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03/04/2013 04:04 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT

Dans l'Irak en campagne électorale, les insurgés visent aussi les candidats

Un dimanche du mois de mars, des hommes armés ont pénétré dans le cabinet de Salah al-Obeïdi, un avocat de Bagdad. Ils ont ouvert le feu sur Me Obeïdi et sont repartis comme ils étaient venus: sans se faire remarquer. Un ami a plus tard découvert son corps sans vie.

Quelques minutes après le meurtre, policiers et soldats se sont empressés de boucler le quartier, racontant aux curieux la seule chose dont ils étaient certains: un avocat a été tué.

Il n'a suffi que de quelques heures pour que le motif de son assassinat soit connu. Outre la plaidoirie, Salah al-Obeïdi, 48 ans, était féru de politique. Il était candidat aux élections provinciales du 20 avril.

Au total, 12 candidats ont été tués depuis le début de l'année.

Dans les jours suivant son décès, la résidence des Obeïdi, située dans le quartier de Saïdiya, ne résonnait que des pleurs des enfants. Dans le salon, la famille, qui venait d'assister aux obsèques de l'avocat, observait un silence de plomb.

Hamid, un cousin du défunt, assimilait sa mort à un "crime politique. Il a été tué parce qu'il se présentait aux élections".

Deux des quatre frères de Salah al-Obeïdi sont tombés pendant la guerre contre l'Iran entre 1980 et 1988, le troisième a été exécuté par le dictateur déchu Saddam Hussein.

Parmi ses multiples activités, Salah al-Obeïdi travaillait également pour Iraqiya, un des principaux blocs politiques irakiens qui se veut laïc, mais est surtout populaire auprès de la minorité sunnite.

Son décès ne risque pas de contribuer à combler le fossé grandissant entre les sunnites et le gouvernement irakien, dominé par les chiites. Les 11 candidats assassinés étaient tous sunnites, six d'entre eux étaient membres d'Iraqiya.

L'opinion selon laquelle les forces de sécurité sont plus enclines à protéger les chiites au détriment des sunnites ne fait que se renforcer depuis. Un motif de colère dans lequel se retrouvent les manifestants qui, d'un vendredi sur l'autre, battent le pavé dans les régions majoritairement sunnites pour conspuer le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki et la "marginalisation" dont ils s'estiment victimes.

"Les forces de sécurité sont responsables de sa mort", a asséné Tahsin Mohammed, l'un des neveux de Salah al-Obeïdi, juste après les funérailles de l'avocat. "Elles auraient dû le protéger comme elles doivent protéger tous les Irakiens qui sont tués tous les jours", s'est-il indigné.

"Comment ont-ils (les assaillants) pu arriver jusque là, avec des armes équipées de silencieux, au nez et à la barbe des forces de sécurité?", s'est interrogé, incrédule, Abdulkarim al-Joubouri, lui aussi avocat et membre d'Iraqiya.

Saïdiya, où habitait le défunt, a été l'un des quartiers les plus violents dans l'une des villes les plus violentes au monde, lors du conflit interconfessionnel qui a enflammé l'Irak entre 2006 et 2008. Depuis, les choses se sont calmées, mais Saïdiya est toujours cerné par des murs en béton anti-explosions et son accès est réservé aux seuls résidents.

A l'échelle de l'Irak, les violences à l'encontre des candidats et l'instabilité qui règnent dans les provinces majoritairement sunnites de Ninive et d'Anbar ont poussé le gouvernement irakien à y reporter les scrutins provinciaux sine die, s'attirant du même coup la colère des diplomates qui se sont exprimés sur le sujet.

En visite à Bagdad le 24 mars, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a demandé à M. Maliki de revoir sa décision. Un diplomate américain qui s'exprimait sous couvert d'anonymat a jugé que le geste risquait "de priver les électeurs d'une chance de mettre en branle un changement pacifique par les urnes, surtout dans une région qui fait face à des tensions politiques".

Pour ses proches, la disparition de Salah al-Obeïdi marque aussi la fin d'une carrière politique prometteuse.

"S'il avait continué comme ça, Salah aurait pu devenir Premier ministre un jour", a expliqué Abou Sarmad, un ami de l'avocat.

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