POLITIQUE
20/03/2013 08:57 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT

Union Montréal était financé grassement par Dessau

Le numéro 2 de Dessau, Rosaire Sauriol, confirme à son tour que toutes les principales firmes de génie-conseil travaillant à Montréal ont fait de la collusion pour se répartir des contrats publics dans les années 2000.

Celui qui est maintenant vice-président principal Amérique latine de Dessau nie cependant être à « la base » de ce système et avoir corrompu des fonctionnaires, comme l'a suggéré le procureur en chef adjoint Denis Gallant, en fin de matinée. Me Gallant l'a invité à réfléchir aux liens de proximité l'unissant à divers élus et entrepreneurs, dont Tony Accurso, avant de demander la suspension hâtive de la séance.

Selon le témoin, Dessau, SNC-Lavalin, Genivar, AECON (ex-Tecsult), CIMA, SM, BPR, Roche, Claulac, Teknika HBA, et Leroux, Beaudoin, Hurens étaient les firmes qui se partageaient des contrats d'infrastructures gérés par le département des travaux publics de la Ville.

Selon lui, ce système était dirigé par le président du comité exécutif Frank Zampino, le directeur du financement d'Union Montréal Bernard Trépanier, et le porte-parole de ce dernier, Michel Lalonde, PDG de Génius (anciennement Séguin).

Rosaire Sauriol a expliqué que Dessau versait environ 50 000 $ par année en argent comptant à Union Montréal par l'entremise de Bernard Trépanier. Cette somme pouvait être encore plus élevée lors des années électorales, a-t-il précisé.

Le numéro 2 de Dessau affirme cependant avoir refusé de verser à M. Trépanier la ristourne de 3 % qu'il demandait sur les contrats truqués obtenus par Dessau. Il semble lui avoir fait valoir, avec succès, que sa firme versait déjà beaucoup d'argent à Union Montréal.

Il dit aussi avoir négocié à la baisse la demande de M. Trépanier d'une contribution exceptionnelle de 200 000 $ en vue de l'élection de 2005, évoquant une fois de plus ses contributions annuelles élevées. Le montant finalement donné à l'argentier du parti du maire Tremblay aurait été de moins de 100 000 $.

Selon le témoin, le système de partage de contrats fonctionnait notamment grâce à la « connivence » de l'ex-directeur de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal, Robert Marcil, qui jouait un rôle sur les comités de sélection qui choisissaient « officiellement » les firmes de génie.

Des pratiques de financement aux racines profondes

Rosaire Sauriol affirme que les premières contributions politiques de sa firme à Montréal dont il a eu connaissance ont eu lieu à la fin des années 90. L'argent, destiné à Vision Montréal, alors dirigé par Pierre Bourque, était récolté par un solliciteur appelé André Bourque.

C'est en 2001 que Bernard Trépanier a commencé à solliciter Dessau pour Union Montréal. M. Sauriol lui a remis 50 000 $. « Honnêtement, c'est lui qui a proposé ça », a dit le témoin, qui croit que la somme a été payée en plus d'un versement.

Ultérieurement, Bernard Trépanier a aussi sollicité Dessau pour des arrondissements spécifiques, dont Saint-Léonard et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT). Rosaire Sauriol dit que 20 000 $ ont été remis au directeur du financement d'Union Montréal pour les campagnes de 2005 dans ces arrondissements. Ces sommes venaient s'ajouter aux 50 000 $ déjà évoqués.

« C'était une machine énormément structurée pour organiser des activités de financement. » — Rosaire Sauriol, au sujet d'Union Montréal

Rosaire Sauriol a expliqué que Dessau connaissait Frank Zampino, maire de Saint-Léonard devenu président du comité exécutif, depuis la fin des années 90. Cela s'est produit lorsque Dessau a acheté Soprin, qui était alors le « seul et unique fournisseur de service à Saint-Léonard ».

« Si on ne payait pas, c'était la perte de l'accès au marché », a expliqué Rosaire Sauriol, en faisant référence à ce qui s'est produit dans la municipalité de Blainville, au nord de Montréal.

Selon des chiffres compilés par la commission, Dessau était l'un des principaux fournisseurs de services de génie à Blainville jusqu'en 2005. La firme a obtenu des contrats totalisant environ 5 millions de dollars entre 2002 et 2005, lorsque la municipalité était dirigée par le maire Gingras.

Lorsque le successeur de ce dernier a été battu en 2005, la source s'est instantanément tarie pour Dessau. D'autres firmes de génie, BPR-Triax et Roche, qui n'avaient aucun contrat avant 2006, se sont mis à se partager le gâteau.

« Politiquement, on s'est fait sortir de la ville », a commenté Rosaire Sauriol.

Sur la Rive-Nord, Dessau a aussi versé entre 15 000 $ et 20 000 $ en argent comptant à chacune des trois campagnes électorales menées par le maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon.

Longueuil choyé par Dessau

M. Sauriol a par ailleurs expliqué que dans les années 2000, Dessau a fait partie d'un cartel de firme de génie-conseil à Longueuil où se retrouvaient, outre sa firme, SNC-Lavalin, CIMA, Genivar et SM.

« Toutes les firmes qui travaillaient à Longueuil faisaient partie du système de collusion. » — Rosaire Sauriol

Dessau a, en contrepartie des contrats obtenus, financé en argent comptant les campagnes électorales des maires Claude Gladu et Jacques Olivier. Environ 25 000 $ en argent comptant ont ainsi été remis à trois reprises, en 1998 (Gladu), 2001 (Olivier) et 2005 (Gladu).

Dessau participait aussi, tout comme l'ensemble des firmes qui faisaient affaire à Longueuil, au tournoi de golf annuel de la Ville où chacune remettait alors un chèque de 5000 $.

« C'était du financement politique aux élections, après ça un tournoi annuel, et c'était tout. » — Rosaire Sauriol

L'argent comptant destiné aux campagnes électorales était remis soit à Serge Sévigny, soit à André Létourneau. Le contact entre ces derniers et Dessau était assuré par Normand Fallu, alors vice-président au développement pour la Rive-Sud.

Selon M. Sauriol, le système a été mis en place dans la foulée de l'adoption de la loi 106. Jusqu'alors, les contrats dans les grandes municipalités étaient octroyés de gré à gré par les élus eux-mêmes, qui exigeaient en retour des contributions politiques, affirme M. Sauriol.

Le système mis en place après 2002 servait tout simplement à contourner la loi et permettre aux acteurs en présence de continuer comme avant.

« Avec l'arrivée de la loi106 [...] il s'est mis en place un système un peu du même type qui se faisait à Montréal. » — Rosaire Sauriol

Dessau a donné 1 M$ au PQ et au PLQ, et plus encore...

Les cadres et employés de la firme de génie-conseil Dessau ont contribué pour 1 million de dollars au PLQ et au PQ. Selon des données présentées par la commission, le PLQ a reçu de 1998 à 2010 quelque 600 000 $ et le PQ 394 000 $.

Mais selon l'aveu même du vice-président principal Amérique latine de Dessau Rosaire Sauriol, le montant est en fait plus élevé, puisque sa firme trouvait des prête-noms à l'externe pour ramasser de l'argent pour les partis.

M. Sauriol a expliqué que seule une minorité n'était pas remboursée. Il s'assurait sinon lui-même de rembourser les contributions qui, toutes, a-t-il précisé, étaient faites par chèque. Les remboursements se faisaient pour leur part en argent comptant (d'où le recours à la fausse facturation dévoilé mardi), ou par le compte de dépense des employés.

Il a expliqué que c'était bel et bien lui qui dirigeait ces opérations, mais que son frère, numéro un à Dessau, en était informé, tout comme c'était le cas pour toutes les questions de fausse facturation.

Mardi après-midi, le numéro 2 de la firme basée à Laval a révélé que la firme avaient fait de la fausse facturation pendant environ cinq ans pour répondre aux demandes de financement « de plus en plus importantes » des partis politiques provinciaux et municipaux. Dessau utilisait deux contacts qui avaient des « réseaux d'entreprises » pouvant faire de la fausse facturation, soit Rapid Check (Réjean Robert) et Commerce Al-Shark (Charles Ghorayeb).

Rosaire Sauriol soutient que la firme a finalement révélé toute l'affaire au fisc en 2011. Le stratagème avait cessé en 2009, en raison notamment de la création de l'escouade Marteau et de la publication de diverses enquêtes journalistiques.

M. Sauriol a aussi expliqué mercredi que sa firme a fait du financement politique au fédéral.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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