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03/04/2013 03:33 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT

La Corée du Nord donne son feu vert à une frappe nucléaire contre les États-Unis

Quelques heures après que Washington eut annoncé son intention de déployer un système de missiles antibalistiques THAAD sur l'île de Guam, la Corée du Nord a répliqué mercredi en annonçant avoir « ratifié » une frappe nucléaire contre les États-Unis.

« L'opération impitoyable de ses forces révolutionnaires armées [...] a été finalement étudiée et ratifiée », a indiqué un porte-parole de l'état-major général de l'armée nord-coréenne.

« L'escalade de la politique hostile des États-Unis envers la [Corée du Nord] et leurs menaces nucléaires irréfléchies seront anéanties par la volonté de l'ensemble du personnel des forces armées et du peuple ainsi que par les moyens nucléaires plus petits et diversifiés de la [Corée du Nord] », a-t-il ajouté. 

Cette déclaration est survenue peu après que Washington eut déclaré avoir l'intention de mettre en oeuvre son système THAAD « dans les prochaines semaines ».

« Les États-Unis restent vigilants face aux provocations nord-coréennes et se tiennent prêts à défendre le territoire américain, nos alliés et nos intérêts nationaux », a indiqué une porte-parole du Pentagone, précisant qu'il s'agissait d'une mesure « de précaution ».

Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a affirmé que les menaces nucléaires nord-coréennes posaient un « réel danger » pour le Japon, la Corée du Sud ainsi que pour les États-Unis.

La tension monte d'un cran

Un nouveau chapitre s'est ouvert dans l'escalade belliqueuse à laquelle se livre la Corée du Nord depuis son dernier essai nucléaire, en février. Le gouvernement de Pyongyang a décidé d'empêcher les employés sud-coréens d'entrer dans le complexe industriel de Kaesong, situé en Corée du Nord, près de la frontière entre les deux pays.

Le ministère de la Défense sud-coréen a indiqué avoir mis en place un plan d'urgence qui pourrait prévoir une intervention militaire si la situation s'aggravait.

Kaesong est une zone industrielle créée en 2004, pendant une période de détente entre les deux pays. Ce complexe regroupe 120 entreprises sud-coréennes, principalement dans le secteur manufacturier, qui profitent d'une main-d'oeuvre nord-coréenne qualifiée mais peu chère. Plus de 50 000 Nord-Coréens y travaillent, encadrés par des Sud-Coréens.

La zone industrielle mixte de Kaesong est demeurée ouverte au cours des dernières années malgré les tensions entre les deux pays. Le complexe n'a fermé ses portes qu'une journée depuis son ouverture, lorsque la Corée du Nord a voulu protester, en 2009, contre des exercices militaires de son voisin en compagnie des États-Unis.

Mercredi matin, Pyongyang n'a pas laissé entrer les travailleurs sud-coréens. Toutefois, près de 900 ressortissants du sud de la péninsule s'y trouveraient toujours, selon Séoul. Les départs du complexe devraient être permis et le gouvernement sud-coréen demande que le retour de ses citoyens se fasse sans embûches.

Jeudi, Séoul a démenti des informations voulant que la Corée du Nord ait demandé aux ressortissants sud-coréens de quitter le complexe de Kaesong d'ici au 10 avril.

Nouvelle menace

La semaine dernière, Pyongyang a menacé de fermer Kaesong, ce que la Corée du Sud redoute. Actuellement, le complexe constitue l'une des seules sources de devises étrangères du nord. Les tensions constantes entre les deux pays n'ont jamais empêché le site de fonctionner normalement depuis son ouverture en 2004, à l'exception d'une journée de fermeture, en 2009.

Ainsi, la fermeture de Kaesong marquerait un dangereux tournant dans les relations entre les deux Corées.

La Corée du Nord a annoncé vendredi être en « état de guerre » avec le Sud et menace régulièrement les États-Unis de lancer une attaque nucléaire.

Puis, mardi, elle a déclaré qu'elle compte redémarrer un réacteur nucléaire arrêté en 2007. Washington a dénoncé ce projet, et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a ajouté que la crise coréenne était déjà « allée trop loin ».

La Chine dépêche un diplomate

Pékin s'est inquiété de la tournure des évènements mercredi, tout comme Moscou, Paris et Washington.

Préoccupée par l'escalade de la tension entre les Corées, la Chine a dépêché un diplomate, qui a rencontré l'ambassadeur américain et les ambassadeurs des deux Corées. Le diplomate chinois était chargé d'exprimer les « préoccupations sérieuses » de la Chine à l'égard de la situation dans la péninsule coréenne.

« La Chine croit que dans la situation actuelle, toutes les parties doivent demeurer calmes et faire preuve de retenue en plus d'éviter de commettre de provocations qui pourraient envenimer la situation », a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères chinois, Hong Lei.

La Chine a l'habitude de vivre avec l'imprévisibilité de voisin nord-coréen, mais l'envoi d'un ambassadeur pour tenter de calmer le jeu dans la péninsule coréenne indique que le pays est de plus en plus mal à l'aise avec les tensions dans son environnement.

De son côté, le vice-ministre russe des Affaires étrangères a déclaré que la situation lui semblait « explosive ». Igor Morgoulov a convenu que la Russie se sentait concernée par les tensions croissantes, qui ont lieu à proximité de ses frontières.

Paris a, par ailleurs, demandé à la Chine d'user de son influence sur la Corée du Nord pour empêcher le conflit de dégénérer. Une demande qui semble avoir été entendue.