Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

"J'ai cru mourir": 10 ans après l'invasion, l'Irak brisé par la violence

"J'ai cru mourir", souffle Oum Khoudeir. Le visage strié par les larmes. La vieille femme a survécu à un attentat sur le marché aux oiseaux de Bagdad, une de ces énièmes attaques qui, dix ans après la chute de Saddam Hussein, continue de traumatiser le pays.

"J'ai vu des éclats voler dans tous les sens. Il y avait des blessés, des voitures détruites de tous les côtés", raconte Oum Khoudeir, juchée sur un tabouret derrière la modeste planche qui lui tient lieu d'échoppe. Elle propose de la menthe, de la sauge, du thym - uniquement des plantes fraîchement coupées.

Le double attentat à la voiture piégée visait, comme souvent, la communauté chiite, au coeur du quartier de Kazimiya, au nord de Bagdad.

Ce vendredi 8 février, les allées étaient pleines à craquer de visiteurs venus admirer les colombes et pigeons voyageurs proposés à la vente. L'attaque a fait 17 morts et 45 blessés.

Jawad et son frère Sajad étaient de ceux-là.

Jawad travaille dans le petit magasin de fruits et légumes de son père Dhorgam. Pour leur plus grand malheur, une cloison de la bicoque est attenante au parking où a eu lieu l'attentat.

"J'arrangeais les bananes quand l'explosion a eu lieu. Au début, je n'ai pas senti que j'étais blessé", explique Jawad à l'AFP.

"J'ai d'abord pensé à mon frère. Il était dans sa voiture sur le parking. Je suis allé voir s'il était là, mais je ne l'ai pas trouvé. On a reçu un appel de l'hôpital pour nous dire qu'il était aux urgences, blessé. C'est là que la deuxième explosion a eu lieu", dit-il.

Jawad ne s'en est pas trop mal sorti avec sa blessure à la jambe. Lorsqu'il s'exprime, son père le couve du regard. Dhorgam a lui les yeux qui sautillent nerveusement quand il parle de la violence, de ces "épreuves" que l'Irak subit depuis le déclenchement du conflit religieux qui a éclaté en 2005.

"Chaque jour est pire que le précédent. Il y a tout le temps des attentats. Nous ne sommes pas en sécurité (...). Parfois, la nuit, je me réveille en sursaut, j'ai l'impression d'entendre des explosions", marmonne Dhorgam.

Difficile de comparer la situation sécuritaire de l'Irak de 2013 avec celle qui prévalait en 2005-2008. A l'époque les victimes se comptaient par milliers chaque mois. Et selon de nouveaux chiffres fournis par l'ONG Iraq Body Count, basée en Grande-Bretagne, au moins 112.000 civils irakiens ont péri dans les violences entre en mars 2003 et aujourd'hui.

Mais aujourd'hui, dix ans après l'invasion de l'Irak par la coalition américano-britannique, les insurgés sunnites, dont Al-Qaïda en Irak, continuent d'ensanglanter le pays. En février, 220 personnes ont péri dans des attaques, selon des chiffres compilés par l'AFP.

Mardi matin, une nouvelle vague d'attentats, visant une nouvelle fois la communauté chiite, a fait au moins 50 morts et plus de 170 blessés. A Kazimiyah, un attentat à la voiture piégée a tué une personne.

Il y a longtemps que les attentats ont cessé de faire la Une des journaux irakiens. Et le gouvernement du chiite Nouri al-Maliki est embourbé dans une crise à rebondissement qui le met aux prises avec la minorité sunnite, ulcérée du sort que M. Maliki lui réserve.

Pourtant, à en croire György Busztin, numéro 2 de la mission de l'ONU en Irak (UNAMI), il revient aux dirigeants de réformer les institutions s'ils entendent sérieusement s'attaquer aux racines de la violence,

"Faire en sorte que toutes les composantes de la société soient représentées dans les institutions (...), faire cesser les violations des droits de l'homme, restaurer l'état de Droit et renforcer le système judiciaire, tout cela contribuerait à créer une situation qui conduirait à la baisse des violences", martèle M. Busztin lors d'une interview avec l'AFP.

Depuis son stand, Oum Khoudeir n'a pas fini de sécher ses larmes, surtout quand elle évoque ses proches, morts dans des attentats.

"Ah! Ils sont partis, c'est fini, ils ne reviendront pas", dit-elle en étranglant un sanglot.

gde/hj

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.