ceux des concombres ou des pommes de terre doublé, voire triplé, en certains endroits, selon des données rapportées par la presse.

L'effondrement des réserves de devises du pays, passées en deux ans de 36 à 13,5 milliards de dollars, provoque des difficultés pour importer certains produits, notamment le gazole et le combustible destiné aux centrales électriques thermiques.

De longues files d'attente de poids-lourds et de minibus devant les stations-service sont devenues une scène quotidienne en Egypte depuis deux mois.

Les pannes de courant, de plus en plus fréquentes et longues, mettent aussi les nerfs de la population à rude épreuve. Une hausse de 60% du prix subventionné des bonbonnes de gaz domestique, appliquée depuis le début de la semaine, a commencé à causer des remous.

La chute accélérée de la livre égyptienne depuis décembre -de 6 à 6,8 livres pour un dollar- et les difficultés pour se procurer des devises étrangères font prospérer un marché noir du billet vert.

Le mois dernier, l'agence de notation Moody's a revu à la baisse son évaluation de l'Egypte, de B3 à Caa1, assortie d'une perspective négative, à cause d'une économie "significativement affaiblie" par l'instabilité politique.

Ces mauvais résultats s'ajoutent à un climat politique et social tendu, marqué par des flambées de violence de rue et des grèves un peu partout, y compris dans la police.

Pour Rashad Abdo, professeur d'économie à l'Université du Caire, "les conditions qu'implique le prêt du FMI vont faire porter le fardeau aux citoyens. Cela peut s'avérer catastrophique".

De son côté, le gouvernement affirme chercher des mécanismes pour que les économies épargnent les plus faibles, dans un pays où 40% environ de la population vit avec deux dollars ou moins par jour.

"Nous voulons nous assurer que les subventions profitent à ceux qui en ont vraiment besoin, pas à tout le monde", affirme un porte-parole de la présidence, Omar Amer Youssef.

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